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Les deux couillons

Thibault Segouin

2020 - 19 minutes

France - Fiction

Production : Latika

synopsis

Deux frères, qui ne se sont pas parlés depuis plusieurs années, se rejoignent en Bretagne pour aller rendre visite à leur père, qu’ils n’ont pas vu depuis encore plus longtemps. Cette quête parsemée d’incidents les invitera à tenter de renouer les liens d’autrefois et à régler des comptes avec la vie.

Thibault Segouin

Né à Rennes en 1989, Thibault Segouin est passionné par le théâtre, notamment la scène américaine contemporaine, et effectue ainsi ses débuts en tant qu’auteur. C’est sa rencontre avec Alex Lutz qui le conduit à se confronter à l’écriture de scénario en 2013. Dès lors, il participe à de nombreux projets de scénarios pour la télévision et continue d’écrire et de mettre en scène pour le théâtre.

En 2018, il participe, avec Alex Lutz et Anaïs Deban, à l’écriture du film Guy, réalisé et interprété par le premier.

Après le succès du film en salles, Thibault Segouin commence à travailler sur son premier court métrage, Les deux couillons (2020), et son premier long métrage, Une comédie romantique, distribué en novembre 2022 et qui réunit Alex Lutz, Golshifteh Farahani et Slimane Dazi.  

Critique

Avant de passer à la reconquête amoureuse pour son premier long métrage – tout juste sur les écrans, Une comédie romantique avec Alex Lutz et Golshifteh Farahani –, Thibaut Segouin se faisait remarquer avec cet opus court axé sur une tentative de réconciliation fraternelle. Quasi vingt minutes, savamment articulées autour de la réunion forcée d’une paire de frangins. Pierre et Guillaume sont embarqués dans un jeu de piste, fomenté à distance par leur père Guy. De Paris à l’Île de Batz, en passant par Morlaix et Roscoff, le road movie force ces deux antagonismes viscéraux à cohabiter sur la route et dans un but commun : retrouver leur paternel. Le ton mêle l’humour à l’émotion, la confrontation à la mélancolie, comme dans le voyage existentiel qu’est Guy (déjà ce prénom !) du complice Alex Lutz, dont Segouin est coscénariste. Un sens de l’insécurité intérieure irrigue chaque ligne et chaque image, quelque part entre le blindage auto-protecteur et la peur d’assumer sa vulnérabilité.

Un goût de l’imbrication des teintes d’humeur nourrit aussi l’aventure. Car le tandem est inscrit dans une partie permanente de chien et chat. Des retrouvailles initiales à la séparation finale, le cinéaste heurte sans cesse l’harmonie possible par l’affrontement, l’attaque verbale ou le doigt d’honneur, au bout du compte complice. Segouin croit dans l’avancée narrative en tant que cheminement tortueux dans le rapport humain, mais fécond en termes de sens et de vibration. Car la construction en ping-pong est sous-tendue d’un suspense. Où est vraiment le troisième larron ? Que veut ce géniteur aux abonnés téléphoniques absents (“Bonjour, c’est Guy. Je dois être à la pêche ou en train de faire un AVC.” !), qui semble avoir du mal à cimenter sa famille ? Le re-colmatage va pouvoir naître d’une maison en dur, justement. Une bâtisse au bout du monde, ou presque.

Sébastien Chassagne et Olivier Chantreau prêtent avec générosité leurs traits aux protagonistes. L’un engoncé dans la réussite de façade et la course vaine à la performance, l’autre arcbouté sur sa frustration et sur son amertume de ne pas avoir un lien fraternel idéal. Le sens de l’écriture par l’enchaînement et le montage fait mouche. Abrupte ou douce, la couture filmique se savoure. Elle passe du générique de début et sa réplique irruptive d’un passager de TGV envers Pierre, à des ellipses subtiles, pour signifier la dalle et l’achat d’une barquette de frites, ou les heures d’attente d’un frère pendant que l’autre cuve au poste de police. Sans oublier le fameux sobriquet dont sont affublés les fistons à leur arrivée côtière, et qui leur permet d’être guidés, et célébrés dans le titre de ce court métrage en définitive fort touchant.

Olivier Pélisson

Réalisation et scénario : Thibault Segouin. Image : Marie Demaison. Montage : Lola Butstraen. Son : Gaël Eleon. Musique originale : François Villevieille. Interprétation : Olivier Chantreau, Sébastien Chassagne et Pascal Greggory. Production : Latika.

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