Extrait
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Lucía en el limbo

Valentina Maurel

2019 - 20 minutes

Fiction

Production : Geko Films, Wrong Men

synopsis

Lucía, 16 ans, veut plus que tout se débarrasser de deux choses : ses poux et sa virginité.

Valentina Maurel

Née le 16 avril 1988 à San José, capitale du Costa Rica, Valentina Maurel a fait des études de cinéma à l'INSAS, en Belgique. En 2017, son court métrage de fin d'études, Paul est là, recevait le premier prix de la Cinéfondation, au Festival de Cannes, avant d'être sélectionné dans une vingtaine de festivals internationaux. En 2019, son court métrage Lucia en el Limbo était sélectionné à la 58e Semaine de la critique, puis à Premiers plans, à Angers, au début de l'année suivante.

Valentina Maurel écrit actuellement son premier long métrage.

Critique

 

C’est l’histoire d’une obsession. Celle d’une adolescente qui veut surmonter toutes les injonctions qu’elle subit à longueur de journées. Celles de sa mère, de sa meilleure copine, de toutes les femmes qu’elle croise. Infantilisée, rabaissée, singularisée, Lucía n’en peut plus d’être le vilain petit canard, vierge et pouilleux, que son frangin envoie balader, ou qu’un frustré ordinaire colle, frotte et provoque dans le bus. Alors elle va changer la donne et prendre le taureau par les cornes. Inverser la tendance pour faire la nique au monde. Un itinéraire de résistance et de combat que Valentina Maurel nourrit d’une mise en scène organique. Ce court de vingt minutes fait en effet corps avec son héroïne, que le cadre ne lâche pas d’une semelle. 

Caméra à l’épaule, image tremblée ou plans posés, l’objectif saisit tous les faits et gestes de cet être en pleine mue. Des limbes allégoriques, que Lucía traverse avec une désinvolture inhibée, pour mieux trouver le moyen de percer sa chrysalide. Les sens en éveil, que le dispositif formel déploie, via le toucher et la vue. Tout le monde manipule la donzelle, pour la coiffer, lui chercher ses poux, la raser, la repousser, ou satisfaire son excitation. Et toutes et tous la regardent, pour mieux toiser sa toison infestée, la mettre au défi ou lui signaler son désir. Progressivement, la cinéaste la place avec malice d’objet en sujet, quand sa protagoniste décide d’attraper les hommes, au sens physique et premier, pour déjouer sa virginité. Lucía agrippe le petit nouveau de l’école en pleine fête, avant de poursuivre son ex-harceleur, qu’elle va confronter dans les toilettes d’un bar. 

Alliant un sens aigu de la captation du réalisme et du cheminement initiatique, le film fait la part belle aux jeux de regards et aux miroirs, qui prolongent les parties de jeu du chat et de la souris. En lieux clos comme à ciel ouvert, l’aventure suit sa lente logique implacable, malgré l’apparente passivité de son héroïne. Valentina Maurel revendique un monde où le féminin s’affirme et fait jeu égal avec le masculin, via une écriture qui revisite le récit d’apprentissage, et qu’elle enrichit de symboliques. L’eau, régénératrice, abreuve les décors, de salle de bain en sueur au front. Quelle qu’en soit sa longueur, la chevelure couleur de jais impose la féminité. De tous les instants, Ana Camila Arenas offre ses yeux interrogateurs puis déterminés, conférant à Lucía un aplomb naissant emballant. Et ce nouvel opus de la jeune cinéaste apporte une nouvelle belle pierre à la génération en marche d’auteures costariciennes. 

Olivier Pélisson 

Réalisation et scénario : Valentina Maurel. Image : Julien Ramirez Hernan. Montage : Bertrand Conard. Son : Grégoire Chauvot, Nano Fernandez et Mikhaël Kurc. Interprétation : Ana Camila Arenas, Reynaldo Amien, Rosibel de la Trinidad, Mayté Ortega Floris, Javier Gómez et José Alberto Romero. Production : Geko Films.

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