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Le consentement

Emmanuel Mouret

2019 - 12 minutes

France - Fiction

Production : Belavox

synopsis

Au XVIIIe siècle, un homme de la noblesse demande à une jeune fille de la bourgeoisie la possibilité de lui offrir un baiser des plus doux. Celle-ci va alors lui démontrer que les femmes ne succombent pas aisément à ce genre de demande…

Emmanuel Mouret

Emmanuel Mouret est né à Marseille en 1970. Après s’être lancé dans des études de cinéma et d’art dramatique à Paris, il enchaîne les expériences sur des tournages à différents postes avant d’intégrer le département réalisation de la Fémis. Il en sort diplômé en 1998 après y avoir signé plusieurs courts métrages : Il n'y a pas de mal (1996), Caresse (1998) et son film de fin d’études : Promène-toi donc tout nu (1998).

Il réalise l’année suivante son premier long métrage, Laissons Lucie faire, où il tient également  – comme dans plusieurs autres de ses réalisations à venir – le premier rôle. Il affine ainsi un style et un univers caractéristiques, fortement inspirés de Rohmer, Guitry ou Woody Allen, mêlant burlesque et histoires d’amour. En 2004 et 2006, il présente successivement Vénus et Fleur et Changement d’adresse à la Quinzaine des réalisateurs, à Cannes, ce qui lui vaut une certaine reconnaissance critique.

Grâce à ces succès, il enchaîne rapidement avec Un baiser s’il vous plaît (sélectionné à la Mostra de Venise, 2007), puis Fais-moi plaisir ! (2009), L’art d’aimer (2011), Une autre vie (2014), Caprice (2015) et Mademoiselle de Joncquières (2018). Il revient entre les deux derniers au format court avec Aucun regret, tourné à Aix-en-Provence.

Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait, son dixième long métrage, sort en salles le 16 septembre 2020. Il réunit à l'écran Camélia Jordana, Niels Schneider et Vincent Macaigne. Le film a été honoré du label “Sélection officielle Cannes 2020”. Juste avant ce film, il aura à nouveau tourné un court métrage : Le consentement.

En 2022, le nouveau long d'Emmanuel Mouret, Chronique d'une liaison passagère, est présenté en Sélection officielle au Festival de Cannes avant de sortir en septembre de la même année. Sandrine Kiberlain et Vincent Macaigne en tiennent les rôles principaux.

Critique

Emmanuel Mouret, ce cinéaste au ton si personnel, s’engage parfois sur des aventures plus discrètes, comme ce court métrage de 2019 au titre évocateur et sans détour : Le consentement. Le réalisateur se penche ici sur la complexité d’un sujet finalement peu présent à l’écran et qui s’inscrit pourtant dans un temps de prise de conscience collective, notamment à la suite de la publication du livre homonyme de Vanessa Springora.

Ce film court se présente à nouveau comme un plaidoyer en faveur de l’amour, une thématique du désir et de la mécanique des passions que le réalisateur chérit depuis ses débuts. Les jeux de séduction se trouvent en effet au cœur de son œuvre, avec en premier lieu la figure intemporelle du triangle amoureux. Dans cette équation, le cinéaste révèle ici une femme qui mène le jeu, à l’instar du personnage joué par Cécile de France dans Mademoiselle de Joncquières (2018), mais qui se retrouve tiraillée par ses sentiments entre deux hommes, et plus intimement encore, dans la nuance que présente “consentir” et “vouloir”.

Emmanuel Mouret prend son temps pour développer les relations entre ses personnages et se révèle être un habile maître des mots. Il affirme son goût pour la joute verbale amoureuse, entre ces deux jeunes nobles, dont l’interprétation revient à Olivier Chantreau et Rebecca Marder. Les protagonistes évoquent une histoire d’amour qui les sépare, introduisant de ce fait un troisième personnage très présent hors-champ, un Comte qui vient troubler leurs rapports de force. Dans une influence (à nouveau) rohmérienne, entre jeux de langage, manipulation et provocation, son exploration du sentiment amoureux se dessine dans la profusion de dialogues très écrits. Mouret confirme ainsi être une figure incontournable sur le terrain du marivaudage et se démarque toujours dans ses représentations de l’amour.

Dans le sillage de Mademoiselle de Joncquières, le réalisateur renoue avec son attrait pour le XVIIIe siècle et les costumes d’époque. Cette mise en scène historique ne se substitue pas pour autant aux dialogues, qu’il met en exergue avec subtilité. Mis à part quelques notes de musique classique qui viennent ponctuer le film, seul le silence accompagne les tirades acérées des deux personnages. Mouret appuie son écriture sur un registre littéraire et théâtral, et incite ainsi le spectateur à s’accrocher au sens des mots pour pouvoir ne rien perdre de la parole.

Au-delà de la simplicité apparente et le classicisme formel de ses films, le cinéaste invente, suggère et interroge de nouveaux usages. La mise à nu des protagonistes prend racine dans la conversation, ce qui permet d’élever progressivement le discours en apportant des contrepoints. Oscillant entre sincérité et exhibition, cette quête de véracité sentimentale témoigne de leur incapacité à s’examiner avec honnêteté. Entre les convenances et la pudeur qui retiennent les émotions les plus sincères, le cinéaste brouille les pistes.

Léa Drevon

­Réalisation et scénario : Emmanuel Mouret. Image : Laurent Desmet Montage : Catherine Catella et Martial Salomon. Son : Maxime Gavaudan. Interprétation : Rebecca Marder, Olivier Chantreau et David Faivre. Production : Belavox.

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