Extrait

Reruns

Rosto

2018 - 14 minutes

Fiction

Production : Studio Rosto A.D et Autour de Minuit

synopsis

Tout est différent mais rien n’a changé. Un trip dans un labyrinthe englouti, fait de rêves et de souvenirs.

Rosto

Auteur, réalisateur, illustrateur et musicien, Rosto et son studio, Rosto A.D., basé aux Pays-Bas, sont internationalement reconnus pour leurs courts métrages indépendants, leurs films pour la télévision et leurs clips.

Puisant son inspiration dans le rock punk, Rosto a fondé son travail cinématographique sur les chansons qu’il a composées pour son groupe The Wreckers, dissous avant de se voir refondé sous le nom de Thee Wreckers. Une identité musicale à la base d’un roman graphique, Mind My Gap, publié en ligne, puis adapté en une trilogie de courts métrages : Beheaded (1998), The Rise and Fall of the Legendary Anglobilly Feverson (2002) et Jona/Tomberry (2005).

En 2008, Rosto inaugure une nouvelle série de films autour de son groupe de rock, avec No Place Like Home (2009), suivi de Lonely Bones (2012) et de Splintertime (2015). Fasciné par ses rêves, mais surtout ses cauchemars, Rosto repousse les frontières de son subconscient, en peuplant ses films de créatures façonnées en 3D.

En 2011, il termine Le monstre de Nix, qui remporte le Prix de la meilleure musique originale Sacem au Festival du court métrage de Clermont-Ferrand. Ce moyen métrage, qui a nécessité près de six années de fabrication, est notamment doublé par Tom Waits et Terry Gilliam. En 2018, Rosto achève sa tétralogie autour de Thee Weckers avec Reruns, récompensé à Clermont-Ferrand, Aix-en-Provence et Anima à Bruxelles. Il travaillait sur l’écriture de son premier long métrage quand il s’est éteint, le 8 mars 2019, seulement âgé de 50 ans.

Critique

Étonnante œuvre que cet ultime opus signé Rosto. Un film testament, quatrième segment de Thee Wreckers Tetralogy, lui-même sous-titré “Un trip rock de Rosto”, également constitué de No Place Like Home, Lonely Bones et Splintertime, et sorti en salles dans l’Hexagone le 4 mars dernier. L’artiste néerlandais tout-terrain, disparu à cinquante ans en 2019, y parle de la mort, du retour sur une vie, et sur l’angoisse de disparaître, englouti par les flots du néant et de l’oubli. C’est une parabole d’un quart d’heure surfant sur tout ce que fut la vie et l’œuvre de Robert Stoces, dit Rosto. Amoureux de l’animation, il y expérimente pour la première fois la technique du motion capture, captation de mouvement qui confère une plus grande fluidité au personnage central et autobiographique du musicien voguant. La figure hybride du protagoniste squelettique se fond dans l’alliance d’animation 3D, de prises de vue réelles et d’incursions multiples.

Comme toujours, la narration navigue le long d’un cheminement intuitif et sensoriel, hors des sentiers d’une logique linéaire. C’est autre chose qui aimante l’imaginaire de l’auteur et qui embarque le public. L’exploration reste le maître mot. Musicale, sonore, visuelle, poétique, elle emprunte les chemins du rêve et du cauchemar, dans un opéra gothique qui transcende les obsessions. Celle de se raconter sans faire un biopic. Celle de partager avec les autres tout en partant de soi. Celle de célébrer la création à travers de multiples outils. Celle de la mort qui rôde. Rosto est passé par les Beaux-arts, et a toujours mêlé les inspirations hétéroclites pour fabriquer, construire, tel un bâtisseur fantasmagorique. Capable de solidariser les envies pour monter un groupe de rock, une boîte de production ou un studio de création. On le sent dans cette épopée rétrospective émouvante, qui raconte son enfance, sa scolarité, et bien sûr son groupe Thee Wreckers.

La musique reste la base inspirante de son travail plastique et cinématographique. Ce film est ainsi né de ses chansons Reruns et Maze in Trades. Des titres prônant la “rediffusion” et le “labyrinthe”, et qui annoncent le fond et la forme de cette boucle spatio-temporelle s’ouvrant et se fermant par une vue du ciel au-dessus des flots, de la tempête à l’accalmie. Tout le sel vient de l’avancée par projections de souvenirs successifs, tout droit sortis de la tête du héros, lui-même personnifié par sa caboche, désolidarisée de son corps, avec des globes oculaires dotés de faisceau de lumière. Une vision fantastique et fantasmatique au brio esthétique, qui touche, tant il agit au fil des ondes marines comme un chant du cygne. Punks, rockeurs et rebelles mettent autant leurs tripes que leur vulnérabilité sur la table. Et Rosto se livre sans fard, quand il prononce, via son double, les appels au souvenir “Maman… Papa”. Emporté par un oiseau à la surface de la mer, l’œil visionnaire s’envole lui aussi. Vers l’ailleurs. Vers l’infini.

Olivier Pélisson

Réalisation et scénario : Rosto. Image : Freek Zonderland et Stephan Schmidt. Montage : Nicolas Schmerkin et Rosto. Son : Tom Hambleton. Musique originale : Thee Wreckers. Interprétation : Jurrian De Vos, Rosie Templeton et Juan Carlos Tajes. Production : Studio Rosto A.D et Autour de Minuit.

En partenariat avec   

À retrouver dans

Sélections du moment

Thématiques