Extrait
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La meilleure bobonne

Marc Allégret

1930 - 20 minutes

Fiction

Production : Les Films du Jeudi

synopsis

Un employé doit recevoir son patron chez lui. À la dernière minute, sa femme de chambre le quitte. Sa femme va se faire passer pour la bonne.

Marc Allégret

 Né à Bâle, en Suisse, le 22 décembre 1900, Marc Allégret est photographe et réalisateur, frère aîné d'un autre cinéaste connu : Yves Allégret.

En 1927, il accompagne André Gide pour un long voyage de plus de dix mois à travers l'Afrique équatoriale française et le Congo belge, durant lequel il tourne son premier film, un documentaire intitulé Voyage au Congo. Il décide ensuite de poursuivre sa carrière de cinéaste.

Pierre Braunberger, qui a produit Voyage au Congo, l'engage dans sa société de production. Il tourne ainsi plusieurs courts métrages, des comédies interprétées par Fernandel, comme en 1930 La meilleure bobonne, dans lequel on découvre l'acteur pour la première fois, alors qu'il n'a que 27 ans, avec également Betty Spell, Pierre Darteuil, Madeleine Guitty, acteurs qu’il retrouve pour un autre court métrage : Attaque nocturne (1931). Il dirige également Fernandel dans J'ai quelque chose à vous dire (1930).

Il devient l'assistant du réalisateur Robert Florey, qu'il remplace en 1930 sur le tournage d'un film interprété par Raimu et Fernandel : Le blanc et le noir. Il dirige ensuite Raimu dans Mam'zelle NitoucheLa petite chocolatière et Fanny (au sein de la “trilogie marseillaise” de Marcel Pagnol).

Il continue par la suite à tourner de nombreux films, documentaires ou fictions pour lesquelles il va faire découvrir de nombreux acteurs qui deviendront par la suite célèbres. Outre Fernandel ou Raimu, Joséphine Baker et Jean-Louis Barrault auront aussi débuté au cinéma dans un film de Marc Allégret, qui est également le premier à avoir confié des rôles importants à Simone Simon et à Michèle Morgan, faisant jouer dans ses films des acteurs alors en devenir, tels que Bernard Blier, Gérard Philipe, Brigitte Bardot, Jean-Paul Belmondo, Patrick Dewaere ou encore Johnny Hallyday. Roger Vadim a quant à lui été son assistant.

Marc Allégret réalise son dernier long métrage en 1970, trois ans avant sa disparition : Le bal du comte d'Orgel, adaptation du roman de Raymond Radiguet.

Critique

Cette comédie empruntant largement au théâtre de boulevard est désignée généralement comme étant le premier film où apparut Fernandel, alors âgé de vingt-sept ans et qui avait depuis quelques années assis sa réputation sur scène, à Bobino et au Concert Mayol notamment.

En réalité, le film s’inscrit dans un ensemble d’une demi-douzaine de courts métrages produits par le jeune Pierre Braunberger – vingt-cinq ans à l’époque  ! –, dont on n’est pas certain qu’ils aient tous été tournés. En tout cas, l’activité stakhanoviste de cette période des débuts du cinéma parlant en France (dont le top départ correspond à la sortie des Trois masques d’André Hugon le 1er novembre 1929) aura vu Fernandel tourner pas moins de huit courts métrages en 1930 et 1931, dont plusieurs sous la direction de Marc Allégret. Ce dernier est alors lui aussi quasi débutant, remarqué au préalable dans le documentaire “colonial” et se réorientant ainsi vers la fiction. Son passage au long métrage ne tardera pas non plus, puisque Mam’zelle Nitouche sortira au cinéma dès le début du mois de décembre 1931. 

On tourne alors tous azimuts, sans être toujours très regardant sur les scénarios à l’ère du règne du double programme dans les salles, avec des “packages” de deux longs parfois, précédés de courts, documentaires ou réclames. La meilleure bobonne s’inscrit parfaitement dans ce concept de bonus à consommer, jouant gentiment avec les rapports de classes et les infidélités bourgeoises faisant éternellement claquer les portes. 

Allégret avait été intrigué avant tout par la personnalité et la drôle de touche de Fernandel  : ce premier essai leur permet d’exploiter – un peu – le potentiel burlesque du Provençal, notamment dans une scène de cuisine où sa maladresse déclenche quelque dégât domestique, loin d’être les derniers de sa carrière. Quant au récit, il s’accroche à un quiproquo des plus classiques, la maîtresse de maison se substituant à sa cuisinière hâbleuse ayant rendu sans prévenir son tablier. Elle subit dès lors les ragots colportés à son sujet comme les mains baladeuses de Bouchamiel – ça ne s’invente pas  ! –, un camarade fortuné de son crétin d’époux, le bien nommé Pivoine, pour des scènes truffées de ces propos grivois que l’ère #MeToo a relégués au néolithique de la comédie hexagonale. On parle en toute liberté de la fermeté d’une poitrine ou d’un fessier, comme au même moment dans les productions du Hollywood d’avant le Code Hays (dont certains exemples ont fait l’objet d’une réédition en salles en France l’année dernière, après le confinement). 

Dans ce mini-vaudeville, la caméra d’Allégret, assisté de Claude Heymann (parfois désigné comme coréalisateur du film, quoique non crédité comme tel) bouge assez peu, mais le plan où Pivoine découvre sa femme sur les genoux du comparse qu’il entend flatter (joué par Pierre Darteuil dans un registre d’ahuri à la Jean Tissier) sort néanmoins du train-train de l’exercice, imposant un visage destiné à régner dès lors sur le box-office national pendant quatre décennies, jusqu’à la disparition de Fernandel en février 1971, il y a un demi-siècle.

Christophe Chauville 

Réalisation : Marc Allégret. Scénario : André Mouëzy-Éon. Image : Théodore Sparkuhl. Interprétation : Pierre Darteuil, Fernandel, Madeleine Guitty et Betty Spell. Production : Les Films du Jeudi. 

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