Percebes
Alexandra Ramires, Laura Gonçalves
2024 - 12 minutes
France, Portugal - Animation
Production : Ikki Films et BAP Animation Studio
synopsis
Sur fond de mer et d’Algarve urbaine, nous suivons le cycle complet de la vie d’un mollusque particulier appelé Percebes. Depuis sa formation jusqu’à l’assiette, nous traversons différents contextes qui nous permettent de mieux comprendre cette région et ceux qui l’habitent.
biographie
Alexandra Ramires
Née en 1987 à Coimbra, Alexandra Ramires – aka Xá – reçoit en 2010 la Bourse du mérite Santander-Totta qui lui permet de compléter son dernier semestre de cours de peinture à l’Université fédérale du Rio Grande do Sul au Brésil. Elle est diplômée de la faculté des Beaux-Arts de l’Université de Lisbonne.
Elle cosigne avec Laura Gonçalves un premier court métrage, Água mole, sélectionné à la Quinzaine des cinéastes en 2017, puis un autre, Percebes, qui rencontre un grand succès en festivals (le Fipadoc à Biarritz, Anima à Bucarest, Clermont-Ferrand, Les Arcs, Vila do Conde), gagnant le Cristal du court métrage à Annecy en 2024 et le Sophia du meilleur court métrage d'animation au Portugal l'année suivante. Son titre signifie littéralement "pouce-pieds”, du nom du crustacé qui y est mis en scène.
Entretemps, Alexandra Ramires a réalisé un film en solo, Elo. Également lauréat du Sophia du meilleur court métrage d'animation, il a été présenté en 2020 à Animatou (Genève), Chicago, Philadelphie, Toronto, Vila de Conde, Zagreb, etc.
Laura Gonçalves
Diplômée de la faculté des Beaux-Arts de Lisbonne en 2009, Laura Gonçalves commence alors à travailler pour le Sardinha Em Lata Studio.
En 2012, elle obtient un master en animation au Arts University College de Bournemouth, au Royaume-Uni, où elle réalise son premier court métrage d’animation : Three Weeks in December.
Elle cosigne avec Alexandra Ramires un premier court métrage, Água mole, sélectionné à la Quinzaine des cinéastes en 2017, puis un autre, Percebes, qui rencontre un grand succès en festivals (le Fipadoc à Biarritz, Anima à Bucarest, Clermont-Ferrand, Les Arcs, Vila do Conde), gagnant le Cristal du court métrage à Annecy en 2024 et le Sophia du meilleur court métrage d'animation au Portugal l'année suivante. Son titre signifie littéralement "pouce-pieds”, du nom du crustacé qui y est mis en scène.
Critique
Une idée simple guide le court métrage multi-primé de Laura Gonçalves et Alexandra Ramires : faire du bernacle de mer, ce drôle de crustacé au corps recouvert de plaques calcaires, l’allégorie d’un sentiment prégnant au Portugal, et plus généralement dans le monde, celui d’être petit à petit coupé de son territoire par les mutations rapides et l’afflux touristique. Comme l’expriment à plusieurs reprises les protagonistes du film, il existe une dualité dans la région de l’Algarve où ils vivent, et d’où est originaire Alexandra Ramires. D’une part, la nécessité du tourisme pour dynamiser l’économie locale ; de l’autre, la frustration d’être comme dépossédé de sa ville, de ses plages et de ses infrastructures, mises quelques mois par an au service presque exclusif des vacanciers.
Les deux réalisatrices reviennent donc à la forme documentaire qui était déjà au centre de leur premier court métrage en duo, Agua mole en 2017, et qui traverse les films personnels de Laura Gonçalves (Trois semaines en décembre en 2013, The Garbage Man en 2022). En s’appuyant sur des témoignages recueillis sur un temps long, auprès notamment de pêcheurs de bernacles et de professionnels de la restauration, elles retracent le parcours des crustacés depuis le moment où ils sont ramassés dans la mer (ils s’accrochent généralement à la roche, avec laquelle ils vivent en symbiose) jusqu’à celui où ils arrivent dans les assiettes des restaurants touristiques, qui les servent fièrement en spécialités locales… et provoquent l’enthousiasme comme la méfiance (voire le dégoût) chez les consommateurs qui n’y sont pas habitués.
Le fil narratif ne déroge guère de sa ligne d’origine, et illustre assez sagement le propos de départ avec des exemples concrets sur les effets du tourisme et les émotions ambivalentes qu’il suscite chez les personnes interrogées. L’animation, qui garde un trait plutôt réaliste, tente d’apporter un petit pas de côté en jouant sur les perspectives (par exemple lorsque la ville semble surgir de l’eau) et en personnifiant les fameuses percebes qui prennent vie à l’écran et deviennent en quelque sorte des alter ego des protagonistes.
Elle permet aussi d’ancrer très précisément le documentaire dans son milieu, en donnant à voir les lieux et les paysages. La mer, bien sûr, joue un rôle fondamental, captée en majesté dans des plans tantôt rapprochés, tantôt généraux, qui rendent hommage à sa puissance, à sa beauté insaisissable et à son étendue infinie. Elle apparaît bien comme cet élément vital qui donne et qui reprend, qui attire et qui fascine, mais qu’il ne faut jamais prendre pour acquis. Car la mer est la raison principale de l’attachement des habitants à leur région, celle avec laquelle – tels les petits crustacés regardés comme des bêtes curieuses par les touristes – ils vivent dans une osmose fragile, menacée par le rythme contemporain et la course au profit. En cela, le film prend des accents universels, tant il est évident que le sort incertain des bernacles comme de celles et ceux qui les ramassent est communément partagé à travers le monde.
Marie-Pauline Mollaret
Réalisation : Laura Gonçalves et Alexandra Ramires. Scénario : Laura Gonçalves, Regina Guimarães et Alexandra Ramires. Animation : Carolina Bonzinho, Laura Equi, Leonor Pacheco, Joana Teixeira, Inês Teixeira. Son : Bernardo Bento. Musique originale : Nicolas Tricot. Voix off : João Duarte, Rita Grifo, Yasha Hindine, Marta Luz, Samuel Malaouias, Henrique Marisa Gomes, Pedro Omar et Alexandra Ramires. Production : Ikki Films et BAP Animation Studio.


