Extrait
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Le silence

Ali Asgari, Farnoosh Samadi

2016 - 15 minutes

Italie, France - Fiction

Production : Kino Produzioni / Filmo

synopsis

Fatma et sa mère sont kurdes, réfugiés en Italie. Lors d’une consultation médicale, Fatma doit traduire ce que le médecin dit à sa mère, mais la jeune fille garde le silence.

Ali Asgari

Ali Asgari est né en Iran et obtient son diplôme de cinéma en Italie. Il démarre sa carrière en tant qu’assistant-réalisateur puis étudie à la Berlinale Talent Campus en 2013. Son court métrage More Than Two Hours est présenté en compétition au Festival de Cannes en 2013, puis au Festival de Sundance l'année suivante.

Suivra The Baby, proposé en première mondiale au Festival de Venise en 2014. Ses courts métrages ont été projetés dans plus de 500 festivals et ont obtenu plus de 100 prix. Il silenzio, son premier film réalisé hors d'Iran avec son épouse Farnoosh Samadi, était présenté en compétition officielle du Festival de Cannes 2016.

En 2017, il réalise le film Diseappearance, développé à la Résidence de la Cinéfondation du Festival du film de Cannes.

En 2020, il réalise le court métrage Witness, au scénario duquel Farnoosh Samadi participe à l'écriture.

En 2021, Ali Asgari en solo réalise le long métrage Juste une nuit Until Tomorrow, sorti en France en novembre 2022 après avoir été présenté à la Berlinale en 2022.

Farnoosh Samadi

Farnoosh Samadi est née en Iran. Elle est diplômée des Beaux-arts de Rome. Elle fait ses premiers pas dans la réalisation lorsqu’elle intègre la Société du jeune cinéma iranien.

Elle travaille en tant que scénariste pour deux films réalisés par son mari Ali Asgari : More Than Two Hours, en compétition officielle au Festival de Cannes en 2013 et The Baby, présenté en première mondiale au Festival de Venise en 2014. Il Silenzio, coréalisé avec Ali Asgari, est son premier court métrage. Il était présenté en première mondiale en sélection officielle du Festival de Cannes 2016.

En 2020, Farnoosh Samadi a participé à l'écriture du scénario de Witness réalisé par Ali Asgari.

Critique

Et de deux. Après More Than Two Hours, sélectionné au Festival de Cannes en 2013, Ali Asgari aura retrouvé la Croisette en compétition en 2016 avec Le silenceIl silenzio, un film cosigné avec Farnoosh Samadi.

Situé quelque part en Italie, dialogué en plusieurs langues (kurde, italien et anglais), Le silence s’inscrit dans la continuité d’un certain world cinema à tendance mélodramatique. En quinze minutes, avec des cadres rapprochés sur leurs acteurs non professionnels, Asgari et Samadi construisent un “tire-larmes” sous tension. C’est dire combien ils maîtrisent la mécanique de ce genre cinématographique où les contraintes (externes / internes) écrasent les personnages. On peut se souvenir des deux hôpitaux de More Than Two Hours, de leur refus de soigner la jeune femme mourante (car elle n’est pas mariée). Dans Le silence, ce ne sont plus les lois iraniennes, mais les règles de bon sens que la vie nous impose qui constituent un frein et permettent de gonfler la bulle d’émotion. En Italie, auscultant une femme âgée d’origine kurde, un médecin s’aperçoit que celle-ci a un cancer du sein et qu’il faut l’hospitaliser d’urgence. Elle en avertit sa fille afin que celle-ci traduise son diagnostic. Mais cette dernière ne parvient pas à annoncer la mauvaise nouvelle à sa mère.

Le silence est un thriller psychologique dans lequel une enfant refuse l’inversion des rôles : ce n’est pas à elle de révéler à sa mère qu’elle est malade ni qu’elle va (peut-être) mourir. Si la vision de ce film ne permet aucune ambiguïté quant à son sujet (le silence donc) le choix des acteurs et le dispositif employés par Asgari et Samadi permet d’enrichir cette première approche. Le premier plan montre la mère et sa fille ensemble dans hall d’accueil de l’hôpital italien. Les réalisateurs filment des réfugiés dans un pays d’accueil. Quinze minutes plus tard : ceux-ci appartiennent à une communauté plus grande (le cancer ne connaît pas de frontière). Ainsi au fil du film, la polyglossie des langues et l’hétérogénéité des corps se diluent dans un espéranto cinématographique : le langage du cœur.

On pourrait demander à des lycéens de relever ici le champ iconographique de l’opposition « caché-révélé » tant Asgari et Samadi ont choisi de mettre en scène un combat à l’issue duquel il s’agit moins de décoder que de soigner et d’exprimer des symptômes intérieurs (la cancer, l’émotion). Tout au long de ce film, les réalisateurs se situent du côté de leurs personnages. Ils sont avec ce film comme eux en exil et, comme eux, articulent un langage universel, celui des bons sentiments. Il n’est pas interdit de pleurer. Néanmoins, ce lyrisme semble comme propulsé par un inconscient collectif débonnaire. Si bien qu’on jugera, au choix ou de concert, qu’ici, dans ce monde de plus en plus amnésique, il est toujours bon de revenir à l’essentiel ou là, que la mécanique tourne à vide. 

Donald James

­Réalisation et scénario : Ali Asgari et Farnoosh Samadi. Image : Alberto Marchiori. Montage : Mauro Rossi. Son : Lionel Guenoun. Musique originale : Matti Paalanen. Interprétation : Fatma Alakus, Cahide Ozel et Valentina Carnelutti. Production : Kino Produzioni et Filmo.

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