Extrait
Partager sur facebook Partager sur twitter

Les signes

Eugène Green

2006 - 33 minutes

France - Fiction

Production : No Film

synopsis

Depuis dix ans, la femme et les deux fils d’un pêcheur attendent son retour. Comme signe, la mère allume chaque nuit une bougie devant la fenêtre. Un jour apparaît dans le port un homme mystérieux et la famille du disparu reçoit un colis avec trois photographies.

Eugène Green

Né le 28 juin 1947 à New York, Eugène Green est un cinéaste, écrivain et metteur en scène d’origine américaine, installé en France depuis 1969. Alors qu’il vient d’obtenir la nationalité française, il est figurant dans Le diable probablement, de Robert Bresson, et fonde en 1977 le Théâtre de la Sapience, compagnie dramatique affichant une ambition qu’il ne cessera de poursuivre par la suite, à savoir réhabiliter la modernité intrinsèque du théâtre baroque.

Il s’implique aussi dans une collection de disques consacrée à la littérature orale, Voce Umana, afin de donner une nouvelle jeunesse à une série de textes littéraires. Ce credo ressort dans son activité pour le cinéma, avec une première œuvre, Toutes les nuits, distribuée en 2001 (alors que le scénario date de 1994) et distinguée alors par le Prix Louis-Delluc du premier film. Ne parvenant à trouver les financements nécessaires pour Le Pont des arts, écrit en 1997, il développe rapidement et tourne sur la base d’une économie de court métrage Le monde vivant, présenté en 2003 à la Quinzaine des réalisateurs, à Cannes, et qui sort en salles accompagné d'un film d’une vingtaine de minutes : Le nom du feu.

Enfin mené à bien, Le Pont des arts, qui réunit notamment Denis Podalydès, Natacha Régnier et Olivier Gourmet, est présenté au sein de la section “Cinéastes du présent” du Festival de Locarno en 2004. Dès lors, Green alterne les formats, repassant avec succès au court avec Les signes (2006) et Correspondances (2007), avant d’aller tourner à Lisbonne La religieuse portugaise (2009), interprété par Leonor Baldaque, familière de l’univers de Manoel de Oliveira.

La Sapienza et Le fils de Joseph suivent au milieu des années 2010, précédant le documentaire Faire la parole en 2015. Green signe en 2017 En attendant les Barbares, primé au Festival de Gijón et s’appuyant sur un atelier d’art dramatique réutilisé en un film parlé, avant un nouveau court métrage, Comment Fernando Pessoa sauva le Portugal. Ce dernier est sélectionné dans de nombreux festivals internationaux (Clermont-Ferrand, Aix-en-Provence, Nice, Locarno, Vila do Conde, Rio de Janeiro, Mar del Plata…).

La sortie du nouveau long métrage d'Eugène Green Atarrabi et Mikelats est prévue pour septembre 2021. Eugène Green a en outre publié de nombreux livres, entre essais, romans et recueils de poésie.

Critique

Eugène Green réalise des films singuliers. Depuis Toutes les nuits, son premier long métrage récompensé en 2001 par le Prix Louis-Delluc, il propose des œuvres à la mise en scène frontale où les acteurs prononcent leur texte avec une voix désincarnée et une diction littéraire faisant entendre toutes les liaisons de la langue française. Le résultat est insolite et épatant. Les signes présenté à Cannes en sélection officielle, hors compétition, cette année, produit dans le cadre de la collection “Les films plastiques”, inspiré par un triptyque photographique de Maitetxu Etcheverria, n’étonnera donc pas les familiers du cinéma de Green qui y retrouveront son univers dépouillé, féerique et sonore. Ce court film a cependant de quoi étonner et dérouter. Car comment résumer ces quarante minutes sinon par le détour d’une chronique imaginaire : Daniel et Samuel habitent avec leur mère dans une maison en bord de mer.

Chaque soir, devant la fenêtre, leur mère allume une bougie afin que son mari, un marin pêcheur disparu depuis dix ans, retrouve le chemin de la maison. Un jour, un homme entre dans leur vie. Mais cette histoire simple est bien loin d’être celle à laquelle le spectateur assiste. Entre drame familial et comédie policière, Les signes semble être taillé dans une matière sibylline bordée de mystères et de questions qui, in fine, resteront sans réponse. Le père a-t-il disparu en mer ? Pourquoi le petit Samuel (Marin Charvet) recolle les morceaux d’un vase ? Quels sont le rôle et l’identité de l’homme interprété par Mathieu Amalric ? Qui envoie les photographies à la famille... ?

Dans son livre Présences, essai sur la nature du cinéma , dans un chapitre intitulé “Le signe”, Eugène Green affirme que “le signe étendu à l’ensemble de l’art cinématographique en fait l’art métaphysique par excellence (...). Il amène le spectateur à une appréhension de l’esprit à par- tir d’une captation de la matière.” Dans ce cinquième film, Green pro- pose de prolonger une réflexion qui le hante, la captation d’une présence, quête permanente de son cinéma. Ainsi la bougie que la mère allume chaque soir n’est pas seulement un phare dans la nuit, un signe pour le mari, mais une source d’épiphanie cinématographique.

Donald James

Article paru dans Bref n°75, 2006.

Réalisation et scénario : Eugène Green. Image : Raphaël O'Byrne. Montage : Jean-François Élie. Son : Frédéric de Ravignan, Stéphane Thiébaut et Olivier Laurent. Interprétation : Christelle Prot, Mathieu Amalric, Marin Charvet et Achille Trocellier. Production : No Film.

À retrouver dans

Autour des sorties

Thématiques