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Le réveil des insectes

François Leroy, Stéphanie Lansaque

2021 - 14 minutes

France - Animation

Production : Offshore et Arte France

synopsis

Hong Kong. M. Lam est un vieux monsieur qui perd la mémoire depuis la mort de sa femme. Le 5 mars, jour de la fin de l’hibernation des insectes, il reçoit la visite inattendue de la vieille Mme Meng. Cette exorciste taoïste est bien décidée à chasser les démons qui se sont logés dans la tête du vieil homme.

François Leroy

François Leroy est né en mai 1978. Il rencontre Stéphanie Lansaque lors de ses études et ils se spécialisent ensemble dans le cinéma d'animation. En 2003, le duo voyage en Asie pour la première fois, ce qui va fortement influencer son travail en commun. Diplômés des sections design et textile de l’école Olivier de Serres, ils se dirigent ensuite d’une part vers l’École des Gobelins et l’animation, d’autre part le graphisme et la direction artistique dans les domaines de la presse et l’édition.

En 2006, ils réalisent leur premier court métrage, Bonsoir Monsieur Chu, autour de la tradition vietnamienne de la fête des âmes errantes. En 2009, ils continuent de s'inspirer de l'Asie avec Mei Ling, l’histoire d’une jeune femme qui découvre un poulpe dans son évier.

Leur troisième film d’animation, Fleuve rouge, Song Hong se penche de nouveau sur l’histoire du Vietnam et retrace les premières heures, à Hanoï, de trois frères qui viennent de province. Il est présenté en avant-première mondiale au Festival de Cannes, lors de la Semaine de la critique 2012.

Les deux réalisateurs poursuivent dans la même veine extrême-orientale avec les courts métrages Café froid, Cadavre exquis (qui reçoit le Prix du meilleur film d'animation francophone SACD au Festival de Clermont-Ferrand en 2019) et Le réveil des insectes, présenté au Festival du film d'animation d'Annecy 2021, où le Prix de la meilleure musique originale erst décerné au complice habituel du duo, le compositeur Denis Vautrin.

Stéphanie Lansaque

Stéphanie Lansaque, née le 4 septembre 1978 à Marseille, est une réalisatrice, scénariste, monteuse et directrice de la photo française. Ayant commencé sa carrière comme directrice artistique pour la presse et l’édition, elle rencontre François Leroy lors de ses études et tous deux se spécialisent dans le cinéma d'animation. 

En 2003, le duo voyage en Asie pour la première fois, ce qui va fortement influencer son travail en commun. Diplômés des sections design et textile de l’école Olivier de Serres, ils se dirigent ensuite d’une part vers l’École des Gobelins et l’animation, d’autre part le graphisme et la direction artistique dans les domaines de la presse et l’édition.

En 2006, ils réalisent leur premier court métrage, Bonsoir Monsieur Chu, autour de la tradition vietnamienne de la fête des âmes errantes. En 2009, ils continuent de s'inspirer de l'Asie avec Mei Ling, l’histoire d’une jeune femme qui découvre un poulpe dans son évier.

Leur troisième film d’animation, Fleuve rouge, Song Hong se penche de nouveau sur l’histoire du Vietnam et retrace les premières heures, à Hanoï, de trois frères qui viennent de province. Il est présenté en avant-première mondiale au Festival de Cannes, lors de la Semaine de la critique 2012.

Les deux réalisateurs poursuivent dans la même veine extrême-orientale avec les courts métrages Café froid, Cadavre exquis (qui reçoit le Prix du meilleur film d'animation francophone SACD au Festival de Clermont-Ferrand en 2019) et Le réveil des insectes, présenté au Festival du film d'animation d'Annecy 2021, où le Prix de la meilleure musique originale erst décerné au complice habituel du duo, le compositeur Denis Vautrin.

Critique

Depuis le milieu des années 2000 et Bonjour Monsieur Chu, leur premier film, Stéphanie Lansaque et François Leroy nous envoient régulièrement, tous les trois ou quatre ans, des nouvelles d’Extrême-Orient. Par le biais d’un court métrage d’animation portant incontestablement leur patte, quoique l’univers graphique des six œuvres qu’ils ont signées en tandem soit en fait à chaque fois sensiblement différent. Le plus souvent, c’est au Vietnam – où ils se sont installés – qu’ils nous entraînent, mais avec Le réveil des insectes, leur regard se déplace au nord-est, vers la Chine voisine, pour la seconde fois après Mei Ling (2009).

Le scénario s’enracine dans une tradition très méconnue en Occident, directement mentionnée par le titre du film et très précisément fixée au 5 mars dans le calendrier : alors que le printemps se profile, les insectes sortent de leur période d’hibernation ou de gestation, se libèrent et s’envolent. L’argument prend au fil de la narration une double dimension métaphorique. Les auteurs explorent ainsi le motif de la mémoire et de sa perte, à travers les tourments de leur personnage, Lam Yu Fai, un vieil homme vivant depuis toujours à Hong Kong et souffrant d’une maladie neurodégénérative, aggravée par la disparition de son épouse. Une exorciste taoïste, Madame Meng, tente de le “soigner”, en cette journée spéciale, en faisant sortir la “vermine logée sous son crâne”. Le sous-texte inscrit en outre l’épisode dans le contexte récent des émeutes et de la lutte pour la démocratie à Hong Kong, ce que viennent discrètement poser des éléments du décor, superbement restitué (à travers un tag rageur sur un tramway) ou la bande sonore (une voix à la radio évoquant la mobilisation continue au Parc Victoria). Deux décennies après la « réunification », la ville est menacée par la chape de plomb du pouvoir totalitaire de Beijing s’abattant sur les libertés, le Parti communiste chinois voyant souvent, à l’instar de Madame Meng, des démons à extirper à tout prix des têtes, surtout quand elles correspondent à des minorités encore non totalement soumises.

Ce possible écho politique du Réveil des insectes n’estompe pas l’imprégnation poétique de son inspiration, où les couleurs, les ambiances et les choix musicaux densifient une atmosphère réaliste, mais qu’un jeu avec certains codes du cinéma fantastique ou horrifique promet sporadiquement de pouvoir faire basculer. Un travail en continuité directe avec celui des films précédents, Café froid (2015) et Cadavre exquis (2017). Et une manière d’appréhender un monde en mutation, exposé aux périls et dont l’avenir n’est plus guère lisible dans les simples vibrations de petits raviolis de bois rouge.

Christophe Chauville

Article paru dans Bref n°127, 2022. 

­Réalisation, scénario, image, animation et montage : Stéphanie Lansaque et François Leroy. Son : Yann Lacan. Musique originale : Denis Vautrin. Voix : Wong Yuet Ying Eva, Lam Yu Tai, Kate Leung et Jackie Chan. Production : Offshore et Arte France.

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