Extrait
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Les Misérables

Ladj Ly

2017 - 16 minutes

Fiction

Production : Les Films du Worso

synopsis

Sig-sauer à la ceinture et Tonfa à la main, Pento vient d’intégrer la brigade anti-criminalité de la Seine-Saint-Denis. Au contact de ses deux coéquipiers, il développe des méthodes particulières...

Ladj Ly

Ladj Ly, né en 1980, a grandi et vit encore à Clichy-Montfermeil. Dès le départ, il fait partie du collectif Kourtrajmé au côté de Romain Gavras, Vincent Cassel et Kim Chapiron. Après une courte formation technique, il débute au cinéma en filmant sans cesse le quotidien de la banlieue, et en particulier du quartier des Bosquets. En 2005, son court métrage 365 jours à Clichy-Montfermeil, documente la période des émeutes, après la mort de Zyed Benna et de Bouna Traoré. S’en suit en 2006 une première collaboration avec l’artiste JR, lui aussi originaire de Clichy-Montfermeil, pour le projet “28 millimètres, portrait d’une génération”, où ensemble, ils photographient des jeunes du quartier de la Forestière à Clichy-sous-Bois et les exposent sur les murs de l’Est parisien. Ils se réunissent dix ans plus tard pour la réalisation de la web série Chroniques de Clichy-Montfermeil qui revient sur la conception de l’immense fresque composée des photos de centaines d’habitants de leur ville d’origine, inaugurée par François Hollande à l’époque. En 2014, Ladj Ly réalise avec Saïd Belktibia (tous deux d’origine malienne) 365 jours au Mali, documentaire qui revient sur le conflit Nord du pays. En 2018, À voix haute, long métrage documentaire réalisé avec Stéphane de Freitas, organisateur du concours qui élit chaque année le meilleur orateur de Seine-Saint-Denis, “Eloquentia”, est nommé aux César, comme le sera en 2018 son premier court de fiction Les Misérables. Cette même année, il crée une nouvelle école de cinéma gratuite au sein des Ateliers Médicis, “l'école Kourtrajmé”.  En 2019, Ladj Ly décide d'adapter Les Misérables en long métrage, prolongeant ainsi l'univers du court métrage et ses problématiques en lien direct avec l'actualité. Prix du jury lors du dernier Festival de Cannes, le film sortira dans les salles le 20 novembre.

Critique

Quand s’ouvre Les Misérables, le visage en gros plan du flic “Pento” balaie du regard, de gauche à droite, de la banquette arrière de la voiture de police, l’espace de la cité Les Bosquets. Quand le film se clôt, quinze minutes plus tard, dans le même véhicule, il a le regard baissé. Entre les deux, ce policier muté de Poitiers à la BAC francilienne a vécu une journée intense. Une expérience limite. Le spectateur aussi. Ladj Ly recrée une tension palpable dès les premiers instants. Sa caméra capte le nerf, au plus près du visage de Damien Bonnard, dans un habitacle confiné, et ne lâchera plus son trio central. Laurent, fraîchement rebaptisé “Pento”, “Gwada”, et Chris. Des surnoms ou raccourcis qui donnent le ton. Le terrain d’intervention professionnel est une véritable scène où chacun joue un rôle, et doit le tenir à distance, sous peine de perdre la boule. Le dérapage comme centre névralgique du récit. Un acte, un geste, mis en abyme dans l’image. La bavure policière commise par le bleu est filmée par un drone, lui-même cadré par le réalisateur, et par une imbrication dans le montage de certaines vues de l’appareil volant. Ce jeu du regardant et du regardé nourrit la fiction, où tout est affaire de guet, de prise en flagrant délit, de témoin oculaire, et d’éventuelle garde à vue. Un tissage des points de vue, doublé de la hiérarchie officieuse du quartier limitrophe à Montfermeil et Clichy-sous-Bois, avec même son “Maire”, auquel les trois “poulets” demandent de l’aide quand la situation s’envenime. Ladj Ly a grandi sur place dans ce terreau urbain, de l’autre côté du périph, en Seine-Saint-Denis, une caméra à la main. Un pavé anciennement battu par Victor Hugo, l’illustre auteur du roman éponyme. La transposition de Ly happe l’attention et joue à fond les effets de mise en scène, pour mieux coller aux aguets des protagonistes. Zooms avant, panoramiques, souvent rapides, gros plans sur la peau, vues larges du ciel sur les barres d’immeuble. La fiction prenante se mêle au témoignage documentaire sur ce coin de France où ont péri tragiquement les jeunes Zyed et Bouna en 2005. Ancienne zone de non-droit, où son ami d’enfance JR a aussi tourné son documentaire Les Bosquets. Du cinéma comme acte d’engagement citoyen et artistique. Un geste salué par le Prix Canal+ à Clermont-Ferrand en 2017 et par une nomination au César du court métrage en 2018, doublée par celle du meilleur documentaire pour À voix haute, que Ladj Ly cosigna avec Stéphane de Freitas, pour une captation du travail sur l’éloquence, via un concours universitaire du meilleur orateur du “9-3”. C'était avant la présentation des Misérables, version long métrage, au Festival de Cannes. On connaît la suite…                                                                                                                                                                                 Olivier Pélisson

Réalisation : Ladj Ly. Scénario : Ladj Ly et Alexis Manenti. Image : Julien Véron. Montage : Flora Volpelière.  Son : Robin Bouet et Jérôme Gonthier. Musique originale : Quarantine. Interprétation : Damien Bonnard, Djebril Zonga, Alexis Manenti et Amara Ly. Production : Les Films du Worso.

Bonus

Rencontre avec Alexis Manenti, Damien Bonnard et Djebril Zonga