Extrait
Partager sur facebook Partager sur twitter

Nouvelle saveur

Merryl Roche

2019 - 24 minutes

France - Fiction

Production : Topshot Films

synopsis

Depuis que Marie a intégré le restaurant de Bruno Mercier, chef multi-étoilé, elle ne pense plus qu’à se perfectionner. Mais Thomas, le second qui gère la cuisine au quotidien, se méfie de cette possible rivale. Lors d’un service, Marie se coupe, laissant échapper quelques gouttes de son sang qui se mélangent à sa sauce. Alors que Bruno vient pour goûter le plat de Marie, il le juge parfait.

Merryl Roche

Merryl Roche est née à Annecy en 1987. Elle a été formée à l'Atlantic Acting School de New York avant de revenir en France en 2007, où elle a suivi une licence, puis un master en cinéma. En 2014, elle réalise un premier court métrage de fiction autoproduit, Rash. Ce film d’horreur en “found footage” sera présenté dans de nombreux festivals. 

Merry Roche signe également des clips et, en 2017, présente un projet de court métrage de genre, Nouvelle saveur (2019), au Festival Côté court de Pantin. Celui-ci y remporte le prix du meilleur projet de film et se voit préacheté par France 2. Le court métrage, une fois achevé, est notamment sélectionné en compétition à Gérardmer et à Court métrange, à Rennes, en 2021. 

Elle développe actuellement un projet de premier long métrage.

 

Critique

Une cuisine d’un restaurant plongée dans la douce pénombre. Tandis qu’une jeune cuisinière s’attèle à un plat avec délicatesse, d’autres cuisiniers viennent parasiter ce sentiment d’atmosphère paisible. Marie, jouée par Joséphine Japy (également vue dans Mon inconnue d’Hugo Gélin, Respire de Mélanie Laurent, etc.), est issue d’un milieu modeste et a intégré l’équipe d’un restaurant gastronomique. Elle y fait ainsi l’expérience de l’excellence et de tous les sacrifices que cela nécessite. Sous le joug de la tension, Marie se blesse et verse par mégarde son propre sang dans sa préparation. Dans un quiproquo, le chef multi-étoilé goûte et trouve la composition “parfaite”. 

Le film piquant de Merryl Roche documente l’intérieur d’une cuisine, cette arrière-boutique où règnent quelques mouvements cruels. Un espace de toutes les urgences, de toutes les injonctions, et aussi follement compétitif. Il y a ce versant réaliste de montrer un espace en ébullition et des corps au travail. D’un côté, les gestes précis de Marie, dans des précautions extrêmes pour composer des plats (filmés avec tout autant de soin) et, de l’autre, des actes belliqueux – coups de torchon ou bousculades. Il y a la difficulté d’exister en tant que femme, d’un milieu social différent, dans un univers farouchement masculin et nocif qui dévore de l’intérieur (l’affaiblissement est moral et physique). Le sang qui se met à couler par la suite, c’est l’investissement personnel, engagement pernicieux que l’on veut bien donner à son travail (ici, en donnant littéralement de soi) et pâtir d’une pression débordante. On pense au pertinent Slalom de Charlène Favier et les effets de l’emprise sur un être/un corps ou aux rapports pervers de maître à élève de Whiplash de Damien Chazelle, mais ici, Merryl Roche troque les baguettes d’une batterie folle contre des fouets d’une cuisine. 

Celle d’un grand restaurant se trouve être un lieu idéal pour déployer une mise en scène qui confine à l’exacerbation des contrastes visuels et sonores : silence/bruits ou caméra nerveuse/plan fixe, mais aussi le tablier blanc de Marie contre le noir de son opposant, ou cet environnement aseptisé contre la violence physique perpétrée à la chair, sans oublier l’opposition du raffinement des aliments disposés dans les assiettes et du dégoût des blessures infligées. Mais Nouvelle saveur opère aussi un glissement vers le baroque, voire le mythologique.

On note la présence de sang et de larmes, mais aussi le prénom symbolique et iconique de Marie annonçant le chemin tortueux, presque biblique, avec même la présence de stigmates dans la main. Nouvelle saveur scrute, lointainement, le cinéma (carnivore) de Julia Ducournau (cannibalisme, altération démonstrative, physique et psychique), avec quelques ajouts d’un gore caressant. Cette proposition infusée dans le genre, comme Rash (2014), précédent court métrage de la réalisatrice et autre film de mutilation et de renfermement sur soi, démontre qu’une relève de jeunes cinéastes est à l’œuvre, utilisant des images troublantes pour évoquer des questionnements sociétaux enfouis et donner une impulsion cathartique aux traumas. 

William Le Personnic 

Réalisation et scénario : Merryl Roche. Image : Aurélien Marra. Montage : Sébastien de Sainte Croix. Son : Clément Badin, Charlie Sénécaut et Thibaut Macquart. Musique originale : Emmanuel Lévy. Interprétation : Joséphine Japy, Serge Dupuy, Sébastien Houbani et Philippe Résimont. Production : Topshot Films.

À retrouver dans

Bonus

Entretien avec Emmanuel Lévy