Extrait
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Malmousque

Dorothée Sebbagh

2021 - 26 minutes

France - Fiction

Production : Alta Rocca Films

synopsis

À Malmousque, ancien quartier de pêcheurs à Marseille, se côtoient nouveaux habitants et baigneurs déferlant de toute la ville. Virginie arpente les rues à la recherche de son chat, tandis qu’Élina est convaincue que son mari a mis un logiciel espion sur son téléphone portable. Les deux amies partent en kayak pour se parler sans risquer d’être entendues.

Dorothée Sebbagh

Après des études de cinéma à l’université puis en réalisation à la Fémis, Dorothée Sebbagh (née en 1971 à Lille) réalise plusieurs courts métrages remarqués en festivals, notamment Ni vue, ni connue (2002), interprété par Valérie Donzelli, et On est mort un million de fois (2004). 

Son premier long métrage, Chercher le garçon (2012), est tourné à Marseille et rencontre un succès à la fois critique et public. Son deuxième long métrage, L’ex de ma vie, est une comédie romantique, sortie à l'été 2015.

Dorothée Sebbagh a par ailleurs collaboré à différents titres avec des cinéastes comme Nine Antico, Jean-Claude Brisseau, Mati Diop, Valérie Donzelli, Emmanuel Mouret ou encore Thierry de Peretti.

En 2021, elle est revenue au court métrage avec Malmousque et développe actuellement deux nouveaux projets de longs métrages.

Critique

Il suffit de le dire, “Malmousque”, et déjà on est à Marseille, sous le soleil de Méditerranée, et on sent ce que le lieu a de particulier. Ancien quartier de pêcheurs, entre le Vallon des Auffres et Endoume, Malmousque est un village, une presqu’île. À part. Pittoresque. Sur la mer. Un quartier ouvert à qui veut, tranquille, pas surpeuplé. S’y côtoient des touristes, des jeunes venus d’autres coins de la ville et les habitants du quartier.  

En suivant Virginie, prête à fouiller la moindre arrière-cour pour retrouver son Prince (prononcer “Prince” à l’américaine, c’est son chat), on découvre des ruelles, des escaliers, et des habitués. Chaque détour semble mener à une rencontre, ou aux rochers. Et à la particularité topographique de Malmousque s’ajoute une énigme temporelle. Car tout ici invite à prendre le temps. Le temps de s’arrêter, de faire une pause, de rêvasser, de s’intéresser à l’histoire cachée de tout un chacun. Le temps de l’insouciance. Celui qui s’étire à tel point qu’Élina, après avoir déposé les enfants à l’école et avant d’aller travailler, trouve le temps d’une virée en kayak avec Virginie jusqu’à l’île en face.  

Le temps aussi de se confier. Car Élina a des doutes. De sérieux doutes. Elle est persuadée que son conjoint, Ange, a caché un logiciel espion dans son téléphone. Un logiciel qui permettrait de l’écouter. Interprétée par Sophie Cattani, toujours aussi vive et touchante, Élina est tour à tour convaincante et désarmante. Arrimée à son téléphone, dont elle tente à la fois de s’éloigner. Et Virginie, interprétée par Hélène Mohamed, plus cartésienne et moins dramatique, ne s’en laisse pas compter. Quand son amie expose ses joies et ses angoisses, du rire à la culpabilité, Virginie raisonne et tempère. Élina dit avoir des preuves ? Virginie n’y voit que des coïncidences. Élina voit des signes. Virginie pourrait entrevoir des opportunités.  

Sur le fil, prêtes à tanguer, on suit les deux amies au hasard de leurs états d’âmes, dans leurs pérégrinations. Comme dans Chercher le garçon (l’un de ses précédents films, un long métrage également tourné à Marseille, sorti en 2012), et à partir du portrait du quartier, Dorothée Sebbagh peint une galerie de personnages reliés. Du patron du club de kayak – bonhomme à première vue sympathique, mais aux idées franchement arrêtées – aux médiateurs sociaux nonchalants mais bienveillants, en passant par le “Colibri”, l’humanité l’emporte dans ce qu’elle a d’inattendu et de complexe. Malmousque se dessine comme une fresque scintillante, aux couleurs acidulées. Une bulle atemporelle où laisser sa place aux rencontres, et s’abandonner, comme le lieu l’invite, à la légèreté. 

Marie-Anne Campos 

­Réalisation et scénario : Dorothée Sebbagh. Image : Sébastien Buchmann. Montage : Laurent Rouan. Son : Alexandre Frigoult, Maxime Gavaudan et Emmanuel Croset. Musique originale : Orso Jesenska. Interprétation : Sophie Cattani, Hélène Mohamed, Thierry de Peretti, Gérard Dubouche et Maxence Tual. Production : Alta Rocca Films.

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