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Le cas Perrot

Rony Tanios

2019 - 30 minutes

France - Fiction

Production : Le Fresnoy

synopsis

Julien Perrot, 16 ans, se présente nu à son lycée. Personne ne semble apercevoir sa nudité d’autant que ce jour-là, tout le monde se prépare à l’observation d’une éclipse solaire. Dans les classes, on guette la sonnerie de la cloche pour descendre dans la cour.

Rony Tanios

Né à Beyrouth en 1983, Rony Tanios est médecin psychiatre, diplômé de Paris-VII en 2014. Après une maîtrise en cinéma et un master en réalisation à l’ENSAV – École nationale supérieure d’audiovisuel, à Toulouse –, il intègre en 2018 le Studio national des arts contemporains du Fresnoy.

Ses films explorent l’inconscient humain et mêlent réalisme et fantastique. Son premier court métrage, Le cas Perrot (2019), évoque les motifs du sommeil et du rêve.

En 2020, il réalise son deuxième court métrage, un film expérimental et fantastique intitulé Fracture

Critique

Commençons par Rony Tanios, un cas pas totalement isolé, mais tout de même un peu singulier puisque ce médecin psychiatre de formation a bifurqué vers le cinéma, en suivant notamment un cursus au Studio national des arts contemporains du Fresnoy. À voir Le cas Perrot, on est à peu près certain qu’il n’a pas tourné le dos à ses affinités scientifiques et médicales, mais qu’il vise plutôt une sorte de singulier mariage. Mais, bien heureusement, sans que l’on ait la moindre impression de voir la version filmée d’un article d’une assommante revue spécialisée.

Le cas Perrot part d’une situation saugrenue : dans un lycée, on découvre bientôt, affalé, un garçon aussi nu qu’un ver, les yeux sacrément rougis. Sauf que personne, ni le surveillant général (qui ne le rappelle en rien à la bienséance vestimentaire), ni sa prof de physique, et pas davantage ses camarades, ne se rendent compte de quoi que ce soit. Élément contextuel et atmosphérique d’importance : une éclipse solaire est imminente, et si les lunettes protectrices seront de rigueur, leur usage sera quelque peu détourné…

En raison peut-être de son côté inclassable, Le cas Perrot éveille nombre de références très diverses – précisons qu’elles ne sont pas mises en avant par le film sous la forme de clin d’œil ou de citations. On est tenté de convoquer aussi bien le génial Un jour sans fin (1993) d’Harold Ramis (la journée qui se répète sans cesse…) que Christopher Nolan, pour la confusion entre les niveaux de réalité, de temporalité – bien sûr sans les moyens –, en passant par Les beaux gosses de Riad Sattouf (2009) pour la fable adolescente cruelle. Ou encore, pour quitter le strict terrain cinématographique, les aventures de Julius Corentin Acquefacques dans les bandes dessinées de Marc-Antoine Matthieu, expériences narratives et visuelles mêlant l’absurde et l’onirique à l’angoisse kafkaïenne.

Quoi qu’il en soit de ces références éventuelles, le film joue dans sa première partie sur le hiatus amusant entre l’étrangeté de ce que l’on voit et la banalité d’un ennuyeux cours de science où l’on chahute et s’assoupit. Amusement certes, mais aussi tension de l’avancée dans l’énigme, d’autant que la mise en scène joue volontairement sur le registre réaliste, dans une frontalité crue où tout semble à sa place. Ce registre connaît comme des brisures discrètes, qui se situent souvent à des seuils ; les portes en premier lieu, parfois difficiles à ouvrir, véritables points de passages d’une réalité à l’autre – d’un rêve à l’autre ?

Tout n’est que supputation devant un film aussi ouvert aux interprétations que les rêves, mais il est tentant d’y tracer les contours d’un récit initiatique de la fin de l’enfance (les vêtements trop grands apportés par sa mère du héros et qu’il lui faut enfiler), tandis qu’une discrète évocation de la figure paternelle peut nous mettre sur la piste d’un trauma – le deuil, ces mêmes habits décidément trop amples seraient-ils ceux d’un père disparu. Et dans ce contexte où les astres et planètes s’alignent brièvement pour mieux se disjoindre à nouveau, il s’agit peut-être, tout simplement, de pointer combien il est difficile d’être, de coïncider avec soi-même.

Arnaud Hée

Réalisation, scénario et montage : Rony Tanios. Image : Guillaume Brault. Son : Ludivine Pelé. Interprétation : Alexis Nativel, Laurence Flahault, Stéphanie Vertray, François Godart et Jean-François Collados. Production : Le Fresnoy.

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