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Simiocratie

Nicolas Pleskof

2013 - 21 minutes

France - Fiction

Production : Kazak Productions

synopsis

Versailles, 1770. Charlotte, jeune parisienne, vient accorder ses faveurs à Louis XV pour financer son Salon. Elle assiste à l’entretien du souverain avec le Baron Fontanelle, revenu des Indes accompagné d’un singe. Dupée par le Roi, puis humiliée par le Baron, Charlotte doit reprendre l’avantage...

Nicolas Pleskof

Nicolas Pleskof a débuté ses études à l'Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle et poursuit son cursus en intégrant la Fémis en 2012, pour l'atelier professionnel scénario. Il est aujourd'hui réalisateur et scénariste pour la télévision et le cinéma. Il réalise également des clips. 

Nicolas Pleskof signe son premier court métrage, Zoo, en 2012, suivi de Simiocratie l'année suivante. 

Il a participé à l'écriture du scénario des courts métrages d'animation Make It Soul (2018) de Jean-Charles Mbotti Malolo et Genius Loci (2019) d'Adrien Mérigeau. 

Son premier long métrage, Murder Party (avec Alice Pol, Eddy Mitchell, Miou-Miou et Pablo Pauly), sortira en mars 2022. 

Critique

Simiocratie est un film audacieux. D’abord par sa forme, avec le choix de réaliser un film d’époque à travers le format court, mais aussi par l’exécution de son sujet, à savoir traiter du féminisme. Comment parler de ce mouvement qui fut mis de côté même au siècle des grandes révolutions sociales ? Sous couvert d’humour, le réalisateur fait plus qu’évoquer le statut de la femme au XVIIIe siècle : il révèle combien les avancées progressistes n’impliquaient jamais le sexe féminin, ni toute “minorité”.

Nicolas Pleskof manie la satire avec finesse, en présentant en premier lieu tous les codes d’époque (musique baroque, costumes, décors…) pour finir par les bousculer fermement, à l’image de Charlotte, le personnage principal du court métrage. Souvent, les plans affichent les hommes entourés par l’opulence, où la nourriture grasse et écœurante trône au premier plan. S’ajoute à cette composition le langage rempli de bienséance excessive, qui devient un outil pour la jeune femme l’utilisant à son avantage. Au cœur de ces lumières tamisées, on lui rappelle sans cesse sa condition, son rôle” de ventre, de plaisir pour l’homme qu’elle est obligée d’exploiter pour obtenir ce qu’elle souhaite. Mais chacun manipule l’autre, tout n'est qu'une question d’échange et de négociation.

Cependant, Charlotte va plus loin avec l’arrivée de ce Baron comparant les femmes aux animaux et les déclarant moins estimables que ces derniers. Le ridicule de ce discours, mais aussi la violence qu’il porte, permet à la salonnière de transformer la discussion en un jeu qui amuse le Roi, dont il rit comme d’un spectacle. Charlotte devient ainsi le bouffon qui fait rire pour dénoncer. Un duel commence entre la jeune femme et le Baron, opposés face à la caméra, avec pour animateur du débat le Roi lui-même, au milieu du plan. Ce qui est un jeu pour lui est un combat pour les autres protagonistes qui défendent chacun leur rang, l’un par la provocation l’autre par la suffisance. L’ingéniosité de Madame d’Arouet renverse les rapports et confronte le Baron à son propre discours, qui le mène à sa perte.

Lors d'un ultime duel, la musique jusqu’ici sage et mélodieuse fait résonner d'agressives guitares électriques modernes qui annoncent le changement. Sous les yeux du Roi hilare, Charlotte a prouvé ses arguments et, surtout, la bêtise de celui qui se croyait supérieur à tous. À la manière d’une fable, c’est le plus faible, rusé et patient, qui donne une leçon à celui qui aura fait preuve de trop de fierté.

Aliénor Lecomte

­Réalisation et scénario : Nicolas Pleskof. Image : Claudine Natkin. Montage : Nicolas Desmaison. Son : Claire Cahu, Ivan Gariel et Emmanuelle Villard. Interprétation : Clara Ponsot, Jean-Marie Winling, Anthony Paliotti et Marie Berto. Production : Kazak Productions.

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