Extrait
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Le cri du homard

Nicolas Guiot

2012 - 31 minutes

France, Belgique - Fiction

Production : 0ffshore / Hélicotronc / Ultime razzia Productions

synopsis

D’origine russe et installée depuis peu en France avec ses parents, Natalia, 6 ans, attend impatiemment le retour de son frère, Boris, parti combattre en Tchétchénie. Le grand jour est arrivé, mais la fillette doit rapidement déchanter. Cet homme est-il vraiment le frère qu’elle a connu ?

Nicolas Guiot

Nicolas Guiot est né en 1978 à Charleroi, en Belgique. Il est avant tout producteur, ayant co-fondé la société Ultime razzia Productions, qui a produit de nombreux courts métrages, dont Dimanches de Valéry Rosier (2011) et U.H.T. de Guillaume Senez (2012).  

En 2012, il réalise Le cri du homard, un premier film très largement salué et qui remporte de nombreux prix, dont le Magritte et le César du meilleur court métrage 2013.

Il poursuit ensuite en tant que producteur et aligne, souvent en coproduction, plusieurs titres aussi remarqués que Solo Rex (2014) et Vihta (2018) de François Bierry, Jay parmi les hommes de Zeno Graton (2015) ou encore Un grand silence de Julie Gourdain (2016).

Critique

Le trauma du soldat qui revient parmi les siens après sa participation à un conflit armé relève d’un topo dramatique assez répandu. Il ne peut pas raconter les horreurs qu’il a vécues voire commises à cette famille confite dans le bonheur de l’accueillir comme un héros. Retourné à la vie civile, il peine à recouvrer sa place, se sentant tout autant étranger aux siens qu’à lui-même.

Le dépaysement du jeune soldat du Cri du homard est d’autant plus fort que, Russe revenant de Tchétchénie – des cartons datent précisément la fiction, au moment de la prise d’otages de Beslan – il débarque dans un coin de la campagne française où ses parents ont atterri après avoir quitté Moscou précipitamment.

Dans un premier temps, la mise en scène accompagne l’at- tente de sa petite sœur. Dans une brève scène d’exposition, à une camarade qui disparaît de la séquence une fois l’information transmise, elle précise que son frère est parti en Tchétchénie protéger les enfants et tuer les méchants et qu’il va revenir avec une de ses poupées dont on suppose qu’elle la lui a confiée.

Au-delà de ses ficelles scénaristiques, Le cri du homard vaut pour sa capacité à suggérer les sentiments contradictoires qui traversent les protagonistes. Sous une euphorie de façade, on sent poindre chez les adultes une sourde inquiétude à ne pas retrouver l’enfant qu’ils ont aimé chez ce garçon amaigri, crâne rasé, affublé en permanence d’une veste en treillis. Non rompue aux convenances, la petite fille, elle, manifeste clairement sa répulsion. Et nous épousons d’autant mieux sa crainte que le film multiplie les situations dans lesquelles l’attitude du frère – toute en tension – pourrait faire basculer n’importe quel moment anodin en drame sous l’effet d’une violence qu’on sent prête à surgir.

Les événements donnent raison à cette appréhension de manière d’autant plus douloureuse que le jeune homme, agresseur aux yeux de la société, apparaît aussi comme la victime des frayeurs de ceux qu’il croise. Cette incompréhension s’ajoutant à la blessure indicible du souvenir de la Tchétchénie fait peser sur son existence une double peine invivable.

La fin nous surprend à peine.

Jacques Kermabon

Article paru dans Bref n°106, 2012. 

Réalisation et scénario : Nicolas Guiot. Image : Jean-François Metz. Montage : Martin Leroy. Son : Arnaud Calvar, Aline Huber et Aline Gavroy. Interprétation : Claire Thoumelou, Anton Kouzemine, Tatiana Gontchavora, Miglen Mirtchev, Jana Bittnerova, Boris Rabey, Liad Siberston, Zoé Bennett et Jean-Marie Arts. Production : Offshore, Hélicotronc et Ultime razzia Productions.

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