Extrait
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Man on the Chair

Dahee Jeong

2014 - 7 minutes

Corée du Sud, France - Animation

Production : Sacrebleu Productions

synopsis

L’homme seul dans la pièce assis sur la chaise face à un miroir doute de sa propre existence. N’est-il pas l’œuvre de quelqu’un d’autre ?

Dahee Jeong

Dahee Jeong est née et vit actuellement à Séoul. Elle a étudié à Paris, à l’Ensad, dont elle est sortie diplômée d’une maîtrise en animation.

Dahee Jeong a réalisé plusieurs courts métrages d’animation remarqués, dont Man on the Chair (2014), présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes et pour lequel elle a remporté le Cristal du court métrage au Festival international du film d’animation d’Annecy en 2014. Ont suivi successivement The Empty (2016) et Movements (2019), présenté lui aussi à la Quinzaine des réalisateurs.

Critique

 Avec Le temps de l'arbre, son film de fin d'études, Dahee Jeong s'interrogeait sur la notion de temps, mettant en regard le tempo de l'arbre et celui de l'homme, si différents. Un homme âgé déplie une feuille de papier sur l'herbe, sous un arbre, sur laquelle se reflète l'ombre des branchages. S'y animent alors branches, oiseaux, arbres et humains zoomorphes, une planète Terre aux pôles contraires. La métaphysique et l'écologie se rencontrent dans le jeu entre l'animation traditionnelle et les images réelles. Bien qu'entièrement dessiné, Man on the Chair reprend certains motifs du Temps de l'arbre : les mains qui entrent dans le cadre pour dessiner, la feuille de papier, la planète, l'eau, l'arbre et plus largement le bois qui sert aussi à faire le papier sur lequel peindre. Ces éléments sont au cœur de la réflexion d'un homme, assis sur une chaise dans un petit appartement. Son contact avec la nature se réduit à ses meubles en bois, à l'eau dans son verre et à celle de son corps.“Cette pièce existe-t-elle vraiment ?”, s'interroge-t-il.“Et moi, suis- je bien réel ?” Questionnements presque banals au détail près qu'ils le hantent, jusqu'à nier sa propre existence, jusqu'à retourner au néant.

Bien qu'éloigné graphiquement, Man on the Chair rappelle un autre personnage aux préoccupations pathologiques, celui du Skhizein de Jérémy Clapin (voir Bref no 84). Le sentiment de ne pas être à sa place, celui d'enfermement, conduisent les deux personnages à des extrêmes. Si l'univers nocturne de Skhizein est teinté de vert-de-gris, celui de Man on the Chair à la couleur rose peau. Si la comète qui touchait le personnage de Skhizein ne laissait pas de trace, comme si grand et petit se rejoignaient, le personnage de Man on the Chair est à la fois immense et minuscule, à la fois dans toute chose et dans rien. Le travail de transparence, de surcadrage et de reflet, retranscrit la fragilité de cet être nu et rose comme un bébé, gros comme un sumo, l'aspect incertain de l'univers.

Le film se clôt comme un éternel recommencement, la narratrice-réalisatrice prenant une feuille de papier issue du recyclage du pied cassé de la chaise pour y dessiner cet homme dont le tableau est suspendu dans la pièce. Le temps de l'arbre se rapproche alors de celui de l'homme.

Cécile Giraud

Article paru dans Bref n°112, 2014.

Réalisation et scénario : Dahee Jeong. Animation : Ron Dyens. Son : Lee Jusuk. Musique originale : Ma Sangwoo. Interprétation : Younghwa Seo. Production : Sacrebleu Productions. 

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