Extrait

Méandres

Florence Miailhe, Élodie Bouédec, Mathilde Philippon-Aginski

2013 - 23 minutes

Animation

Production : Les Films de l’Arlequin, La Fabrique, Vivement Lundi !

synopsis

Acis, l’amant de la néréide Galatée a été tué par le Cyclope fou de jalousie. Mais Galatée transforme le sang de son malheureux amant en fleuve. Au fil du fleuve Acis, dans les lieux qu’il traverse, de sa source à la mer, différentes créatures se rencontrent, monstres, divinités ou simples mortels. Ses eaux vont refléter leurs passions, leurs conflits et seront témoins de leur métamorphoses.

Florence Miailhe

Fille de la peintre Mireille Miailhe, Florence Miailhe est née à Paris en 1956. Elle sort diplômée des Arts Décoratifs en 1980 et commence comme maquettiste pour la presse, tout en pratiquant la peinture et la gravure. Elle enseigne ensuite l’animation aux Gobelins et aux Arts Déco, avant de réaliser son premier court métrage d’animation Hammam en 1991, dessinée à partir de peinture, de pastel et de sable, technique appelée généralement peinture animée ou animation de sable. Elle poursuit en 1995 avec Schéhérazade, écrit par Marie Desplechin et Au premier dimanche d’août en 2002, qui est couronné du César du meilleur court métrage et du Prix du meilleur film d’animation au Festival de Clermont-Ferrand. En compétition officielle à Cannes en 2006, le court métrage Conte de quartier reçoit une Mention du jury. D’autres films courts suivent dont Méandres en 2013. En 2010, Florence Miailhe remporte avec Marie Desplechin le Prix du meilleur scénario de long métrage à la lecture de scénarios du festival Premiers plans d’Angers – film en cours de réalisation en 2017. L’abbaye de Fontevraud a consacré une exposition aux premières recherches graphiques sur le projet. 

 

Élodie Bouédec

Elodie Bouédec est diplômée des Arts décoratifs de Paris. À la fois réalisatrice et illustratrice elle dispose déjà d’un beau parcours dans le cinéma quand elle commence à réaliser des illustrations pour la presse (Le Monde, Télérama, XXI…) avant de sortir un album jeunesse en 2019 :  Dans mon petit monde.  

Elle réalise son premier long métrage Malban en 2008, film d’animation en peinture à l’huile pour lequel elle reçoit le Grand Prix du festival ReAnimacja en 2009. La même année elle poursuit avec De là à là, film d’animation en papiers découpés.

En 2013 qu’elle collabore avec Florence Miailhe et Mathilde Philippon-Aginski sur le film d’animation en sable animé Méandres. Cette technique rarement utilisée a demandé aux 3 réalisatrices près de deux ans de tournage. Méandres a reçu la mention du jury au Festival Cinanima d'Espinho au Portugal. Elodie Bouédec diversifie encore ses techniques et passe à la fiction en réalisant Les osselets en 2017.

Mathilde Philippon-Aginski

Mathilde Philippon-Aginski est née en 1976 à Paris. Après une licence de cinéma à Rome, elle entre à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris. Elle y découvre le cinéma d’animation direct qui correspond parfaitement à son besoin de travailler les matières. Son film de fin d’études Ascio, une animation sur sable racontant la déambulation d’un âne à l’intérieur d’une maison, sera un succès auprès des festivals.

Après trois ans de tournage et un an de post production, son premier film La femme du lac, coproduit par Arte, voit le jour, il est sélectionné au Festival international du court-métrage de Clermont-Ferrand 2011. Lui aussi est tourné en sable sur banc titre. Elle participe avec Florence Miailhe (César du meilleur court métrage d’animation) à des séquences d’animation-performances sur vidéoprojecteur pour le Centre d’Art Contemporain de Beaubourg (Paris).

Elle travaille de nouveau avec Florence Miailhe avec qui elle collabore ainsi qu’avec Mathilde Philippon-Aginski sur le film d’animation en sable animé Méandres. Cette technique rarement utilisée a demandé aux 3 réalisatrices près de deux ans de tournage. Méandres a reçu la mention du jury au Festival Cinanima d'Espinho au Portugal.

Critique

Méandres. Mais de quels méandres s’agit-il ? Ce court métrage offre de nombreux chemins de traverse et ce n’est pas là la moindre de ses qualités. Première question et première énigme : qui est à l’œuvre derrière tel dessin ou telle idée, parmi les trois réalisatrices de ce film – Élodie Bouédec, Florence Miailhe, Mathilde Philippon-Aginski ? Difficile à dire… Méandres, rappelons-le, est une coproduction datant de 2013, composée et composite (les Films de l’Arlequin, Vivement Lundi !, La Fabrique Production), avec comme figure de proue Florence Miailhe, réalisatrice chevronnée, réputée pour ses animations de sable et de peintures sur verre, distinguée en 2002 par un César pour Au premier dimanche d’août; à ses côtés, Élodie Bouédec, autrice de deux courts métrages, un film d’animation (Malban, 2008) et un autre en prises de vues réelles : Les osselets (2017) ; et enfin Mathilde Philippon-Aginski, quant à elle réalisatrice de deux fictions d’animation : Ascio (2003) et La femme du lac (2010). 

Autre bobine à démêler, celle du synopsis, inspiré d’un récit des Métamorphoses d’Ovide. Ce court métrage en sable animé retrace en effet en partie l’histoire d’Acis et de Galatée, mais également celle où Acis, humain devenu fleuve, assiste aux affrontements de bien d’autres divinités ou mortels. 

Chaque personnage du film s’exprime d’une voix double, féminine et masculine, ainsi en est-il d’Acis (tour à tour incarné par les voix de Denis Lavant et Nathalie Richard) : “De méandres en méandres, j’ai vu des hommes s’aimer et s’affronter”, explique-t-il à la fin. Ces méandres, ce sont les virages, qu’Acis épouse ; ce sont aussi les digressions, les récits en abîme ou en tiroirs mythologiques (ceux de Io, de Jupiter, de Junon, de Salmacis, d’Inachus…). Peu importe ici de connaître Ovide sur le bout des doigts : en quelques plans, tout se trouve illustré et expliqué. De l’attirance du Cyclope à celle de Jupiter pour Io… Le fleuve éveille désir et convoitise et tout est histoire de tromperie, de jalousie, de bonheur contrarié par des punitions divines.  

L’animation de sable de Méandres évoque d’emblée le travail de Florence Miailhe, notamment sur Les oiseaux blancs, les oiseaux noirs (2002), court métrage qui est également une adaptation littéraire et un jeu d’enchevêtrements et de métamorphoses sur les contrastes, mais aussi Matières à rêver (2009), un autre grand et court film de l’artiste où l’érotisme et le désir se conçoivent comme moteur et carburant, comme sujet et objet de la page blanche, de la création en action.  

Méandres emprunte à ces œuvres une part de leur figure et de leur rythme. Le sable s’écoule et, ce faisant, avec lui le temps. Une forme chasse l’autre pour donner vie non pas à un récit mais à une multiplicité d’images fragmentées, miroirs d’une sensualité et du désir multiforme, des hommes et des femmes, des créatures et des dieux. Même si l’érotisme est de tous les plans, quelque chose agit ici comme un au-delà au pur film érotique. Quelque chose ? Un grain de sable, comme cette main qui vient et balaie notre regard, comme ce brouillard qu’utilise Jupiter. C’est que Méandres, film en noir et blanc (avec quelques touches de rouge sang), s’il joue la carte du picturalisme (Galatée, c’est la Vénus de Botticelli), ressemble plus à un papier trempé dans l’eau (dans le fleuve d’Acis). Il est d’une matière floue, flottante, sensuelle ; d’une matière fragile, heureuse et glauque, tantôt caverneuse (telle la voix de Denis Lavant), tantôt lumineuse (telle celle de Nathalie Richard).  

Méandres réécrit-il Ovide ou le mythe de la Caverne de Platon ? Difficile à dire. Toujours est-il que cette œuvre à six mains est un film sur le désir. Un désir fait de feu et d’eau, qui se réalise dans le sable cendré de la matière filmée. 

Donald James 

Article paru dans Bref n°111, 2014.

Réalisation et scénario : Florence Miailhe, Mathilde Philippon et Élodie Bouédec. Image : Nadine Buss et Sara Sponga. Montage : Cécile Pradère et Fabrice Gérardi. Musique originale : Olivier Mellano Mellano. Interprétation : Denis Lavant et Nathalie Richard. Production :  Les Films de l’Arlequin, Vivement Lundi ! et La Fabrique Production.

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