Extrait
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Mal caduc

Jules Follet

2019 - 30 minutes

France - Fiction

Production : Rue de la Sardine

synopsis

1814 - La rencontre de Mathurin Thouars, lieutenant de l’armée napoléonienne, et d’un jeune conscrit, soupçonné de simuler l’épilepsie pour se dérober à son devoir militaire. Les deux hommes sont bretons mais l’un, déjà marqué par les batailles, repart pour le front tandis que l’autre, qui n’a jamais connu la guerre, pourrait y échapper pour toujours.

Jules Follet

Jules Follet est né dans le Loiret, où il passe la majorité de son enfance. Il étudie deux années en classe préparatoire littéraire à Paris, avant d'entrer à l'IAD en 2013, école de cinéma belge, mais la quitte au bout d'une année seulement. Il démarre alors sa collaboration avec la société de production Rue de la Sardine. En 2015, il réalise un court métrage documentaire Tu pouss t mort. Les années suivantes, il signe deux fictions courtes, Les alchimistes (2016) et Waterfountain, sélectionné au Festival de Clermont-Ferrand en 2018. Il réalise par ailleurs des clips pour Camille Bertault et Mama Stone and the Swang Gang.

En 2019, Jules Follet signe deux nouveaux courts métrages, toujours avec la société de production Rue de la Sardine : Mal caduc, sélectionné au Festival Tous Courts d'Aix-en-Provence, et Comment faire pour, une comédie loufoque récompensée du Prix de la jeunesse au Festival Côté court de Pantin en 2019. 

En 2020, il réalise avec les mêmes interprètes principaux, Hugues Perrot et Camille Rutherford, la suite de Comment faire pour : Comment faire pour deux.

Critique

Abrupt et parcellaire, le prologue de Mal caduc plonge le spectateur dans une action qui a débuté sans lui, entre blessés de guerre, religieuses affairées et bribes de dialogues qui dévoilent l’enjeu du film à venir. Deux minutes étourdissantes, ponctuées d’intertitres semblent multiplier le trouble alentour. Et, par métonymie formelle, tandis qu’ils s’affichent sur fond noir puis blanc, dans un léger tremblement, un dysfonctionnement neurologique. Celui d’un conscrit breton qui souffre apparemment d’épilepsie, dont un médecin, incarné par Jean-Benoît Ugeux, devra déterminer si elle est simulée ou non.

La mise en scène ordonnée de Jules Follet tranchera vite, néanmoins, avec cette ouverture, enchaînant avec un long plan-séquence et déplaçant la tension liminaire dans un huis-clos à trois personnages, dont la qualité d’écriture ne cessera de redistribuer les cartes, de dévoiler peu à peu faiblesses et hésitations.

Personnage pivot, le lieutenant Thouars (Julien Bouanich) voit ainsi sa honte, sa frustration d’avoir perdu connaissance en pleine bataille se transformer progressivement en hargne à l’encontre de celui qui, peut-être simule pour être renvoyé chez lui. La différence de milieu social, d’éducation, passe par la maîtrise du langage, vient redoubler les hiérarchies militaires et ravale le jeune soldat (Louis Duneton) à une animalité que sa vulnérabilité, sa nudité et son handicap supposé renforcent encore. Mise en scène et dialogues le réifient, le maintiennent à l’arrière-plan (il est figé sur une chaise tandis que les deux autres se déplacent autour de lui) et en font l’objet de toutes les suspicions. Ment-il ? Les flash-back où il est saisi par l’épilepsie semblent lever le doute et mettent en jeu, dans un double mouvement, la capacité de l’acteur à s’avérer aussi crédible que doit l’être son personnage face aux regards inquisiteurs du médecin et du gradé.

Face à la violence à laquelle le jeune homme souhaite échapper, la compréhension qu’éprouve immédiatement le spectateur trouve un écho dans celle qui gagne alternativement Thouars et le médecin. Ce dernier, méfiant, va s’adoucir (par lassitude surtout) tandis que l’officier, d’abord indifférent et impatient de partir, se braque, poursuivant l’idée fixe de confondre celui qu’il tient pour un menteur. Rien n’est figé et la partition sur laquelle les trois acteurs évoluent en équilibristes n’en est que plus admirable.

On a découvert Mal caduc entre deux moyens métrages (Comment faire pour et sa suite) essentiellement improvisés au fil de leur tournage. Si le sérieux ici à l’œuvre rappelle la rigueur formelle de Waterfountain (comédie dépressive qui révéla le cinéaste en 2017), l’assurance du trait fait de Mal caduc un film réellement atypique : à la fois d’époque et moderne (chose rare), et qui se tient droit sans qu’il soit besoin de recourir à une quelconque béquille auteuriste pour l’apprécier. De quoi intriguer un peu plus encore quant aux chemins que prendra Jules Follet par la suite.

Stéphane Kahn

Article paru dans Bref n°126, 2021.

Réalisation et scénario : Jules Follet. Image : Erwan Dean. Montage : Alexis Noël. Son : Elton Rabineau, Grégoire Chauvot et Romain Poirier. Interprétation : Julien Bouanich, Louis Duneton, Jean-Benoît Ugeux et Julie Sokolowski. Production : Rue de la Sardine. 

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