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Lila

Broadcast Club

2009 - 12 minutes

Documentaire

Production : Autour de Minuit

synopsis

Ce doit être, se dit-elle, pensive, la forêt où les choses n’ont pas de nom.

Broadcast Club

Broadcast Club désigne un mystérieux collectif derrière lequel se cache une personnalité particulièrement talentueuse du jeune cinéma français, mais ne souhaitant pas dévoiler son identité…

Le film Lila, le seul signé sous ce pseudonyme, a connu une ample circulation dans les festivals à la fin des années 2000, sélectionné notamment à Uppsala, Vila do Conde, Palm Springs, Brooklyn ou encore le Mécal à Barcelone… Outre le Prix spécial du jury Labo à Clermont-Ferrand, il y avait aussi été distingué du Prix de la presse Télérama et, après un Prix de la meilleure photographie au Festival Silhouette, à Paris, figura dans la présélection au César du meilleur court métrage 2010.

Critique

On revoit Lila, douze ans après l’avoir découvert à Clermont-Ferrand (et à l’aube d’une édition cloisonnée en ligne), avec un petit pincement au cœur. En 2009, le film repartait du festival avec le Prix spécial du jury de la compétition Labo et nous l’avions apprécié dans la salle Boris-Vian de la Maison de la Culture, avec ses images solaires propulsées par l’entêtant post-rock du groupe Limousine. Un film de festival, un film de salle de cinéma – à voir en grand et à écouter à fond, assurément – célébrant ces communions collectives que l’on nous interdit ces temps-ci, une insouciance que divers événements nous auront, ces dernières années, confisquée. 

Pourtant, le voile mélancolique était là, déjà, dans le projet et dans sa forme même. Tant dans la nature déjà passée d’images saisies un jour d’août 2008 et assemblées quand tout est achevé, que dans un contrepoint musical lancinant et torturé où la stridence des guitares tranchait avec la quiétude de scènes estivales, d’où ressortait de façon très significative le sentiment de pause, d’entre-deux, de “vacance” bel et bien. 

De tous ceux – couples, familles nombreuses, bande de potes, ados, enfants – qui furent filmés ce jour-là au camping des Lilas du Pyla-sur-Mer, en Gironde, nous ne saurons rien, le film oscillant entre documentaire et clip, entre approche photographique fragmentaire (les portraits, nombreux) et stases temporelles détaillant décor et contexte (les travellings en voiture, les inserts sur les activités et animations diverses). 

La beauté du film venait de là, de sa douce et paradoxale brusquerie tenant de l’empressement, de cette manière de sauter du coq-à-l’âne, d’une tête à l’autre, sans jamais buter sur le pittoresque, sans s’arrêter sur ce qui serait cocasse ou émouvant, comme pour tout simplement nous étourdir de la diversité sociologique ici rassemblée. Histoire de démonter aussi, peut-être, la rigolade (trop) facile d’un grand succès populaire de 2006 (et de sa suite de 2010), dont l’action se déroulait, pas si loin, au Camping des Flots Bleus, à Arcachon… 

À l’époque, surtout, il fallait encore un tiers (le cinéaste) pour filmer tous ces visages, pour recueillir ces sourires, pour enregistrer ces petites mises en scène, ces vagues exploits physiques qui font l’ordinaire de vacances à la plage. Lila vient d’un temps, pas si lointain pourtant, où le téléphone portable n’était pas encore, tel une extension corporelle, l’outil indispensable permettant de dessiner sa place dans un réel largement simulé au filtre des réseaux sociaux. Si un plan montre bien, tout de même, deux adolescentes se prendre elles-mêmes en photo, le selfie qui n’avait pas encore ce nom s’y fabrique, faut-il le préciser, par le truchement d’un archaïque appareil-photo numérique et non d’un smartphone. 

D’ailleurs, un tel film serait-il encore possible aujourd’hui  ? Désormais forcément maîtres de leur(s) image(s), tous ces campeurs se livreraient-ils ainsi à la caméra du filmeur  ? Il y a douze ans en tout cas, ils y gagnèrent à nos yeux le statut de co-auteurs anonymes et complices d’un film pluriel dont le responsable (à moins qu’ils ne fussent plusieurs) se dissimula opportunément dans le mystère d’un alias collectif – Broadcast Club – éminemment inclusif. 

Stéphane Kahn 

Réalisation, scénario, image, montage et son : Broadcast Club. Production : Autour de Minuit.

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