Extrait
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Sans amour

Simon Rieth

2019 - 28 minutes

France, Belgique - Fiction

Production : SMAC Productions / Replica Films

synopsis

Villeveyrac, Sud de la France. Une trentaine d’éoliennes domine une immense prairie brûlée. Au pied de l’une d’entre elles, Hugo et Anaïs sont venus rendre un dernier hommage à leur ami d’enfance, Souleymane.

Simon Rieth

Né en 1995, Simon Rieth est un réalisateur et vidéaste originaire de Montpellier. Entre 2014 et 2017, il réalise, encore très jeune, plusieurs courts métrages : La colonie en 2014, Max et Damien et FANTOM1494 en 2015, Feu mes frères en 2016, puis Mère voici vos fils en 2017.

En 2018, le jeune cinéaste signe Saint-Jean, chronique adolescente sur deux fans du rappeur Jul, qui fait l’objet d’une diffusion sur France Télévisions dans le cadre de la collection “Artistes”.

L’année suivante, Simon Rieth réalise Sans amour, puis Marave Challenge, pour lequel il a bénéficié du soutien de la Région Nouvelle-Aquitaine et qui est présenté en compétition du Festival Smells Like Teen Spirit 2019.

Simon Rieth vient de réaliser son premier long métrage, Nos cérémonies, qui sera présenté à la Semaine de la critique lors du 75e Festival de Cannes. Sa sortie en salles est fixée au 24 août 2022.

Critique

La sélection de son premier long métrage, Nos cérémonies, en compétition à la Semaine de la critique 2022 constitue un aboutissement logique pour un jeune réalisateur plutôt prolifique ces dernières années et qui s’était principalement distingué avec son court métrage Saint-Jean en 2018 (déjà diffusé sur Brefcinema). 

À moins de vingt-sept ans, Simon Rieth est donc précoce et s’avance comme un représentant majeur de sa génération, envisageant ses films en intégrant les codes, le langage, les espoirs et les angoisses de celle-ci. La famille de cinéma dans laquelle il semble s’inscrire est ainsi celle de Caroline Poggi et Jonathan Vinel, par exemple, avec un travail assumé sur l’hybridation des genres et des formes, une utilisation parfois agressive d’une électro saturée et un recyclage de l’imagerie romantique, qui prend des accents très contemporains. 

Sur des postulats réalistes, autour de figures d’adolescents croisés dans leurs activités les plus banales, ou plus précisément leur désœuvrement, un malaise se cristallise et un basculement vers une ambiance et des motifs fantastiques, sinon horrifiques peut s’opérer à plus ou moins court terme. Il faut dire que l’ombre de la mort plane : celle d’un cousin victime d’un accident fatal dans Saint-Jean ; celle d’un “frère”, Souleymane, dans Sans amour (une rave-party est évoquée à un moment, ouvrant la piste d’une surdose ?). Une sorte d’autel avec bougies, photos et inscriptions a été improvisé en son honneur sur les lieux, en rase campagne, au pied d’une éolienne – motif aérien s’il en est – et c’est là que le duo de personnages principaux s’est rendu en voiture. 

Des larmes sur cette perte irréparable sont versées de la part d’Hugo, mais la narration malmène nos premières intuitions car l’image du disparu va basculer, tandis que la jeune fille qui accompagne le garçon lui fait une révélation : le défunt avait abusé d’elle et n’était pas le héros qu’il croit. L’ange était aussi un démon, ce qui fait resurgir au passage la trame de Marave Challenge, dont le jeune protagoniste balade son détecteur de champs électromagnétiques dans un cimetière et se retrouve confronté à une présence inattendue, surnaturelle et diabolique. En écho assez direct, Hugo et Anaïs trouvent sur leur chemin, en repartant du “sanctuaire”, un jeune homme inconnu sans connaissance, qu’ils recueillent dans leur véhicule, au péril de leur vie – ce qu’ils ignorent… 

Ce changement de registre brutal synthétise peut-être cette potentielle violence du monde qui attend fatalement ces jeunes gens, tant affective qu’environnementale (voir ce “décor” de ce champ d’éoliennes) ou existentielle (Anaïs est déjà abîmée, suite à l’agression sexuelle qu’elle a subie et son visage ensanglanté, à la fin du film, joue comme un reflet avec celui du motard tué de Saint-Jean). 

Dans ce tableau d’une noirceur infinie, en contraste de ce soleil de plomb du sud de la France (dans Sans amour comme dans Saint-Jean et Marave Challenge), la poésie est une issue possible, une échappatoire. Au rap de Jul dans Saint-Jean répond ici la composition d’Hugo, surprenante tant on ne s’y attend guère de sa part. Une soif d’absolu s’exprime toujours (vers “cet infini de ton Paradis”, slame Hugo), que n’épanche plus les amours déçues – déjà, à tout juste vingt ans… – et où les images d’une enfance heureuse, définitivement envolée quoique pas si éloignée, reviennent par l’intermédiaire d’un film de famille, souvenir d’une journée idyllique passée à Disneyland. Plus qu’une mélancolie : un désenchantement, derrière un voile de mystère, presque cosmique : des cendres tombent du ciel à la fin du film, tandis que flambe la cime d’une éolienne, à la manière de ces augures que l’on interprétait dans les temps anciens. Rieth, ou la naissance d’une mythologie du XXIe siècle ? 

Christophe Chauville 

­Réalisation et scénario : Simon Rieth. Image : Jonathan Ricquebourg. Montage : Nicolas Bier et Simon Rieth. Son : Guilhem Domercq et Simon Jamart. Interprétation : Anaïs Pardo, Hugo Reith, Ibrahima Bangoura et Benjamin Voortmans. Production : SMAC Productions et Replica Films.

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