Extrait
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Le pays qui n’existe pas

J-20

Cécile Ducrocq

2012 - 18 minutes

France - Fiction

Production : Année zéro

synopsis

Jeanne, 12 ans, passe un week-end avec ses parents. À la faveur d’une indiscrétion, elle apprend que son père a une maîtresse.

Cécile Ducrocq

Après une formation à l’atelier scénario de la Fémis, Cécile Ducrocq écrit plusieurs épisodes de séries, pour Maison close, Dix pour cent ou encore Le bureau des légendes, en 2015.  Au cinéma, elle reçoit le Prix du meilleur scénario au Festival de Valenciennes pour Une leçon particulière de Raphaël Chevènement, également nommé au César 2009 du meilleur film de court métrage. Elle y apparaît en outre en tant que comédienne.

En parallèle de son activité de scénariste, elle réalise elle-même pas moins de quatre courts métrages entre 2010 et 2014 : Tout le monde dit je t'aime, Fille modèle, Le pays qui n'existe pas et La contre-allée, sélectionné dans de nombreux festivals (notamment la Semaine de la critique, à Cannes, en 2014 et le Festival de Sundance en 2015, où Laure Calamy est récompensée d'un prix d’interprétation). Le film obtient la consécration à travers le César du meilleur film de court métrage en 2016.

Cécile Ducrocq et Laure Calamy se retrouvent sur le premier long métrage de la réalisatrice, distribué en salles au début du mois de décembre 2021 : Une femme du monde

 

Critique

 Le pays qui n'existe pas avait été chroniqué dans Bref n°104-105 (2012) avec un autre film produit par Année zéro : Fille du calvaire de Stéphane Demoustier. Nous republions ci-après ce texte dans son intégralité.

Réunis au Festival Paris Cinéma où ils furent montrés pour la première fois, Fille du calvaire de Stéphane Demoustier et Le pays qui n’existe pas de Cécile Ducrocq ont tous les deux été produits par Année zéro (également coproducteur d’Un monde sans femmes de Guillaume Brac). Comme frère et sœur ou comme deux amants, ces films partagent ensemble beaucoup plus que la marque de la maison familiale qui les a vus naître : des dialogues comme cheville ouvrière, les jeux de l’amour en décor principal et une même exigence de l’écriture.

Avant de passer derrière la caméra, Cécile Ducrocq avait été remarquée pour la subtilité de son premier scénario, celui d’Une leçon particulière de Raphaël Chevènement (2007). Dans Tout le monde dit je t’aime, réalisé en 2010, elle cadrait de près les mots de deux adolescentes à la sortie du collège, l’une cachant ses sentiments, l’autre ne sachant comment les affronter ou les maîtriser. Dans Le pays qui n’existe pas, la réalisatrice pose une nouvelle fois son regard sur l’adolescence. Jeanne, douze ans, séjourne avec ses parents, le temps d’un week-end, à Disneyland. À la faveur d’une indiscrétion, elle découvre que son père a une maîtresse. Le film surprend d’autant que tout est maîtrisé, jusque dans les moindres détails : entre deux âges, Jeanne rêve encore de s’habiller en princesse et s’achète un T-shirt avec des ours ; à la recherche de sa place dans la famille, elle partage une pomme d’amour avec son père et tente de faire exister un couple à trois ; enfin, encore un brin naïve, elle joue à de drôles de jeux (des tests psychologiques ou des jeux de la vérité).

Le pays qui n’existe pas, qui est un film sur la fin de l’innocence et l’apprentissage de ce savoir nocturne, ce sentiment de la banalité du mensonge, du grotesque de la vie (avec Alice au pays des merveilles comme métaphore du phallus), suscite naturellement le blues. Une telle leçon prodiguée à Disneyland, pays de l’illusion payante, du bonheur vulgaire, du sourire obligatoire, renforce non pas l’idée du drame, mais celle d’une solitude abyssale. Comme si l’image initiale du bonheur familial s’annulait dans un éclair final de lucidité.

Dans Fille du calvaire, Stéphane Demoustier (remarqué pour Des nœuds dans la tête, interprété par Anaïs Demoustier et Grégoire Leprince-Ringuet, en 2010) met en scène le calvaire d’un jeune homme pour conquérir une fille. Jour après jour, Jérôme relate l’évolution des opérations à son ami Patrick, qui lui dispense ses conseils en retour. Ce court métrage où se succèdent des séquences de dialogues entre les deux hommes rencontre l’attrait sucré qu’ont ces manuels axés autour des liaisons dangereuses et amoureuses envers lesquels le cinéma semble infiniment tributaire. Or, ce qui semble renversant ici n’est pas ce discours (vu et entendu cent fois), mais l’efficacité aristotélicienne dont le réalisateur fait preuve. Situé presque uniquement dans un wagon de métro (unité de lieu) nous suivons pas à pas (unité fragmentaire du temps) les méandres de l’amoureux (unité d’action). Cette théâtralité aménage une profondeur de champ inespérée : tout en restant immobile, ce film nous transporte et raconte une histoire. Le rôle principal est peut-être moins celui de Jérôme que celui de Patrick, au visage accueillant et curieux, expressif et attentif, qui se délecte des aventures de son ami. Ainsi le final jette en dehors du métro non pas Jérôme, mais Patrick, qui semble pleinement fêter une victoire. Laquelle ? Celle qui l’aura fait revivre.“Revivre. On voudrait revivre. Ça veut dire : On voudrait vivre encore la même chose”, chante Gérard Manset dans Holy Motors de Leos Carax. Vivre par procuration, c’est là toute l’aventure du cinéma – et celle du sport (du foot, en l’occurrence) –, semble nous dire de son côté Stéphane Demoustier.

Donald James

 

Réalisation et scénario : Cécile Ducrocq. Image : David Chambille. Montage : Mathilde de Romefort. Son : Gautier Isern, Francis Bernard et Antoine Bailly. Interprétation : Charlotte Cétaire, Aurélia Petit, Laurent Laffargue et Jeanne Demoustier. Production : Année zéro.

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