Extrait
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Perrault, La Fontaine, mon cul !

Zoran Boukherma, Hugo P. Thomas, Ludovic Boukherma

2014 - 19 minutes

France - Fiction

Production : L’École de la Cité

synopsis

Willy, un père illettré, va tout faire pour apprendre à lire afin de conserver la garde de son fils.

Zoran Boukherma

Zoran Boukherma est né en 1992 à Marmande (Lot-et-Garonne). Il a coréalisé plusieurs courts métrages avec son frère jumeau Ludovic Boukherma, mais aussi Hugo P. Thomas, rencontré à L'École de la Cité à Saint-Denis.

Ich bin eine Tata est achevé et diffusé en 2014, suivi l'année suivante de Perrault, La Fontaine, mon cul ! Ce dernier reçoit le Prix Adami d'interprétation, remis à l'attention de Daniel Vannet, et le Prix étudiant de la jeunesse au Festival de Clermont-Ferrand en 2015. 

Ensemble, tous trois réalisent leur premier long métrage, Willy 1er, présenté par l'ACID au Festival de Cannes 2016. Après un nouveau court métrage, La naissance du monstre, en 2018, Zoran Boukherma s'engage avec son frère dans la réalisation d'un film de genre, Teddy, qui reçoit le label sélection officielle Cannes 2020 et qui est distribué en salles le 30 juin 2021. 

Hugo P. Thomas

Hugo P. Thomas est né à Croix, dans le Nord, en 1989. Seul aux commandes du court métrage Premier métro (2015), il coréalise plusieurs courts métrages avec Zoran Boukherma, Ludovic Boukherma et Marielle Gautier, qu'il a rencontrés à L'École de la Cité, à Saint-Denis.

Ich bin eine Tata est achevé et diffusé en 2014, suivi l'année suivante de Perrault, La Fontaine, mon cul ! Ce dernier reçoit le Prix Adami d'interprétation, remis à l'attention de Daniel Vannet, et le Prix étudiant de la jeunesse au Festival de Clermont-Ferrand en 2015. 

Ensemble, tous trois réalisent leur premier long métrage, Willy 1er, présenté par l'ACID au Festival de Cannes 2016. Hugo P. Thomas en signe également la musique.

Ludovic Boukherma

Ludovic Boukherma est né en 1992 à Marmande (Lot-et-Garonne). Il a coréalisé plusieurs courts métrages avec son frère jumeau Zoran Boukherma, mais aussi Hugo P. Thomas, rencontré à L'École de la Cité à Saint-Denis.

Ich bin eine Tata est achevé et diffusé en 2014, suivi l'année suivante de Perrault, La Fontaine, mon cul ! Ce dernier reçoit le Prix Adami d'interprétation, remis à l'attention de Daniel Vannet, et le Prix étudiant de la jeunesse au Festival de Clermont-Ferrand en 2015. 

Ensemble, tous trois réalisent leur premier long métrage, Willy 1er, présenté par l'ACID au Festival de Cannes 2016. Après un nouveau court métrage, La naissance du monstre, en 2018, Ludovic Boukherma s'engage avec son frère dans la réalisation d'un film de genre, Teddy, qui reçoit le label sélection officielle Cannes 2020 et qui est distribué en salles le 30 juin 2021. 

Critique

Avant d’œuvrer en duo sur le court métrage La naissance du monstre (2018) et sur Teddy, les frères jumeaux Ludovic et Zoran Boukherma ont réalisé plusieurs films aux côtés de leurs compagnons de route de l’École de la Cité : Hugo P. Thomas et Marielle Gautier. Ensemble, à trois ou bien à quatre, ils ont signé deux courts métrages, Ich bin eine Tata (2014) et Perrault, La Fontaine, mon cul ! (2014) et un long : Willy 1er (2016). L’École de la Cité de Luc Besson n’aurait pas pu imaginer meilleure publicité que cette poignée de films à l’ascension fulgurante couronnée in fine, pour les frères Boukherma, par le label sélection officielle du Festival de Cannes 2020 de Teddy.

Ouvrons une parenthèse : Teddy, qui sort en salles ces jours-ci, est un teen-movie de la marginalité, mais également de l’adolescence. En ceci, il est le véritable alter ego de Grave de Julia Ducournau, un film de genre où le genre nourrit la métaphore de manière singulière et hors norme. Teddy manifeste ce désir d’en découdre avec tout ce qui fait le cinéma : le scénario, le jeu des acteurs, la mise en scène, le cadre, la musique… Ainsi, et quand bien même il serait sous influence de Bruno Dumont deuxième génération, Teddy marque un pas de côté avec un certain cinéma français qui prend ses aises dans un roucoulement de fonctionnaire nobiliaire. Remontons maintenant le temps, revenons à la forme courte, à Perrault, La Fontaine mon cul ! 

C’est en regardant la télévision que le groupe d’amis, alors étudiants, découvre dans un reportage consacré à l'illettrisme, celui qui va devenir le fil conducteur de leurs trois premiers films : Daniel Vannet. Dans la fiction, il sera rebaptisé Willy. L’homme est petit, la cinquantaine bien tassée, une voix et un physique plutôt ingrats. En bref, le genre de personne qui occupe rarement les premiers rôles au cinéma. Le titre Perrault, La Fontaine mon cul ! peut s’entendre comme cri de colère contre la culture dominante, contre ces textes qui sont des cadres et font des lois. 

Si Teddy, avec son final radical, quasi terroriste, aurait pu revendiquer le point d’exclamation final de Perrault, La Fontaine mon cul !, ce film aurait tout aussi bien pu s’appeler “Chanson d’innocence”, titre emprunté à Gérard Lenorman que l’on entend furtivement à la fin et qui sonne beaucoup plus juste pour évoquer ce court métrage… Car avec Perrault…, nous sommes dans l’innocence, dans le portrait doux, généreux et tendre d’un grand enfant de cinquante ans qui souhaite garder son fils de dix ans à ses côtés et qui, pour ce faire, va le soutirer à la garde de sa mère. Perrault…, nous raconte l’histoire triviale et banale d’un doux dingue. De ceux-là mêmes qui habitent en périphérie des grandes villes. Parallèlement, incidemment, les réalisateurs nous racontent une autre histoire. Celle d’un homme qui va apprendre à lire. Cette histoire est vue sans cynisme ni condescendance. Plus que, à proprement parler, de ses mésaventures, les réalisateurs font le choix d’un portrait impressionniste. 

La tonalité, juste, tient dans un jeu d’équilibriste assez casse-gueule, à mi-chemin entre le rire et le drame, cela sans que jamais l’émotion ne soit ni soulignée, ni ostentatoire. L’expression est galvaudée et pourtant c’est bien de cela qu’il s’agit : nous sommes avec Willy à hauteur d’enfant. Il faut voir cette séquence abracadabrante où il sermonne un gamin qui s’en est pris à son fils, une séquence où la mise en abyme (la famille et le fils de Willy qui de part en part, de porte à porte, regardent l’action) opère comme un effet de miroir.

Quand Willy s’en prend à Perrault ou à La Fontaine en criant, en psalmodiant et en jetant leurs livres à l’eau, cela en dit long sur la crise de l’être (et de lettres) qu’il est en train de vivre. Il est ce personnage de papier sans écriture, sans destin. Mais il est aussi ce personnage authentique auquel l’alchimie du cinéma donne sa chance, celle de traverser le miroir, de se métamorphoser dans le bain révélateur, celui de la création. Depuis lors, Daniel Vannet n’est plus cet invalide, ni cet illettré étiqueté. Et avec lui, nous aussi avons appris à être autrement. Il s’appelle Willy. Oui, il lit. Il est sauvé Willy.  

Donald James 

Réalisation, scénario et montage : Ludovic Boukherma, Zoran Boukherma et Hugo P. Thomas. Image : Jonas Favre. Son : Alexandre Lemaure-Esteban et Paul Jousselin. Interprétation : Daniel Vannet, Alex Vullien, Jeanne Gilli, François André et Marielle Gautier. Production : L'École de la Cité. 

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