Extrait
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La mère Martin

Guy Chabanis

1966 - 21 minutes

Documentaire

Production : Les Films de la Maîtrise

synopsis

Entrecoupé de scènes de sa vie quotidienne, le récit d’une grand-mère du plateau ardéchois revenant, à l’attention de son petit-fils (le réalisateur lui-même), sur les difficultés et les réussites de son existence.

Guy Chabanis

Né en 1939 à Aubenas en Ardèche, Guy Chabanis est réalisateur, scénariste, directeur de la photo, assistant opérateur ou encore monteur. Il est adepte du documentaire et en a fait une figure centrale de son travail.

Il réalise son premier court métrage en 1966, pour lequel il filme sa grand-mère : La mère Martin. Accompagnée de scènes dynamiques de sa vie quotidienne, une grand-mère du plateau ardéchois raconte à son petit-fils les difficultés et les réussites de son existence.

En 1971, Guy Chabanis réalise le court métrage Contrastes, puis ce sera Deux steaks bien tendres, s’il vous plaît, en 1983. Son premier long métrage, De tout de rien passionnément, suivra  en 1987.

Chabanis est aussi très actif en tant que directeur de la photo. En 1978, il est chef opérateur sur Mémoire commune, un long métrage de Patrick Poidevin. Puis en 1992, il assiste Jean Hormiere sur le moyen métrage Chemins du littoral en tant que directeur de la photo, rôle qu'il tient aussi sur  Péché véniel, péché mortel de Pomme Meffre, sorti en 1994.

En 2000, Guy Chabanis réalise le film Tapeur de quoi, pour lequel il filme Youval Micenmacher, un percussionniste de 50 ans reconnu et apprécié dans le milieu du jazz. Il tourne alors son deuxième long métrage, Une jeune compagnie ou comment avec des bouts de ficelle faire des fils de soie (2002), dans lequel il filme deux jeunes metteurs en scène essayant de mettre en place leur second spectacle.

Enfin, en 2011 il est directeur de la photographie sur le court métrage de François Porcile Une histoire aussi vieille que moi. Il a récemment fait l’objet d’une soirée spéciale organisée au cinéma parisien La Clef durant laquelle il était présent, dans le cadre du projet “La Clef Revival” mis en place fin 2019 afin de sauver le dernier cinéma associatif de la capitale.

Critique

La mère Martin, c’est ainsi que tout le monde au village surnomme cette vieille dame de quatre-vingt-trois ans. Mais le cinéaste lui donne un autre nom : “Grand-mère !”, crie-t-il avant même qu’elle n’apparaisse à l’image, comme pour réveiller un monde endormi ou lointain, toute une vie d’antan dont les gestes, les rituels, les tours d’esprits comme les tournures de phrases auront bientôt disparu. Le cinéaste, redevenu enfant le temps du film, semble crier aussi pour rappeler combien il est venu de loin – de Paris, que sa grand-mère ne connaît pas et où il lui promet qu’il l’amènera un jour. 

La caméra parcourt le paysage désertique du plateau ardéchois jusqu’à se heurter au visage creusé de rides de la vieille dame, dessinant des mouvements circulaires qui donneraient presque le vertige. Serait-ce une embrassade ? Ou bien plutôt un mouvement de survol, comme l’aveu d’une impuissance à saisir la grandeur de cette vie minuscule ? Devant cette difficulté, le film fait le choix de l’éclatement : fragments de paroles et de gestes du quotidien forment un kaléidoscope en noir et blanc où la destinée de la mère Martin se dessine dans une esquisse de lignes claires, franches comme son regard et ses mots ciselés. 

Veuve de guerre, elle a élevé seule ses cinq filles, construit de ses propres mains sa maison accolée à son café dont la porte est toujours ouverte. “Raconte-moi ta vie”, demande le cinéaste. “Pour raconter ma vie, ce sera long”, répond-elle dans un mélange de modestie et de malice, “j’ai vécu comme j’ai pu...” Et lorsque le cinéaste la filme en train de fendre des bûches d’un geste sûr, si précis malgré son âge, la rudesse de sa vie passée apparaît soudain en un seul bloc, condensée dans ce corps courbé et pourtant si plein de vitalité. Le portrait s’éclaire aussi d’autres paroles, celles des habitants du village qui viennent donner vie, tout autour d’elle et de son café, à une petite communauté d’âmes veillant les unes aux autres. Au fil de ces changements de points de vue, de ces fragments juxtaposés de gestes et de paroles, la mère Martin prend corps, comme son ombre couchée devant les murs de sa maison semble prendre racine dans cette terre-là, tel un arbre toujours debout. 

Amanda Robles

Réalisation, image et montage : Guy Chabanis. Son : Pierre-Joël Pinat et Jean-Louis Bottin. Production : Les Films de la Maîtrise.

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