Extrait
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Nus dans les rues la nuit

Benoît Rambourg

2018 - 21 minutes

France - Fiction

Production : Année Zéro

synopsis

Fin de l’été. C’est la dernière nuit que Cédric passe chez Sofiane et son père malade. Pour conjurer la morbidité qui règne dans la maison et s’offrir un dernier souvenir mémorable, Cédric propose à Sofiane de partir en slip en excursion nocturne dans leur quartiers.

Benoît Rambourg

Né en 1981, Benoît Rambourg est sorti de l'école Louis-Lumière en 2004. Il a réalisé depuis quatre courts métrages, sélectionnés dans une quarantaine de festivals. Parmi eux, La peau dure (2007) a notamment été primé à San Francisco, Grenoble ou Nenzing,  suivi de Pariser (2009) et De bonnes sensations (2014), primé au Festival Cinéma d'Alès Itinérances.

En 2018, Benoît Rambourg signe son cinquième court métrage : Nus dans les rues la nuit, présenté en compétition nationale au Festival de Clermont-Ferrand 2019.

Il a également été chef opérateur sur une vingtaine de courts métrages.

Critique

­Le défi est au cœur du cinéma de Benoît Rambourg. Des challenges existentiels, du plus léger (le couple franco-allemand au cœur des enjeux sexuels et relationnels dans Pariser, 2009) au plus grave (le flirt dangereux d’un enfant avec la mort dans La peau dure, coréalisé avec Jean-Bernard Marlin en 2017), que les personnages de ses films éprouvent comme pour se prouver qu’ils sont bien en vie. Dans Nus dans les rues la nuit, Cédric convainc son copain Sofiane de sortir en slip dans le quartier. Les deux gamins gambadent alors dans les méandres nocturnes de leur ville au repos. Le ton est léger, mais la fantaisie ambiante masque les ombres. Celles de la séparation à venir des deux amis en culottes courtes, qui conjurent la mélancolie en plongeant dans cette école buissonnière éphémère. Celles de la maladie qui gangrène, avec le père de Sofiane alité et sous haute surveillance. Le choix du noir et blanc accentue le climat atemporel – comme une bulle estivale prête à disparaître – et la sensation de fragilité de la vie. 

Judicieusement, le réalisateur place le souffle au cœur de son aventure. C’est le premier son entendu en off, pendant le générique inaugural, et l’ultime, aussi, quand le récit se termine. Au milieu, les respirations rythment les images. La caméra reste au plus près de ses protagonistes, et des corps alanguis durant ce soir d’été, avant qu’ils prennent la tangente, créant un univers organique et palpitant, au gré des facéties extérieures des garçons. Marche au pas, petit trot, course rapide : les jambes alternent les mouvements. Et comme dans un petit théâtre improvisé, les éléments urbains servent de décor à leur scénario impromptu. Bosquets, arbustes, murs d’immeubles, voitures garées, aire de jeux, la mise en scène s’approprie l’espace et la matière, pour mieux confronter les gosses à leur mini épopée initiatique. C’est une évasion débridée à laquelle ce court métrage invite. 

Les références abondent au gré de la progression dramatique. Sofiane bouquine un tome des aventures de Spirou et Fantasio,Le réveil du Z, et le duo croise un voisin rebaptisé Freddy Krueger, en hommage au croque-mitaine de la saga cinématographique, signée Wes Craven, Les griffes de la nuit. Rebondissements et flirt avec la peur font partie du grand bain de l’imaginaire nocturne. Mais au final, c’est bien de bienveillance et d’attachement dont il est question. Le paternel malade lance à l’ami de son fiston, de retour à la maison après la cavalcade, “Cédric, prenez soin de vous…” et les deux petits complices s’endorment enlacés, pour mieux déjouer le mauvais sort et les coups durs. Armés par l’amitié et l’affection. Prêts à grandir et à braver leur destin. 

Olivier Pélisson 

Réalisation et image : Benoît Rambourg. Scénario : Benoît Rambourg et Marion Defer. Montage : Maxime Garault. Son : Paul Guilloteau, Antoine Bertucci et Vincent Verdoux. Interprétation : Hugo Griveau, Emrys R. et Farid Larbi. Production : Année Zéro.

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