Extrait
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Pick

Alicia K. Harris

2019 - 11 minutes

Canada - Fiction

Production : Sugar Glass Films

synopsis

Une jeune fille décide de porter une coupe afro à l’école le jour de la photo de classe et doit faire face à des conséquences inattendues.

Alicia K. Harris

Installée à Toronto, la Canadienne Alicia K. Harris est originaire de Scarborough, dans l'Ontario. Elle a réalisé une demie douzaine de courts métrages depuis 2014, dont Love Stinks (2016) et Maybe if it Were a Nice Room (2017).

Elle a connu un ample succès avec Pick (2019), qui a décroché le Prix du meilleur court métrage de fiction aux Canadian Screen Awards 2020, faisant d’elle la première femme de couleur à l'emporter.

Ses films ont été diffusés sur des chaînes majeures au Canada et dans de nombreux festivals, dont le Vancouver International Film Festival ou le Miami Film Festival, où Pick a reçu le Prix du meilleur court métrage.

Alicia K. Harris se consacre à partager le point de vue et les expériences de femmes et de filles noires, s'attachant à raconter des histoires pouvant potentiellement avoir un impact durable sur les jeunes publics. Elle prépare actuellement un nouveau film court : On a Sunday at Eleven.

Critique

En à peine plus de dix minutes, Pick livre un message. Fort et essentiel, éminemment politique et qui trouve des résonances particulières dans le contexte des tensions dites raciales aux États-Unis et des répercussions en France de la naissance du mouvement Black Lives Matter. On semble loin des violences létales subies par un George Floyd, certes, à travers la mésaventure vécue par la jeune Alliyah, mais ce que l’épisode revêt symboliquement est aussi une agression, tant morale que sociétale. L’écolière choisit, au jour de la photo de classe, de laisser libre sa magnifique chevelure. Sans l’attacher, ni laisser sa mère réunir comme d’habitude ses mèches en tresses. La surprise pour ses camarades conduit à quelques discussions – sa copine lui demande si elle se fait un shampooing tous les jours – et des blagues potaches, alors qu’on balance dans son dos des boules de papier se prenant dans la densité de sa texture capillaire.

Surtout, le moment de la photo concentre toutes les humiliations ordinaires subies par les populations de couleur : on fait comprendre à Alliyah que sa tête prend de la place et cache d’autres élèves, l’obligeant à quitter le premier rang et à se retrancher sur celui du fond, même si sa petite taille ne correspond pas à cette place. Un déplacement dans l’espace qui résonne comme un déclassement imposé, contre lequel on peut protester, mais en se devant forcément d'obtempérer. La pression est telle que la jeune fille devra, pour le portrait individuel, enfermer son opulente nature en polissant le tout avec un chouchou. Le témoignage d’un libre-arbitre opprimé, incontestablement, ce que traduit un titre évoquant, en jeu de mot, à la fois le cliché photographique et le choix. 

Le plan d’Alliyah fixant l’objectif, donc en regard caméra et en appelant ainsi à notre réaction de spectateur-citoyen, rappelle forcément un autre court métrage au thème proche, Le bleu blanc rouge de mes cheveux de Josza Ajembe (2016), où la coupe de l’héroïne, Seyna, compliquait son projet de devenir française en se fracassant contre le mur des normes administratives de la sacro-sainte photo d’identité républicaine – elle est “hors cadre”, lui lance-t-on. L’intérêt de placer Pick en regard de cette problématique tient aussi aux différences entre France et Canada, où la politique d’“accommodements” accélérée par le gouvernement Trudeau semble pourtant devoir éviter l’expression de ce type de discriminations. Mais le fond rouge derrière Alliyah évoque bien la couleur du drapeau à la feuille d’érable et des progrès restent à accomplir dans les mentalités là-bas aussi (avec des clichés à la dent dure, même en un sens positif, comme le fait que “les noirs ne peuvent pas avoir de poux”, la petite voisine de classe d’Alliyah en est convaincue…) Et le style afro adopté par la fillette prend une fois encore une signification revendicative, arboré en d’autres temps par une Angela Davis ou, plus récemment, Assa Traoré de ce côté-ci de l’Atlantique.

Christophe Chauville 

Réalisation et scénario : Alicia K. Harris. Image : Ann Tipper. Montage : Kathryn Lyons. Son : Amanda Ann-Min Wong. Interprétation : Hazel Downey, Jessica Danov, Phyola James et Maria Moga. Production : Sugar Glass Films. 

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