Extrait
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Nue

Catherine Bernstein

2008 - 7 minutes

France - Documentaire

Production : Paris-Brest Productions

synopsis

Une femme est nue. Elle est filmée par sa fille qui s’attarde sur des détails de son corps. Sentant ce regard sur son corps adulte, marqué par les années, la femme raconte son histoire à travers celle de ses sourcils, de ses yeux, de ses seins, de son ventre et de ses jambes... Ce corps en morceaux devient petit à petit un tout.

Catherine Bernstein

Née en 1964 à Tours, Catherine Bernstein a suivi après le bac des études de lettres modernes, puis de cinéma à Paris. Elle a d'abord été assistante sur des films de tous types, parmi lesquels les longs métrages Un monde sans pitié d’Éric Rochant (1989), La vie des morts d’Arnaud Desplechin (1991) ou encore L'irrésolu de Jean-Pierre Ronssin (1994).

Catherine Bernstein réalise ensuite elle-même différents courts métrages : Zohra à la Plage (1996), Asylum (2008) et Nue (2008), pour lequel elle a demandé à sa propre fille Juliette de la filmer. Elle s'est peu à peu principalement tournée vers le documentaire, à travers notamment Alan Turing, le code de sa vie (2013) ou encore Haïm (2014).

Son dernier film est un documentaire de 56 minutes pour la télévision : Fritz Bauer, un procureur contre le nazisme (2018).

Critique

C’est comme ça que Michel m’a connue, en détails, enfin je veux dire en morceaux. Moi j’étais en morceaux, et lui voyait le tout (…) C’est comme s’il avait réuni toutes les pièces du puzzle.” Ainsi, la réalisatrice Catherine Bernstein nue dans une chambre devant la caméra s’adresse-t-elle au spectateur pour l’un des cinq courts métrages de la série Corps, coproduite en 2009 par Arte et la société bretonne Paris-Brest. Le portrait en mouvement d’un corps à un instant donné, en même temps que son histoire au fil des ans. La découverte ou la projection du désir des hommes, la grossesse, la dégradation, le début du vieillissement… et le décalage qui, toujours, s’opère entre la réalité des formes et la perception qu’en a sa propriétaire. Cette critique qu’elle porte sur son corps, c’est aussi le regard des autres qu’elle intériorise, celui des hommes, de la société, de la jeunesse dont elle aimerait se défaire.  

La voix évoque son corps comme la réalité émietté d’un puzzle, et c’est ainsi que le film le construit : des plans qui le morcellent, des bouts de récits qui sautent d’une anecdote d’adolescence à un trajet dans le métro vingt-cinq ans plus tard, d’un “gros cul” à une moustache. Des sentiments qui se mélangent ou se succèdent : amusement, malaise, émotion. Le film, construit sur le modèle ancien du blason en poésie, rend ses coutures et sa fabrication apparentes : les mouvements de caméra, le bruit de l’appareil qui s’enclenche et dont on entend tourner la pellicule, le point qui se défait à la fin des plans… le corps du film ressemble lui-même au morcellement qu’il décrit. Et tandis que l’œil perçoit la surface, la voix s’efforce de dire sans fards les sensations éprouvées. Mais ces bribes de description ne relèvent pas de l’introspection pure. Cette voix, ces regards à la caméra s’adressent à quelqu’un en particulier, à un œil que l’on découvrira au dernier plan derrière la petite caméra portable, dans le miroir. C’est la fille de la réalisatrice qui est légataire de cet héritage : celui, physique, des épais sourcils du grand-père qui font son “expression”. Mais celui, immatériel, de la confiance en soi, de la bienveillance du regard qu’on porte sur soi même. 

Raphaëlle Pireyre 

Réalisation et scénario : Catherine Bernstein. Image : Laurent Dailland. Montage : Stéfan Richter. Son : Cyril Holtz. Musique originale : Hervé Le Dorlot. Interprétation : Catherine Bernstein. Production : Paris-Brest Productions.

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