Extrait
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Les mauvais garçons

J-1

Élie Girard

2020 - 40 minutes

France - Fiction

Production : Films Grand Huit

synopsis

Frites, bières et récits de "dates" Tinder... Délaissés par leur pote en passe d’être papa, deux trentenaires tentent de réinventer leur amitié.

Élie Girard

Après une formation à l’ENS Louis Lumière, Élie Girard fait de nombreux courts en tant que directeur de la photographie ainsi que des clips et films musicaux (notamment avec la “Blogothèque”).

Il collabore ensuite à l’écriture des films de Clémence Madeleine-Perdrillat, et suit l’atelier scénario de la Fémis. L’envie grandit en lui de faire ses propres films et il réalise, en 2021, son premier moyen métrage Les mauvais garçons (primé notamment à Clermont-Ferrand et à Pantin). Le film sort en salles en janvier 2022, accompagné du court Pauline asservie de Charline Bourgeois-Tacquet. La même année, il co-crée, co-écrit et coréalise la série Platonique pour OCS (diffusion prévue en 2022).

Élie Girard développe actuellement son premier long métrage, toujours avec Films Grand Huit.

Critique

­Ancien étudiant en cinéma, diplômé de l’École Louis-Lumière en 2008, Élie Girard a travaillé comme directeur de la photographie sur une quinzaine de courts métrages avant de mettre en scène ce moyen métrage, un buddy  movie mélancolique et drôle. 

Un trio d’amis se voit amputé de l’un de ses membres : Victor, dont la petite amie est enceinte et que la vie familiale va maintenant happer. Lors du prologue, Victor ouvre le champagne pour éventer la bonne nouvelle (sa femme est enceinte). Il ne reparaîtra pas à l’écran. L’histoire se déroule au rythme des saisons (février, avril, juin, septembre). Tout se passe à Nancy, mais la ville n’est jamais nommée. L’action pourrait être située ailleurs, la nuit, dans n’importe quelle agglomération française de taille moyenne. Le minimalisme visuel et la déclinaison du récit en chroniques impriment sur l’ensemble une tonalité à la fois modeste et grave, tendre et décalée. 

Les mauvais garçons du titre n’ont en réalité rien de mauvais. Ce sont de grands enfants qui zonent. Ils sont perdus au pays du conte et des rêveries. Le fast-food qui leur sert d’écrin est un kebab qui s’appelle Les mille et une nuits. Ils sont jeunes, mais plus tant que ça. Ils ont trente ans et des poussières (de rêves). Trente ans, un âge où les conflits de l’adolescence ont muté en un questionnement existentiel autour, notamment, de la famille à fonder et de l’amitié à entretenir. Bien que parfois l’une prolonge l’autre, la sphère de l’amitié et de la famille se trouvent souvent en concurrence, voire en conflit. Fragilisée par le départ de Victor, en danger même, l’amitié entre Cyprien et Guillaume est à reconstruire. L’échec semble patent et la camaraderie bien essoufflée. Lorsqu’ils se retrouvent, ils vont se mentir, se disputer, se raconter, se livrer, se dévoiler. Ils vont combler leur solitude à deux. 

Ce film de potes s’appuie sur une équation réduite à son strict minimum : un duo. Celui-ci s’envisage tant en termes d’oppositions que de ressemblances gémellaires. Au premier abord, tout oppose Cyprien et Guillaume. Le physique, l’apparence, le caractère. Le premier, “déprimax”, est un personnage stagnant qui n’arrive pas à tourner la page… Tandis que le second, à la gouaille volubile, se comporte comme un serial lover. Avec finesse, le scénario joue sur cette opposition, cette complémentarité, ce duel quasi politique qui agit souvent au cœur même de l’amitié. Avec seulement des hommes à l’écran, Les mauvais garçons ne passerait pas la première étape du test de Bechdel [qui vise à mesurer la surreprésentation masculine à l’écran, NDLR] et pourtant ce film affronte un tabou : il fait parler les hommes, il les pousse à livrer leur intimité, voire à se délivrer de leurs faiblesses. 

L’amitié devient le lieu où la confidence est possible. Rien de neuf, dira-t-on, en 2021, à l’heure où l’homosocialité et les bromances ont depuis longtemps fait leur coming out au cinéma et dans les séries télés. Il est intéressant néanmoins de noter que pour son premier film, un jeune réalisateur explore un tel sujet. Le cinéma est une maison qui abrite des familles et des potes. Élie Girard ne nous dit pas autre chose : dans cette maison, il ne nous dira que la vérité, et livrera toute l’intimité. Celle-ci passe par une dynamique des dialogues, remarquable ici par sa tonalité, la délicatesse des récits de Cyprien (la belle histoire de l’“enfantôme”) ou bien au contraire par le verbe stéréotypé de Guillaume. Comme dans les récits à tiroirs, dont Les mille et une nuits, les dialogues mettent en scène des récits rapportés, enchâssés comme des (mauvais) rêves, ou une image dans le tapis révélant une part cachée de nous-mêmes, tel Guillaume harcelant par SMS une ancienne copine du lycée, renouant ainsi avec l’imaginaire, celui du conte et de l’enfance, celui aussi de la cour d’école dans laquelle les garçons sont toujours mauvais et maladroits, mais ont toujours leur terrain de jeu réservé. Après quoi, heureusement a-t-on envie de dire, tels les rois mages, ils passèrent le pont et s’accordent pour accueillir parmi eux le nouvel enfant, qui plus est : une fille. Georges Brassens ne chantait pas autre chose, il suffit de passer le pont. 

Donald James 

Réalisation et scénario : Élie Girard. Image : Laurent Brunet. Montage : Cyrielle Thélot et Clémentine Lacroux. Son : Olivier Claude, Renaud Bajeux et Aymeric Dupas. Interprétation : Aurélien Gabrielli, Raphaël Quenard, Mohammed Sadi et Jonas Bloquet. Production : Films Grand Huit.

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