Extrait
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Samsung Galaxy

Romain Champalaune

2015 - 7 minutes

Corée du Sud, France - Expérimental

synopsis

Samsung est le premier groupe sud-coréen, il représente un cinquième du PIB. Par le biais de ses 79 filiales, Samsung est présent dans toutes les étapes de la vie des Coréens.

Romain Champalaune

Romain Champalaune, né en 1989, est photo-journaliste et réalisateur. Après des études de montage, il s’oriente vers l’image fixe et sort diplômé de l’École nationale supérieure Louis-Lumière en 2012. Dans un premier temps, ses travaux sont consacrés à la société iranienne, sur laquelle il travaille pendant deux ans. Aujourd’hui il questionne des problématiques liées à l’économie de marché. Il publie dans Le Monde, le New York TimesDer SpiegelLa Repubblica, etc. En 2015, Romain Champalaune réalise son premier court métrage, Samsung Galaxy, lauréat de la “Bourse de la vocation Marcel-Bleustein-Blanchet”. Suivent en 2016 deux autres documentaires expérimentaux de format court : Le bois et Arbitrage.

En 2018, le moyen métrage Vie et mort d'Óscar Pérez obtient un beau succès en recevant notamment le Prix du jury au Festival de cinéma de Brive.

L'année suivante, Romain Champalaune s'intéresse de nouveau à la société coréenne pour un court métrage tourné avec un téléphone portable : Hanawon. Le film est montré au Fipadoc à Biarritz en 2020.

Critique

La firme Samsung est l'entreprise la plus importante en Corée du Sud. Elle agit en véritable constellation – presque “orwellienne” – sur le pays, mais aussi sur ses habitants et ses travailleurs, avec des ramifications aussi intimes que parfois insidieusement nocives.

C'est une voix off délicate qui nous invite dans le récit de Samsung Galaxy, livre d'images sur la vie d'une employée (fictive) du grand groupe. Derrière leurs airs enjoués et ludiques de roman-photo que l'on feuilletterait avec sa famille au gré des souvenirs satisfaits, ces vignettes camouflent quelque étrangeté. Cette ville dans la ville, construite par Samsung, revêt des allures de science-fiction avec ce logo bleu sur les façades d'immeuble ; des services publics contrôlés par Samsung ; ou encore la présence d'un dinosaure (un diplodocus au long cou pour mieux surveiller) dans le parc d'attractions du conglomérat, astucieusement baptisé “Everland” (la présence de Samsung serait-elle éternelle ?).

On s'étonne de cette narration doucereuse pour conter la violence sociale, comme dans le cinéma sud-coréen de Lee Chang-dong allié au poétisme que l'on pourrait retrouver chez Chris Marker. En effet, l'autre versant de tous les avantages sociaux-économiques est moins reluisant : celui de la tradition du groupe à interdire les syndicats, celui du travail harassant, celui où la lutte politique est réprimée, celui où de nombreuses maladies se développent, dues aux produits chimiques. On entrevoit une photographie de mégots de cigarettes, comme la trace du temps passé pour palier aux nombreuses heures sacrifiées.

C'est le réalisateur et photo-journaliste Romain Champalaune qui, parti documenter la situation dans cette cité emprisonnante, utilise le médium photographique pour fixer les hommes ; on a alors l'impression que cela traduit la fixité des travailleurs, que ceux-ci sont symboliquement pétrifiés. Dans ce diaporama, il y aurait cet empêchement de faire bouger les choses socialement, malgré les bonnes infrastructures que l'on distingue en arrière-plan, ce qui donne un sentiment de déréalisation et de malaise. Ce thème de la rébellion désespérée contre un gouvernement innerve l'œuvre de Champalaune, notamment dans son moyen métrage Vie et mort d'Oscar Perez (2018), pamphlet expérimental contre le gouvernement vénézuélien.

On intègre la famille Samsung comme on incorpore une carte mère, quitte à ne plus s'en défaire ou à être discrètement délesté. On pense alors au slogan de Samsung, “Fais ce que tu ne peux pas faire”, qui résonne avec ironie, tant le groupe capitaliste demande aux siens de s’exécuter à la tâche.

William Le Personnic

Réalisation, scénario, image, montage, son et production : Romain Champalaune.