Extrait
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Le petit Nicolas

André Michel

1964 - 24 minutes

France - Fiction

Production : Armor Films

synopsis

À l’école, Nicolas est accusé, à tort, de s’être mal conduit. Il est renvoyé. Trop occupé à regarder un match de rugby à la télévision, un quiproquo s’installe entre son père et sa mère. Comprenant enfin la sanction, il accueille très mal cette situation. De retour au collège, le jour de la photo de classe, Nicolas commet bévue sur bévue, engendrant des incidents multiples.

André Michel

Né en 1910, André Michel est un réalisateur et scénariste français. Il a réalisé son premier film, La rose et le réséda, en 1946 et s'est spécialisé dans l'adaptation littéraire en signant en 1952 Trois femmes, inspiré – en autant de sketches – de trois nouvelles de Maupassant.

En 1956, il réalise La sorcière, sur un scénario de Jacques Companeez. Ce film consacre l'actrice Marina Vlady et le réalisateur adapte alors le Sans famille d'Hector Malot (1958). 

En 1964, André Michel signe le court métrage Le petit Nicolas, avec notamment Bernadette Lafont, Michael Lonsdale et Pierre Tornade.

Il se lance finalement dans le format télévisuel, où il signe les séries Cécilia, médecin de campagne (avec Nicole Berger,) Les Thibault (d'après Roger Martin du Gard), L'équipage (d'après Joseph Kessel) et Les mystères de Paris (d'après Eugène Sue).  André Michel est décédé à Paris en 1989.

Critique

Quand André Michel adapte en 1964 les récits illustrés de René Goscinny et Jean-Jacques Sempé, leur encre est encore toute fraîche : les aventures du petit Nicolas et de ses camarades se déroulent au présent et l’histoire inaugurale de la photo de classe, ici reprise, est parue seulement quatre ans plus tôt. Rien à voir, donc, avec l’approche nostalgique de Laurent Tirard quand il adaptera à son tour Le petit Nicolas en 2009, puis en 2014 (Les vacances du petit Nicolas). Le film est “d’époque", comme on dit, et il est d’ailleurs assez amusant de l’envisager avec nos grilles de lecture actuelles. Ainsi, la maman de Nicolas a beau être interprétée par l’impétueuse Bernadette Lafont, la voilà bien loin de ses rôles chez Truffaut ou Chabrol, reléguée aux fourneaux et aux sorties d’école tandis que Monsieur (joué par un jeune Michael Lonsdale) rentre du boulot et se vautre devant un match de rugby à la télé… On préfère s’amuser de cette vision guère paritaire plutôt que s’en offusquer, car le ton est bien à la rigolade et parce que le papa de Nicolas n’en sort guère grandi, petit employé harassé dont Kad Merad déploiera, à son tour avec malice, l’attachante médiocrité dans les films de Tirard, près d’un demi-siècle plus tard.

Il ne faudrait pas croire pour autant que les adultes, cadrés parfois au niveau des jambes comme dans un cartoon, tiennent ici le rôle principal. Si le film est comme scindé en deux sketches, le long passage se déroulant chez Nicolas avec ses parents est encadré par les indispensables scènes de cour de récréation où se déploient les velléités burlesques du réalisateur. Multiples arrêts sur image sur les gaffes des galopins, musique martiale pour suivre le “Bouillon", grondements de tonnerre pour figurer la colère du directeur, André Michel semble s’être beaucoup amusé au montage. Et de Pierre Tornade dans le rôle du surveillant à Guy Piérauld (bientôt grande voix haut perchée du doublage pour les personnages de Bugs Bunny ou Woody Woodpecker) dans celui du photographe malchanceux, le casting est parfait.

À côté d’une poignée de films de différentes nationalités (dont le merveilleux Regarde le ciel d’Elem Klimov ou L’ami de Kaneto Shindo), Le petit Nicolas représentait la France au sein de la série de courts métrages “Tous les enfants du monde” proposée par Armor Films, la société de Fred Orain. Hasard plutôt cocasse pour l’exégète, ce dernier avait produit plus tôt trois films de Jacques Tati (parmi lesquels Les vacances de Monsieur Hulot, dont les réminiscences sont très visibles dans Les vacances du petit Nicolas). Cinéaste autrement doué, Tati sera justement, imaginé enfant grandi trop vite, au cœur d’un célèbre court métrage de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, Open the Door Please (2006) : un film dans lequel, tiens, tiens, une photo de classe donne elle aussi bien du fil à retordre à un photographe professionnel... De Tati à Sempé, de Goscinny à Tati, les passerelles ne manquent pas… Et André Michel, à sa petite échelle, fut loin de démériter avec cette curiosité sixties que l’on se recommande, depuis quelques années, comme un secret bien gardé.

Stéphane Kahn

Réalisation : André Michel. Scénario : Rodolphe-Maurice Arlaud. Image : Pierre Levent. Montage : Marie-Louise Barberot. Musique originale : José Berghmans. Interprétation : Roland Demongeot, Bernadette Lafont, Michael Lonsdale, Pierre Tornade, Anna Gaylor et Guy Piérauld. Production : Armor Films.