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Les larmes

Laurent Larivière

2010 - 26 minutes

France - Fiction

Production : Senso Films, Wallpaper, Doncvoilà/Petite Ceinture

synopsis

Olivia a quarante ans et pleure beaucoup, surtout en regardant “Les parapluies de Cherbourg” de Jacques Demy. Elle ne suppporte pas l’idée qu’on soit à jamais séparés de ceux qu’on a aimés. Elle se lance dans une étude géographique et autobiographique qui lui permet de découvrir la vraie raison de ses larmes.

Laurent Larivière

Laurent Larivière est né le 14 mai 1972 à Montpellier.

Il a réalisé six courts métrages, dont J'ai pris la foudre (2006), Grand prix au Festival du film court de Villeurbanne, et Les larmes (2010), en collaboration avec la romancière Olivia Rosenthal.

En 2015, Laurent Larivière réalise son premier long métrage, Je suis un soldat, avec Louise Bourgoin et Jean-Hugues Anglade. Le film est alors présenté au Festival de Cannes, dans la section “Un certain regard”.

En 2021, il signe son deuxième long métrage, À propos de Joan. Isabelle Huppert, Swann Arlaud, Lars Eidinger, Freya Mavor et Florence Loiret-Caille en tiennent les rôles principaux. Le film est présenté en sélection officielle au Festival de Berlin 2022 et sort en France à la rentrée suivante.

Critique

Olivia, devant Les parapluies de Cherbourg de Jacques Demy, est systématiquement bouleversée. Elle veut comprendre d’où procède la dimension irrésistible de ses larmes et se lance alors dans une enquête multiple sur le film de Jacques Demy, sur la place qu’il a pris dans sa propre vie et sur le sens des larmes. Les larmes de Laurent Larivière se donne donc d’emblée comme une recherche sur un film, conduite dans le vocabulaire et la grammaire du cinéma. Il y va d’un véritable essai cinématographique, dans lequel Les parapluies de Cherbourg est moins un sujet qu’une figure qui le traverse et à laquelle il veut répondre. Si Les larmes a une forme inhabituelle ou déroutante, c’est précisément parce qu’il parvient à ce paradoxe très précieux d’être tout entier dans la fiction sans être une fiction, tout entier dans le documentaire sans être un documentaire, tout entier dans l’enquête sans être une enquête. Ceci tient sans doute à ce que Les larmes est aussi une performance écrite pour être jouée sur scène, et conduite ici à un état de cinéma. Son fond appartient à sa forme, passe littéralement en elle, et par là, tombe sous le sens. Une larme, ce qui arrive souvent, peut tout exprimer de notre état intérieur, qu’il soit triste ou joyeux.

Laurent Larivière interroge notre rapport au cinéma et montre ce qu’il peut avoir de très complexe. Les parapluies de Cherbourg dit d’Olivia quelque chose qu’elle doit encore découvrir. Le cinéma peut nous engager au-delà de notre lucidité, et toucher en nous des lieux qui nous sont encore inconnus. Le geste par lequel nous nous projetons dans un film, ce que fait précisément Laurent Larivière en rejouant, avec Olivia Rosenthal, quelques séquences des Parapluies de Cherbourg, relève moins d’une empathie enfantine pour un personnage et son histoire, que d’un mouvement intérieur par lequel nous cherchons en quoi ce film peut nous comprendre et finalement jeter une lueur sur notre propre existence. C’est que, même rendus à la détente d’une séance de cinéma, nous devons encore nous trouver nous-mêmes. Il est beau de se l’entendre dire dans une langue de cinéma, sur un chemin improbable, au détour inexplicable.

Rodolphe Olcèse

Article paru dans Bref n°95, 2010. 

­Réalisation et scénario : Laurent Larivière. Image : Claudine Natkin. Montage : Albertine Lastera. Son : Gautier Isern, Benoît Gargonne et Nicolas D'Halluin. Musique originale : Alkis Argyriadis et Franck Chapelat. Interprétation : Olivia Rosenthal et Laurent Larivière. Production : Senso Films, Wallpaper et Doncvoilà/Petite Ceinture.

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