Extrait
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Peine perdue

Arthur Harari

2013 - 39 minutes

France - Fiction

Production : Bathysphère Productions

synopsis

Une fin d’après-midi au bord d’une rivière, un concert près de l’eau. L’étrange Rodolphe remarque Alex, jeune homme timide qui n’a d’yeux que pour Julia, une Parisienne en vacances. Rodolphe entreprend de l’aider, à sa manière...

Arthur Harari

Arthur Harari, né en 1981, a grandi à Bagnolet. Admirateur de Renoir, Pialat et Eustache, il commence à étudier le cinéma à l’université de Saint-Denis, où il rencontre entre autres Justine Triet, aujourd’hui sa compagne et réalisatrice de La bataille de Solférino et Victoria. Il arrête bientôt les cours pour passer à la réalisation, toujours avec l’aide de ses deux frères, Tom Harari, chef-opérateur reconnu, et Lucas Harari, acteur et également dessinateur.

En 2005, son court métrage Des jours dans la rue est sélectionné à Côté court, à Pantin. En 2007, il poursuit avec le moyen métrage La main sur la gueule, qui marque le début de sa carrière. Le film reçoit le Grand prix aux Rencontres de Brive et le Lutin du meilleur court métrage.

En 2013, Peine perdue est un nouveau succès : Grand prix au Festival Entrevues de Belfort, Prix spécial du jury au festival Côté court de Pantin, Prix de la jeunesse à Clermont-Ferrand… Son premier long métrage Diamant noir, sur le milieu des diamantaires d’Anvers, sort en salles en 2015, couronné d'un net succès critique.

En 2020, il réalise son deuxième long métrage : Onada. 10 000 nuits dans la jungle. Le film est présenté dans la section “Un certain regard”, au Festival de Cannes, en 2021.

Critique

À distance, Rodolphe observe le regard insistant posé par Alex sur Julia et son amie, deux Parisiennes qui achèvent leurs vacances au bord de la Loire. De son poste d’observateur lointain, il a déjà un coup d’avance sur les autres acteurs de la ronde des sentiments qu’il va pouvoir orchestrer selon son propre souhait.

Passé ce prélude, un concert en plein air devient le théâtre de la parade amoureuse. En entamant la conversation avec Julia, Rodolphe ouvre le bal de la circulation du désir. On ne poursuit que celui qui ne nous voit pas ; au décalage de la réciprocité des sentiments correspond celui qui se fait jour entre le discours mielleux du garçon et ses gestes d’une scandaleuse audace, comme cette main qu’il fait courir sur les fesses de la jeune fille. La séduction repose sur les puissances du faux, qui, par les demi-vérités des mots doux proférés, allume des désirs bien réels. Les gestes eux, ne représentent pour Rodolphe qu’une forme de prise de pouvoir sur l’autre. Dans leur chorégraphie réside une autre forme de dissimulation, qui transforme insensiblement le simple mouvement de désignation d’un lieu dans le lointain en caresse.

Comme l’argent que l’on voit passer de main en main, le désir se propage d’un corps à l’autre. Celui qui s’allume pour Julia dans les yeux d’Alex est attrapé au bond par Rodolphe pour finalement se concrétiser dans les bras d’un musicien (Bertrand Belin), présent au bon endroit au bon moment. Car, en amour, ce drôle de commerce, la place des prétendants s’échange au gré des circonstances.

Rodolphe prend celle que Julia a laissée vacante dans la barque louée par Alex. La balade en yole et l’étreinte dans l’île de Partie de campagne (1936) transparaissent alors en filigrane de la fin du film qui empruntait déjà à son modèle, outre le prénom de son protagoniste, la présence sonore de l’eau et du chant des oiseaux ainsi que l’ambiance de guinguette familiale. Le film de Renoir était à la fois plus outrageusement joyeux et plus franchement mélodramatique que Peine perdue qui conserve une mélancolie sombre de bout en bout. “Ça ne marche plus, les barques”, lance Rodolphe, annonçant ce que confirme la larme qui coule sur la joue d’Alex ; pour eux, comme jadis pour Sylvia Bataille, il est bien fini, le temps de l’innocence.

Raphaëlle Pireyre

Article paru dans Bref n°110, 2014.

Réalisation et scénario : Arthur Harari. Image : Tom Harari. Montage : Laurent Senechal. Son : Gilles Benardeau, Julien Brossier et Mélissa Petitjean. Interprétation : Nicolas Granger, Lucas Harari, Émilie Brisavoine, Bertrand Belin et Aude Louzé. Production : Bathysphère Productions.

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