Extrait
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Mom

Kajika Aki Ferrazzini

2020 - 9 minutes

France - Animation

synopsis

Au sein d’un monde dystopique, filmée par des caméras de surveillance, une petite fille court pour survivre. Une déclaration d’amour aux souvenirs qui nous permettent de rêver le futur.

Kajika Aki Ferrazzini

Kajika Aki Ferrazzini a fait des études d’arts graphiques avant de débuter un cursus d’animation à l’école des Gobelins, qu’elle a interrompu pour se consacrer à son premier court métrage, Mom, réalisé en 2020. Il lui aura fallu un an de travail pour réaliser seule ce court métrage de 9 minutes.

Mom, qui lie un style graphique très original à un sens du montage très efficace, a permis de révéler sa réalisatrice au Festival international du film d'animation d'Annecy en 2021.

Critique

Mom est un premier film aussi atypique que le processus de création dont il est le fruit. Kajika Aki Ferrazzini a en effet choisi d’interrompre sa formation au sein du département animation de la prestigieuse École des Gobelins pour se consacrer complètement pendant un an à la fabrication de ce court métrage. Celui-ci répond donc à une nécessité profonde de créer et de mettre en images une angoisse que la réalisatrice formule ainsi : “Ce projet est né du sentiment que j’avais de devoir courir pour survivre.” 

Et c’est en effet littéralement une fuite en avant que le film nous donne à voir, celle d’une petite fille poursuivie par des chiens et des cavaliers dans une traque qui semble mise en scène par une télé-réalité ultra-violente. La sauvagerie animale, la cruauté humaine, ainsi que la forêt où se déroule cette course éperdue, évoquent l’ambiance d’un conte. Mais la retransmission en direct de ce terrible spectacle fait aussi de ce film court un récit d’anticipation. La réalisatrice travaille avec beaucoup de subtilité le passage d’une ambiance à l’autre par l’utilisation de tons chauds pour la traque en forêt et de tons froids pour la ville, peuplée d’êtres indifférents et désincarnés.  

Le récit oscille ainsi entre ces deux mondes, de même qu’entre deux temps de la vie du personnage. Nous voyons en effet la petite fille, quelques années plus tôt, avec sa mère sans que l’on ne sache vraiment s’il s’agit d’un souvenir qui revient tandis qu’elle fuit ou si, tout à coup assombrie dans ce moment heureux sur la plage, elle a une vision terrible de son futur. Les deux temps semblent donc imbriqués, de même que la douceur et la violence qui y sont associées. Ce mélange est également présent dans la musique, composée à la fois de longues notes tenues par des cordes et des voix féminines, mais également de percussions aux résonances parfois brutales. 

Le motif de la chenille et du papillon présent dans ces deux moments comme un écho poétique brouille encore les pistes. Cette incertitude temporelle évoque d’ailleurs fugitivement La jetée de Chris Marker (1962), récit de science-fiction emblématique dont le personnage assiste par anticipation dans son enfance au spectacle de son propre assassinat.  

Mom laisse alors un peu la sensation qu’on peut avoir au réveil d’un rêve ou d’un cauchemar – un trouble provoqué par la force d’images énigmatiques dont le sens reste en suspens. 

Anne-Sophie Lepicard 

­Réalisation, scénario, montage et production : Kajika Aki Ferrazzini. Musique originale : Théophile Loaëc et Arthur Dairaine. Son : Théophile Loaëc.