Extrait
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Les secrets de l’invisible

Antonin Peretjatko

2011 - 16 minutes

France - Fiction

Production : Ecce Films / Chaya Films

synopsis

Dans un Paris en plein marasme économique, Jojo et Eugène enchaînent les échecs amoureux. Et si tout cela était lié ? Nos deux agents infiltrés entreprennent donc une enquête sur la jeune fille. On y découvre que la jeune fille n’est pas toujours jeune ni toujours fille.

Antonin Peretjatko

Né en 1974 à Grenoble, Antonin Peretjatko sort diplômé de la section cinéma de l’École nationale supérieure Louis-Lumière en 1999. Il réalise son premier court métrage documentaire, La montagne égrenée, en 1998, puis le court métrage de fiction L’heure de pointe en 2002. En 2004, il enchaîne deux autres films courts : Changement de trottoir, puis French Kiss, qui obtient le Prix révélation du Festival européen du film court de Brest. En 2007 s’en suit la réalisation de L’opération de la dernière chance.

En 2009, son court métrage documentaire Derrière les barreaux, réalisé sur le tournage d’Un prophète de Jacques Audiard, lui vaut le Prix du Syndicat français de la critique de cinéma. Entre 2010 et 2017, Antonin Peretjatko réalise quatre courts métrages : Paris-Monopole (2010), Les secrets de l’invisible (2011), Vous voulez une histoire ? (2015, Prix de la presse Télérama au Festival de Clermont-Ferrand) et Panique au Sénat (2017). Entre temps, il sera déjà passé au long métrage avec, en 2013, La fille du 14 juillet qui met en scène les acteurs Vincent Macaigne et Vimala Pons. Ceux-ci se retrouvent en 2016 dans La loi de la jungle, lauréat de la Fondation Gan 2014.

En 2019, il réalise le court métrage documentaire Mandico et le TOpsychoPor dans lequel il filme et met en scène le réalisateur Bertrand Mandico.  Son troisième long métrage, La pièce rapportée, vient de sortir en salles fin 2021.

Antonin Peretjatko a également mené à bien récemment un moyen métrage sur les Gilets jaunes, Les rendez-vous du samedi, dont la sortie est prévue au printemps 2022 chez Shellac. 

 

 

Critique

Les secrets de l’invisible est le sixième court métrage d’Antonin Peretjatko après notamment Paris Monopole (Bref n° 93), L’opération de la dernière chance et surtout French Kiss (Bref n° 64). Des films souvent chroniqués dans ces colonnes, un réalisateur retenu dans le dossier “Ils feront le cinéma français de demain” des Cahiers du cinéma de novembre 2010, une liberté de style, en apparence décontractée, que l’on rapproche souvent de la Nouvelle Vague, autant d’indices qui mènent vers un réalisateur à suivre. Pour ce nouveau court métrage, à la manière d’un Jean-Luc Godard dans Masculin-Féminin, Peretjatko s’inspire de la “Théorie de la jeune fille”, série d’articles publiée de la revue de philosophie libertaire Tiqqun.

Selon Tiqqun, la “jeune fille” est un concept régressif et liberticide, symbole de la société marchande. Elle représente l’échec du féminisme. Avec Les secrets de l’invisible, Peretjatko nous convie à une épopée à la fois philosophique et fantaisiste. Une jeune fille nommée Joli-cœur lance un défi impossible à Eugène (interprété par Benjamin Blanchy) et Jojo (Luc Catania). Le vainqueur remportera un baiser. Les deux prétendants se lancent à corps perdu dans la bataille et échouent. Eugène jure d’enquêter sur le phénomène de la “jeune fille” pour ne plus se laisser prendre ; quant à Jojo, il décide de vivre au présent. Le temps passe, les deux amis se retrouvent et font le bilan de leur aventure ; tous deux rêvent de devenir invisibles pour mieux surprendre les filles.

Réalisateur chevronné dans le maniement d’un comique léger, politiquement incorrect, loufoque et d’un sérieux désarmant, Peretjatko passe ici son temps à en découdre avec le cinéma comme si la jeune fille, miroir aux alouettes, citadelle à prendre et à renverser, c’était lui. Dès le début du film, le cinéaste promet de faire ce qui est aujourd’hui interdit : mettre à nu (les femmes, la vérité), faire fumer (des gens, la pellicule). Le cinéaste assume pleinement et joyeusement la “potacherie” de ses personnages. Il tague l’écran des déclarations de Tiqqun, se moque des jeunes femmes qu’il met en scène. Décomplexé voire azimuté dans son écriture filmique, il dynamite la bonne forme du cinéma. L’ombre de la vieille France de Sarkozy plane au-dessus de ce film anar et irrévérencieux drapé dans un Paris monumental, ode à l’éphémère et aux invisibles.

Donald James

Article paru dans Bref n°99, 2011. 

­Réalisation, scénario et montage : Antonin Peretjatko. Image : Simon Roca. Son : Julien Brossier, Xavier Thibault et Martial de Roffignac. Interprétation : Benjamin Blanchy, Luc Catania, Marie-Lorna Vaconsin, Thomas Schmitt, Carole Le Page, Pierre Merejkowsky, Sara Rastegar et Daniel Isoppo. Production : Ecce Films et Chaya Films.

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Entretien exclusif avec Antonin Peretjatko.