Extrait
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La toilette de la Tour Eiffel

Réalisation anonyme

1924 - 4 minutes

France - Documentaire

Production : Pathé Films

synopsis

Le travail des ouvriers affairés au nettoyage et à la peinture de la tour Eiffel.

Réalisation anonyme

Le nom du réalisateur ou de la réalisatrice de ce film est demeuré inconnu. 

Critique

Bien avant l’invention et la popularisation du petit écran, les actualités filmées étaient, comme chacun sait, diffusées au cinéma avant les films et au sein de copieux avant-programmes. Certaines bandes tournées à cet effet pouvaient s’apparenter à un geste documentaire, convoquant des éléments de grammaire cinématographique, depuis l’échelle des plans jusqu’aux choix de montage. La toilette de la Tour Eiffel, s’il ne porte pas de signature précise et nous demeure parfaitement anonyme, est l’un de ces modules fonctionnels auquel le passage du temps a pu donner la dimension d’œuvre, celle d’un court métrage de quatre minutes dégotté par les têtes chercheuses de Lobster Films et dont les images sont saisissantes, presque cent ans après leur mise en boîte. 

En 1924, la fameuse tour conçue par Gustave Eiffel pour l’exposition universelle de Paris a trente-cinq ans d’existence. Déjà emblématique de la ville-lumière, une fois passée la phase bien connue de débats byzantins sur sa valeur esthétique, elle nécessite un entretien régulier. On écrit “elle”, mais l’un des cartons du film évoque “le géant de fer”, laissant penser que la féminité de la dame de fer, encore jeune, n’était pas encore établie ! Quoiqu’il en soit, la trentenaire avait besoin de quelques ravalements et coups de peinture, administrés par un bataillon d’ouvriers téméraires, alpinistes presque, funambules malgré eux, même si certains semblent apprécier de tutoyer ainsi le danger du vide, présentant volontiers un air mariole à la caméra. 

Il y a du “Paris canaille” des années folles dans cette cohorte laborieuse, évoluant dans des conditions semblant stupéfiantes aujourd’hui. On pense immanquablement au célèbre cliché new-yorkais immortalisant une dizaine de travailleurs assis sur une poutre d’acier au-dessus de Manhattan comme en apesanteur. Ce “Lunch atop a Skyscraper”, dont l’auteur ne nous est pas davantage connu, est en fait postérieur de huit ans à La toilette de la Tour Eiffel, avec de similaires effets de vertige.

La réalisation joue en particulier avec le travelling permis par l’un des ascenseurs alors déjà fonctionnels, maintenant le plancher des vaches dans une lointaine – et comme brumeuse – toile de fond, sur laquelle se détachent les peintres acrobates adroits comme des atèles et peu inquiets des dispositions sommaires de sécurité concernant leur tâche. Climax de ce film-attraction spectaculaire, un plan subjectif savamment annoncé épouse le point de vue de celui qui tient le pinceau, suspendu à 300 mètres de hauteur, les jambes dans le vide, s’il porte son regard vers le bas. L’image coupe le souffle et Zemeckis n’a finalement guère fait mieux, neuf décennies plus tard, dans The Walk (ce film de 2015 qui se déroule entre feues les tours jumelles du World Trade Center). Le monument le plus visité de Paris est aussi sans doute le plus cinégénique et ce, depuis… toujours ! 

Christophe Chauville 

Réalisation : anonyme. Production : Pathé Films (collection Pathé-Revue).

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