Extrait
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Quand j’ai remplacé Camille

Rémy Clarke, Nathan Otaño, Leïla Courtillon

2017 - 7 minutes

Animation

Production : Gobelins, l’école de l’image

synopsis

Laure vient juste de remplacer la nageuse décédée d’une équipe de natation relais. Mais la compétition est toute proche et Laure n’a toujours pas le niveau pour que l’équipe se qualifie : dans ce climat de deuil et de tension sportive, l’ancienne nageuse l’obsède.

Rémy Clarke

Dîplomé des Gobelins.

Rémy Clarke réalise son film de fin d'études en 2017. Un court métrage d'animation : Quand j'ai remplacé Camille, qu'il a réalisé avec deux autres étudiants : Leïla Courtillon et Nathan Otaño. 

Le film remporte le Prix SACD pour un film étudiant au Festival national du film d'animation en 2018.

Nathan Otaño

Dîplomé des Gobelins.

Nathan Otaño réalise son film de fin d'études en 2017. Un court métrage d'animation : Quand j'ai remplacé Camille, qu'il a réalisé avec deux autres étudiants : Leïla Courtillon et Rémy Clarke. 

Le film remporte le Prix SACD pour un film étudiant au Festival national du film d'animation en 2018.

Leïla Courtillon

Dîplomée des Gobelins.

Leïla Courtillon réalise son film de fin d'études en 2017. Un court métrage d'animation : Quand j'ai remplacé Camille, qu'elle a réalisé avec deux autres étudiants : Nathan Otaño et Rémy Clarke. 

Le film remporte le Prix SACD pour un film étudiant au Festival national du film d'animation en 2018.

Critique

L’existence est parfois faite de moments de crise aiguë, si prégnants, où la vie côtoie la mort. Où, plus précisément, la vie – de l’un(e) – doit transcender la mort – de l’autre –, comme si le mouvement devait se défaire de la fixité, ou la chaleur de la chair devait défier la froideur du cadavre. Sigmund Freud parlait de “pulsion de vie” pour décrire un tel état, ou plutôt une telle vigueur. C’est justement cette puissance que traverse la protagoniste de ce court métrage : elle s’appelle Laure, c’est une jeune nageuse à l’esprit vif, qui doit remplacer au pied levé, pour une compétition de relais, l’une de ses anciennes coéquipières décédée quelque temps plus tôt. Un film sur la résilience ? Non. Pas plus qu’un film sur le deuil. Plutôt une expérience étonnante où le poids de l’abattement peut servir, doit servir, de tremplin à la possibilité d’un dépassement, voire même d’un exploit. Aussi Laure semble-t-elle devenir une héroïne malgré elle, malgré ses doutes et les angoisses qui la rongent, malgré tout donc, loin en tout cas de l’apparat grandiloquent que l’héroïsme revêt dans certains récits mythologiques.

Quand j’ai remplacé Camille se dote, à cet égard, des codes d’un réalisme qu’on pourrait sans détour qualifier d’“existentiel”. Film d’animation à la plastique clinique, mêlant les tons de bleu et de vert, assagis ça-et-là par des touches de rouge argile, il n’en est pas pour autant dénué de chaleur humaine. De profondeurs humaines. Car il s’agit, par le dessin et les possibles qu’il offrent en termes de chromatisme et de dynamisme, de montrer l’obsession qui envahit souvent le personnage principal, cette présence de la défunte Camille, à la fois terrible et stimulante, mais avant tout perturbante, à travers sa voix et son reflet spectral. Au fond, le réalisme touche au regard posé sur la féminité – sur la cruauté du milieu sportif et ses entraînements à répétition, vu avec une grande lucidité, mais surtout sur cette solidarité post-mortem qui lie Laure à Camille, ferment d’une anxiété productive, rappelant de loin cette terreur sublime typique que l’on ressent à la lecture des contes pour enfants.

Produit aux Gobelins, à Paris, le film n’est pourtant pas destiné à un public jeune. Son énergie contradictoire et la situation qu’il déploie en fait le laboratoire d’une réflexion sur l’être et le néant, ancré dans un milieu très particulier. Disons, à ce propos, que peu de films restituent avec tant de pudique étrangeté l’univers glaçant de la natation   de vagues échos se font sentir avec le portrait que Jean Vigo avait dressé de Jean Taris dans son Roi de l’eau (1931). Mais, à la place de l’humour enveloppée de fausse pédagogie, on a ici un drame assumé, une exposition prenante du corps de Laure qui tente le tout pour le tout, lancé vers une limite tant physique que psychique. Haletant. S’épuisant et aiguisant ses propres forces, dans un dialogue contre la mort, contre l’image persistante de sa trace. Un élan vital laissant, finalement, un vertige pour point d’orgue.

Mathieu Lericq

Réalisation, scénario, image et animation  : Rémy Clarke, Nathan Otano et Leïla Courtillon. Son : Nadège Feyrit et Jean-Guy Véran. Musique originale : Arthur Dairaine. Interprétation : Rémy Clarke, Nathan Otano et Leïla Courtillon. Production : Gobelins, l’école de l’image.

À retrouver dans

Bonus

Rencontre avec Arthur Dairaine