Extrait
Partager sur facebook Partager sur twitter

Le p’tit bal

Philippe Decouflé

1993 - 4 minutes

Fiction

Production : Arcanal / Oïbo / Téléma

synopsis

Sur une chanson de Robert Nyel et Gaby Verlor, interprétée par Bourvil, "C’était bien", un couple se communique toute l’émotion de son amour dans un langage dérivé de la langue des signes.

Philippe Decouflé

Né le 22 octobre 1961 à Neuilly-sur-Seine, Philippe Decouflé n’a pas vu souvent son nom associé au cinéma, n’ayant signé que deux courts métrages : Caramba ! en 1986 et, bien sûr, Le p’tit bal en 1994. Il est ainsi avant tout metteur en scène, chorégraphe et danseur, notamment au sein de la compagnie DCA. Pour le grand public, il est surtout le coordinateur de l’ouverture et de la clôture des Jeux Olympiques d’Albertville de 1992. Il s’est aussi vu confier la cérémonie du cinquantenaire du festival de Cannes en 1997, puis une parade marquant le début de la Coupe du Monde de rugby 2007. Il a également conçu une revue pour le Crazy Horse, intitulée Désirs en 2009. En 2015, il a été l’invité de la fraîchement inaugurée Philarmonique de Paris. Il ne s’est en revanche plus adonné au cinéma depuis Le p’tit bal, qu’il interprétait lui-même aux côtés de Pascale Houbin et qui reçut le Prix du court métrage du Syndicat de la critique en 1996, ex-æquo avec Action vérité de François Ozon, en plus d’un Prix du jury au festival de Tampere.

 

 

Critique

De prime abord à la lisière du clip et de la chorégraphie filmée, Le p’tit bal est pourtant bien plus que ça, un vrai film de cinéma. Demeurant l'une des rares incursions du chorégraphe Philippe Decouflé de l'autre côté de la caméra, Le p’tit bal est de ces quelques courts métrages qui sont instantanément devenus des classiques. Le film, très court, s'appuie d'abord sur une chanson, C'était bien, interprétée par Bourvil. Sur cette trame chantée mélancolique qui lui donne aussi sa durée, le réalisateur-chorégraphe - qui est également l'un des deux danseurs évoluant devant la caméra dans un cadre bucolique très stylisé - dresse peu à peu l'équivalent d'un gigantesque rébus visuel en adaptant aux paroles une chorégraphie minimaliste inspirée par le langage des signes. Film extrêmement ludique, Le p’tit bal emprunte également au mime (le visage et les mains y sont les plus sollicités) et dépasse très vite la simple illustration visuelle d'une chanson en multipliant les idées incongrues, les rimes visuelles et sonores et les prises de vues tarabiscotées.

Étonnant, le résultat, tout à la fois joyeux et nostalgique, redouble à l'image la mélancolie contenue dans les paroles de la chanson en ressuscitant une imagerie rétro évoquant les guinguettes, les amours éphémères et les petits bals perdus. Jamais figée, pourtant, cette imagerie ne peut être taxée de passéiste tant le réalisateur-chorégraphe sait dépasser les images d'Épinal dont il se nourrit. Ici, donc, les clichés fonctionnent comme des repères sur lesquels peut se développer une chorégraphie, elle, particulièrement moderne. Étrange objet formel, Le p’tit bal est, dans le champ des films de danse, un exemple particulièrement éclairant de l'intérêt que peut trouver un chorégraphe à redoubler l'inventivité d'une chorégraphie par des moyens spécifiques au septième art comme le montage et le travail sur l'image ou sur la couleur. C'est pour cette façon d'utiliser les ressources du rythme, du montage et de la postproduction que Le p’tit bal est, plus qu'un “film de chorégraphe”, bien plus qu'une captation, une véritable œuvre de cinéaste.

Stéphane Kahn 

Texte paru dans Une encyclopédie du court métrage français, 2004.

Réalisation et scénario : Philippe Decouflé. Image : Michel Amathieu. Montage : Alain Carsoux et Nini Ranaivoarivony. Musique : Gaby Verlor et Robert Nyel. Interprétation : Pascale Houbin, Annie Lacour et Philippe Decouflé. Production : Arcanal, Oïbo, Téléma.

À retrouver dans

Sélections du moment

Thématiques