Extrait
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La révolution n’est pas un dîner de gala

Youri Tchao-Debats

2015 - 27 minutes

France - Fiction

Production : Les Meutes Films

synopsis

Lola fait du stop sur une aire d’autoroute et rencontre Karim qui accepte de la conduire jusqu’à Paris. Lola aimerait devenir actrice de cinéma. Karim voudrait changer le cours de l’histoire. La révolution se fera avec ou sans eux.

Youri Tchao-Debats

Après des études en sociologie à toulouse et un Master d'anthropologie et documentaire à paris, Youri Tchao-Debats intègre la Fémis, au sein du département montage. En 2014, il réalise La révolution n’est pas un dîner de galason premier court métrage, qui reçoit l'Oursin d'or au Festival du film de Sète.

Alors qu'il est encore étudiant à la Fémis, il signe Totem et De fil en aiguille, son film de fin d'études, en 2016. 

Il a assuré également le montage de nombreux courts métrages comme Bonobo et Fairplay, de Zoel Aeschbacher, réalisés respectivement en 2017 et 2022, ou encore Je marche beaucoup de Marie-Stéphane Imbert (2015) et Cet autre hiver de Margo Brière Bordier (2020).

Critique

Au milieu d’un terrain vague, Lola, sac à dos sur les épaules, a une démarche déterminée. Sa chevelure rose détonne avec la grisaille ambiante. Elle fait de l’auto-stop sur une aire d’autoroute pour rejoindre Paris, mais essuie de nombreux refus. Lola bataille déjà avec l’espace et les autres, avant de trouver Karim, un révolutionnaire en devenir.

La narration de La révolution n’est pas un dîner de gala avance avec incertitude, comme ses deux personnages indécis. Une fois dans la capitale, Lola (Coralie Russier) déambule dans les rues, et se résout à rendre visite à sa mère dans le XIIIe arrondissement, aux Olympiades, quartier multiculturel bouillonnant et territoire à l’architecture singulière, que filma ensuite Jacques Audiard dans son film éponyme. Comme chez le réalisateur de De battre mon cœur s’est arrêté, on met en images des jeunes gens trébuchants mais combatifs, une génération de la débrouille ; une jeunesse qui rêve d’amour, de changement et de renversement des prismes de la “normativité”. En effet, Lola se définit d’abord comme une “Calamity Jane”, femme libre et téméraire qui souhaiterait également retourner les stéréotypes des contes de fée – “C’est moi le prince charmant !”, scande-t-elle – et passer des castings pour jouer dans des films d’action, tandis que Karim arbore sur le visage du rouge à lèvres, telle une peinture de guerre. La norme des genres se dilue.

La mise en scène de Youri Tchao-Debats oscille entre le tissage de portraits intimes et l’étude sociologique d’une société périclitante, avec une caméra proche des visages souvent volubile et heurtée. C’est en étant proche de ses sujets que l’on peut montrer une détresse émotionnelle et une mélancolie débordante. Cette jeunesse inégalement politisée, plus encline à la révolution qu’à l’attentisme, préfère se battre contre l’insupportable inertie d’un canapé où on regarde un programme de combat extrême, bien que la vraie violence soit sociale, et à l’encontre de la mollesse d’une pensée qui s’enlise. La révolution sera rugissante, mais aussi mâtinée de délicatesse. Puisque s’il est question de partager des idées insurrectionnelles, ce sont surtout des instants teintés de douceur que l’on garde en soi.

William Le Personnic

­Réalisation : Youri Tchao-Debats. Scénario : Youri Tchao-Debats et Thomas Pujol. Image : Anaïs Ruales Borja. Montage : Baptiste Saint-Dizier. Son : Clivus Tisserand, Antoine Bertucci et Léonard Accorsi. Musique originale : Victor Praud. Interprétation : Coralie Russier, Vincente Perez, Marie Russier, Loïc Martin et Nicolas Mias. Production : Les Meutes Films.

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