Extrait
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Rone - Room With A View

(La)Horde

2020 - 5 minutes

Expérimental

Production : Sourdoreille / Infiné

synopsis

Un vent apocalyptique souffle dans le Théâtre du Châtelet. Violemment arrachée à son fauteuil, une spectatrice est propulsée au centre de la scène. Rone, assis à l’écart, regarde les corps tourbillonner. Alors que la tempête forcit encore, il se précipite vers la sortie de secours et tous s’engouffrent après lui...

(La)Horde

Fondé en 2013, (La)Horde réunit trois artistes : Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel. La danse est au cœur de leur travail et autour d’elle, le collectif développe des pièces chorégraphiques, des films, des performances et des installations. Avec des groupes en marge de la culture majoritaire comme les septuagénaires de Void Island, les personnes non-voyantes de Night Owl, et plus récemment, les jumpers de To Da Bone ou les danseur.euse.s géorgien.ne.s du Ballet Iveroni dans Marry Me In Bassiani, (La)Horde interroge la portée politique de la danse et cartographie les formes chorégraphiques de soulèvement populaire, qu’elles soient massives ou isolées, des raves aux danses traditionnelles en passant par le jumpstyle.

 

Leur exploration des nouvelles dynamiques de circulation et de représentation de la danse et du corps qui se développent en ligne les amène à former le concept de danses post-internet. En diversifiant les supports, (La)Horde interroge la sérendipité quasi infinie qu’offre ce nouveau territoire et propose des regards multiples sur les révoltes que portent ces communautés avec lesquelles le collectif travaille de façon hétérarchique.

Room With A View est leur première création depuis leur prise de fonction à la direction du CCN Ballet national de Marseille en septembre 2019, composé de vingt-deux danseur.euse.s de quatorze nationalités. En 2019, le collectif (La)Horde réalise le court métrage clip : Rone - Room With A View.

En 2022, le Festival du court métrage de Clermont-Ferrand qui met la danse à l'honneur propose un programme des différents films de (La)Horde.

 

 

Critique

Œuvre collective dans sa mise en scène et sa fabrication, Room With A View porte la signature du musicien électro Rone et du collectif chorégraphique (La)Horde, qui ont d’abord collaboré ensemble à la création d’un spectacle éponyme prévu juste avant le début du confinement, en mars 2020. Le court métrage correspondant a été tourné au même moment, et si la rage qu’on y voit faisait partie du projet initial, elle a évidemment trouvé dans cette situation une stimulation supplémentaire et une résonance particulière.

On voit dans le film certains extraits du spectacle remis en scène avec des corps traversés de soubresauts, jetés, projetés, coursés, dans la scénographie apocalyptique voulue par les artistes. Filmés en groupe, mais également au plus près des corps et des visages, les danseurs et danseuses semblent habités par une énergie dont on ne sait si elle est créatrice ou destructrice, désespérée ou salvatrice. Cette énergie, ainsi que les corps toujours ramenés à terre, les poings qui frappent les poitrines et les pieds qui battent le sol, rappelle d’ailleurs un autre court métrage également issu d’un spectacle chorégraphique : Les Indes galantes de Clément Cogitore (2017). 

Ici, cependant, le mouvement général est celui d’une course éperdue vers le ciel, des gradins aux coulisses jusqu’à la scène, pour se terminer finalement sur le toit du Théâtre du Châtelet. Un mouvement qui est autant celui des danseurs et danseuses que celui d’un appel d’air dont le premier plan nous montre les prémices parmi les spectateurs, malmenant un visage qui grimace étrangement, avant de se transformer en véritable tempête. Celle-ci a été pensée par La Horde comme une métaphore politique et artistique (“Cet ouragan destructeur balaye tous les vestiges d’un monde mourant”, est-il précisé dans la présentation du spectacle), de même que la frénésie de la danse, qui évoque autant la fête que la manifestation de rue. 

Mais on peut rétrospectivement les voir aussi comme une dernière tentative avant la fermeture des lieux de spectacle, un désir de s’extraire des contraintes qui allaient peu après nous être imposées et nous ramener à nos limites physiques. Avec l’utilisation de la motion capture, ces limites sont d’ailleurs repoussées pour transformer les corps en un seul objet flottant comme un ballon de baudruche dans le ciel de Paris. 

Au moment où nous connaissons encore certaines restrictions, le film continue à nous apparaître comme une brèche, un moment perché, une utopie ambiguë, une chambre avec vue sur un autre horizon dont on ne sait exactement s’il est perdu ou désiré…

Anne-Sophie Lepicard 

Réalisation : (La)Horde. Image : Alex Lamarque. Montage : Édouard Mailaender. Son : Si Begg. Musique originale : Rone. Montage : Édouard Mailaender. Animation : Boris Ramonguilhem. Interprétation : Rone, Sarah Abicht, Daniel Alwell, Mathieu Aribot, Malgorzata Czajowska, Clara Davidson, Myrto Georgiadi, Vito Giotta, Nathan Gombert, Nonoka Kato, Kelly Keesing, Yoshiko Kinoshita, Angel Martinez-Hernandez, Filippo Nannucci, Tomer Pistiner, Aya Sato, Dovydas Strimaitis, Elena Valls-Garcia et Nahimana Vandenbussche. Production : Sourdoreille et Infiné.

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