Extrait
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Primrose Hill

Mikhaël Hers

2007 - 57 minutes

France - Fiction

Production : Les Films de la Grande Ourse

synopsis

Une banlieue ouest de Paris, un grand parc qui surplombe la ville, la Seine en contrebas, une colline à Londres, le refrain d’une mélodie dissonante, l’amitié, l’ombre de ces groupes anglais trop écoutés, des visages oubliés, la couleur du souvenir.

Mikhaël Hers

Né à Paris en février 1975, ce diplômé du département production de la Fémis (dont il est issu en 2004) commence à travailler à ce poste chez Sunday Morning Productions, puis Blue Monday, avant de se tourner vers la réalisation.

Ses trois moyens métrages successifs font forte impression dans la seconde moitié des années 2000 : Charell, libre adaptation d’un livre de Patrick Modiano, est présenté à la Semaine de la critique en 2006, puis à Clermont-Ferrand et Angers au début de l’année suivante. Il remporte aussi le Lutin du court métrage 2007, tandis que Primrose Hill (2007), en plus du Prix de la presse obtenu au Festival Côté court de Pantin, permet à sa comédienne Stéphanie Daub-Laurent de remporter le Prix Adami d’interprétation féminine à Clermont-Ferrand.

En 2009, Montparnasse est pour sa part montré à la Quinzaine des réalisateurs, à Cannes, avant de se voir distingué du Prix Jean-Vigo du court métrage.

Si un premier long métrage, Memory Lane, est finalisé dans la foulée, le réalisateur prend alors tout le temps de mener à bien le suivant : Ce sentiment de l’été, interprété par l’acteur norvégien Anders Danielsen Lie et distribué dans les salles hexagonales en février 2016.

En 2018, il enchaîne avec Amanda, sur lequel plane l'ombre des attentats du 13 novembre 2015 et où l'on peut retrouver notamment Vincent Lacoste

Son dernier long métrage, Les passagers de la nuit, avec Charlotte Gainsbourg, Emmanuelle Béart et les jeunes Quito Rayon Richter et Noée Abita, est présenté au Festival de Berlin et sort en salles le 4 mai 2022.

Critique

On connaît peu d'autre début de carrière aussi cohérent que celui de Mikhaël Hers : en arpentant Primrose Hill, qui succède à Charell, libre adaptation d'un livre de Patrick Modiano (voir Bref 76 et le DVD# 4 de la “Petite collection” de Bref), on pense à nouveau avec évidence à l'univers de l'écrivain. Formellement d'abord, tant la démarche de représentation des paysages (en plans larges, souvent) est génératrice de la mélancolie déjà prégnante dans Charell. D'un point de vue narratif ensuite, la construction rapproche le cinéaste du romancier, à travers une voix off ressuscitant un passé embrumé par la fuite du temps, le télescopage d'images contemporaines favorisant pleinement la réminiscence. Cette voix étant celle d'une disparue, l'atmosphère se nimbe d'une résonance fantomatique sensiblement plus grave : Sylvia s'adresse au petit groupe, jadis inséparable, réunissant son frère cadet Stéphane, Xavier, Sonia et Joëlle. Au cours d'un séjour à Londres, les jeunes gens avaient déambulé sur les flancs de la colline de Primrose, puis Sylvia s'était effacée, sans prévenir ­­— est-elle du reste encore vivante ? Nul ne sait vraiment, chacun se borne à s'en persuader.

Le temps a glissé, la bande s'est éparpillée et les retrouvailles des anciens amis se déroulent sous un froid soleil d'hiver, en cette unique journée qu'épouse le film de Mikhaël Hers. Le passé hante naturellement les conversations, au fil d'une balade similaire à celle de Primrose Hill, dans le paysage de leur jeunesse, une banlieue résidentielle vallonnée du sud-ouest de Paris, non loin de ces “boulevards de ceinture” chers à Modiano… Des noms, d'ailleurs, remontent du passé, charriant leur flot de sentiments enfouis et de désirs estompés. Et, au bout du jour, la discrète Joëlle, devenue enseignante en Lettres, part bravement à la recherche du temps perdu en prenant l'initiative pour inviter Stéphane à faire l’amour avec elle. Cette scène de lit, filmée in externo en plan fixe, est l’une des plus belles qu’il nous ait été donné de voir dans le cinéma français depuis longtemps (depuis toujours ?), avec une simplicité presque irréelle dans sa justesse même. Primrose Hill ne se veut pas le portrait d’une génération désorientée, mais ses personnages, qui appréhendent la vie d’adulte sous le baume d’un romantisme pop-rock imprégné d’un fantasme culturel anglo-saxon, nous apparaissent terriblement attachants. Et ce, même si tout ceci ne devait être qu’un rêve.

Christophe Chauville

Article paru dans Bref n° 79, 2007.

Réalisation et scénario : Mikhaël Hers. Image : Sébastien Buchmann. Montage : Isabelle Manquillet. Son : Nicolas Waschkowski et Benjamin Viau. Musique : Martin Newell et Matt Tedstone. Interprétation : Hubert Benhamdine, Stéphanie Daub-Laurent, Thibault Vinçon, Jeanne Candel, Mila Dekker, Alain Libolt et Mona Heftre. Production : Les Films de la Grande Ourse.

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