Extrait

La météo des plages

Aude Léa Rapin

2014 - 22 minutes

France - Fiction

Production : Les Films de la Croisade

synopsis

Alice et Louise sont en couple. Elles veulent un enfant. Tom leur propose son aide. Ce week-end-là, ils se lancent.

Aude Léa Rapin

Née en 1984, Aude Léa Rapin est scénariste et réalisatrice, passée par l’atelier scénario de la Fémis. Elle a aussi été comédienne au sein d’une comédie de théâtre à Budapest et réalisé les documentaires Nino’s Place (2010) en Bosnie-Herzégovine et Enclave au Kosovo. Ce dernier a reçu l’Étoile de la Scam 2015. En 2014, elle est passée à la fiction avec le court métrage La météo des plages, présenté dans une quarantaine de festivals internationaux, parmi lesquels celui de Clermont-Ferrand. C’est là que son film suivant, Ton cœur au hasard reçoit le Grand prix national en 2015. Elle retrouve son interprète et coscénariste Jonathan Couzinié avec Que vive l’Empereur. Le film est sélectionné à Locarno, à Uppsala, à Cabourg et à Aix-en-Provence, recevant en outre le Prix du jury à Côté court, à Pantin, et le Bayard d’or du meilleur court métrage au Festival international du film francophone de Namur. Les héros ne meurent jamais, son premier long métrage, interprété par Adèle Haenel et Jonathan Couzinié, est sorti en salles le 30 septembre 2020, après avoir été présenté à la Semaine de la critique, à Cannes, l'année précédente. 

Critique

Avertissement : ce film est exceptionnellement proposé dans une version sous-titrée anglais, la seule qui nous a été mise à disposition.

 

C’est par son versant le plus prosaïque qu’Aude Léa Rapin choisit d’aborder la maternité d’un couple de femmes trentenaires, Alice et Louise, dans La météo des plages. Celui de la seringue qui recueillera le sperme prélevé par leur ami Tom et permettra de l’injecter, qui fait l’objet d’un gros plan au milieu du film. La discussion sur le prélèvement lui-même, dont cette échappée de quelques jours dans une nature bienveillante est en fait l’objet, insiste sur l’instant précis où doit se concrétiser le désir d’une parentalité pour le couple et le don de leur ami. Ce n’est évidemment pas l’aspect sociétal, politique ou médical qui intéresse la jeune réalisatrice dans son premier court métrage de fiction. Mais de ce geste et de cet objet découlent tous les questionnements qui bouillonnent à l’orée de la trentaine, cet âge qui n’est déjà plus celui des possibles. Tom n’est, lui, pas prêt à être père, et, malgré sa promesse, doute d’être capable d’aider ses amies à faire un enfant, tandis que celles-ci restent suspendues à sa décision.

Comme dans ses films suivants, la réalisatrice use du contrat moral caduc de cette situation pour creuser un motif particulier des relations humaines : l’embarras. La gêne de la situation tranche avec la forêt idyllique où le trio “robinsonne” le temps d’un week-end et se recalcule au fil des discussions et des valses-hésitations du personnage masculin, dévoilant les relations de dépendance, de défiance, de pouvoir et de voyeurisme qui se jouent au sein de ce triangle. Il faudra en passer par toute une palette de sentiments malaisants (autant pour les personnages que pour le spectateur) avant que n’adviennent consécutivement deux scènes sensuelles. Dans l’une, Alice s’approche tendrement de Tom et l’aide à se masturber. Dans l’autre, les deux amoureuses se caressent dans l’herbe jusqu’à l’injection de la semence.

Pour son expérience-témoin sur les nuances du malaise, Aude-Léa Rapin choisit pour laboratoire d’observation un décor en bordure de société humaine : une île, à laquelle les trois amis accèdent à la nage. Le supermarché de Ton cœur au hasard ou la reconstitution historique de Que vive l’Empereur joueront le même rôle d’isolement du contexte de l’espace-temps pour se concentrer sur la micro-évolution, au présent, des rapports de force entre des corps. Car la cinéaste fonctionne bien comme une météorologue des affects, qui observe autant la discrète mutation des éléments naturels que les frémissements de l’âme de ses personnages, comme si les seconds transparaissaient dans les premiers. Le film scelle aussi la rencontre de la réalisatrice avec le comédien Jonathan Couzinié, cobaye prodige de ces expérimentations à vue que l’on retrouvera dans tous les films suivants, jusqu’au long métrage Les héros ne meurent jamais.

Raphaëlle Pireyre

 

Réalisation, scénario, image et montage : Aude Léa Rapin. Son : Virgile van Ginneken. Interprétation : Claudine Chareyre, Mathilde Martineau et Jonathan Couzinié. Production : Les Films de la Croisade.

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