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Sous tes doigts

Marie-Christine Courtès

2014 - 13 minutes

France - Animation

Production : Vivement Lundi !

synopsis

À l’occasion du décès de sa grand-mère, une jeune Eurasienne revit, entre danse et rituels, l’histoire singulière des femmes de sa famille, de l’Indochine coloniale à l’isolement d’un camp de transit.

Marie-Christine Courtès

Marie-Christine Courtès est réalisatrice et scénariste. Après des études de Lettres et d’Histoire, elle a d’abord travaillé comme journaliste pour la télévision. Elle a résidé en Asie du Sud-Est, au Vietnam et au Cambodge, où elle était la correspondante d’une agence de presse américaine : Worldwide Television News.

À son retour en France, Marie-Christine Courtès réalise ses premiers documentaires, dont Le camp des oubliés (2004) et Mille jours à Saigon (2012).

Sous tes doigts (2014), son premier court métrage d’animation, a été sélectionné aux César, pré-sélectionné aux Oscars et primé dans plus d’une vingtaine de festivals.

Marie-Christine Courtès développe actuellement plusieurs documentaires et un projet de fiction en tant que scénariste.

Critique

C’est une chronique familiale sensible, qui jette le pont entre trois générations de femmes meurtries par un passé commun. À la mort de sa grand-mère, la jeune Émilie ne manifeste aucune émotion, si ce n’est une violente colère. Sa mère, elle, est enlisée dans sa tristesse, à la fois ravagée par le deuil et profondément blessée par l’attitude de sa fille. Lors du rituel funéraire traditionnel, le récit bascule dans un flashback qui nous transporte dans l’Indochine des années 1950, au temps de la jeunesse de la défunte.  

C’est ainsi, par bribes, que l’on découvre l’histoire fondatrice de cette famille, et que l’on comprend peu à peu le fardeau qu’elle constitue : la honte de l’abandon, les traumatismes de la guerre, l’humiliation de l’exil. Sans fioritures, le destin intime revisite alors la grande Histoire, dont il esquisse les principaux contours, entre colonialisme et ségrégation.  

Ce n’est pas la première fois que Marie-Christine Courtès s’intéresse à la guerre d’Indochine. En 2004, elle a en effet coréalisé avec My-Linh Nguyen le documentaire Le camp des oubliés sur le camp de réfugiés de Sainte-Livrade-sur-Lot, où étaient envoyés celles et ceux qui avaient fui le Vietnam. C’est là qu’est née l'idée de Sous tes doigts, qui est son premier court métrage de fiction. 

Pour raconter cette histoire, elle a choisi la simplicité d’une animation en 2D. À l’image, le présent est gris et froid. Tout est très géométrique : la ville, les couloirs de l’hôpital, le crématorium. Le passé est plus lumineux, avec des teintes claires et plus affirmées, comme le rouge des escarpins offerts à la jeune fille, ou l’éclairage joyeux de la jonque sur laquelle son amant la séduit. Pour autant, la vie de la grand-mère n’a rien d’un conte de fées. En quelques plans, sa vie bascule, et la voilà ballotée à l’autre bout du monde. 

Marie-Christine Courtès pose les bases de son récit dans une économie d’effets qui va à l’essentiel. Sans dialogues, sans explications appuyées, mais au contraire via des allégories visuelles et des ellipses temporelles, elle donne à voir le poids de ce passé dont les trois femmes sont bien malgré elles les héritières. L’une des plus belles idées de mise en scène est d’utiliser les volutes d’encens pour relier la jeune Émilie à son passé et retisser patiemment un lien qu’elle tente de renier. L’autre est d’avoir donné à chaque personnage une musique et une danse qui la caractérisent : l’adolescente s’affirme grâce au hip hop, la mère s’oublie dans la danse rituelle et la grand-mère voit son destin basculer lors d’une valse. Puis toutes les trois sont réunies dans une chorégraphie de libération rendant possible l’acceptation du passé. Le recours à une esthétique plus abstraite sublime ce passage, rythmé par une mélodie qui semble faire la jonction entre tradition et modernité. C’est ainsi, par la stylisation des mouvements et des corps, que passe tout ce qui ne peut être dit par des mots, permettant à chacune de trouver enfin la paix. 

Marie-Pauline Mollaret 

­Réalisation et scénario : Marie-Christine Courtès. Animation : Ludivine Berthouloux, Johanna Bessière, Cécilia Gin, Frédéric Luzet, Antoine Maillère, Maxime Martin, Marc Mifune et Kevin Robert. Montage : Jean-Marie Le Rest et Grégory Nieuviarts. Son : Guillaume Thévenin, Kévin Feildel et Christelle Louet. Interprétation : Wilfrid Ameuille, Marc Barbé et Hélène Bressiant. Production : Vivement Lundi !