Extrait
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Les méduses de Gouville

Paul Nouhet

2019 - 22 minutes

France - Fiction

Production : Tristan Vaslot

synopsis

Le regard d’Antoine, un jeune garçon lunaire fasciné par les méduses, dérive doucement vers Jeanne, la petite amie de son frère, lorsqu’elle les rejoint à Gouville pour les vacances.

Paul Nouhet

Après avoir obtenu son bac, Paul Nouhet s’installe en Belgique pour étudier l’audiovisuel à la Haute École Libre de Bruxelles. Son attrait pour la technique se mue en passion pour le cinéma, en particulier pour le montage. Il y fabrique notamment un documentaire sur l’aéroport cargo de Liège : Contrôle (2015), co-réalisé et monté avec son acolyte Julien Dewachiret.

Paul Nouhet est diplômé de la Fémis (département montage). En 2018, il réalise Les méduses de Gouville, qu'il interprète également. Camille sans contact, son deuxième court métrage, est sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes 2020.

Critique

Surgie dans le calme d’une belle route rectiligne et bucolique au charme normand, une voiture déboule ; ambardées inquiétantes ou insouciantes, essuie-glaces inutilement affolés. Antoine, au volant, entre jubilation juvénile et inconscience hébétée, se gare précipitemment alors que retentit l’annonce SNCF de l’arrivée du train. Mais pas de train à l’horizon, et Jeanne est pourtant déjà là. Avant même les premiers échanges devant le distributeur automatique (pour récupérer des Tutti Candi “tout frais, un peu comme s’ils venaient de tomber de l’arbre”), le film se situe d’emblée sur un fil. Pas complètement à la marge, mais résolument pas dans la norme non plus.

Depuis la gare où Antoine est venu chercher Jeanne, la copine de son frère venue passer le week-end à la mer avec eux, et tout au long du film, tout est prêt à déraper, à glisser. D’abord vers le burlesque, en passant d’évidence par les corps, les détails et les contrastes. Le corps en fuite d’Antoine s’oppose à celui de Jeanne, décontractée. Les gestes étranges d’Antoine, dans sa pêche à la méduse à l’épuisette s’opposent à l’aisance de Jeanne partie nager. Les regards d’Antoine, non assumés ou gênés par des lunettes de plongée, croisent immanquablement ceux de Jeanne, qui les soutient. Et quand Pierre se retrouve dans le champ de ce duo qui s’oppose mais s’attire, son corps à lui subit, de manière inattendue.  

Inattendue... ou surnaturelle ? La frontière est mince si on est prêt à se laisser convaincre, à l’affut de tout ce qui reste inexpliqué. Prêt à se laisser envouter par la beauté et les mystères des méduses, à se laisser bercer par la musique et pourquoi pas se laisser séduire par le magnétisme et se faire hypnotiser ! 

Ici la comédie l’emporte, au rythme des dialogues, d’une ironie sans faille, et par la force d’un trio d’acteurs (dont le principal est également scénariste et réalisateur) aux jeux et styles très différents, mais qui s’accordent parfaitement. La minutie et la précision de tous les éléments cinématographiques (du son du porte-clé de voiture aux panneaux publicitaires, en passant par le montage aussi bien que les couleurs) décalent sensiblement le film de la banalité vers l’absurde et vers une étrange et réjouissante légèreté. 

Marie-Anne Campos 

Réalisation et scénario : Paul Nouhet. Image : Anna Sauvage. Montage : Dinah Ekchajzer. Son : Thibaut Sichet. Interprétation : Victor Boyer, Dorothée Lévesque et Paul Nouhet. Production : Tristan Vaslot.

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