Extrait
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La fin du dragon

Marina Diaby

2015 - 27 minutes

France - Fiction

Production : 10:15! Productions

synopsis

Marianne, Mike et Angèle sont réunis autour de leur mère. D’ici dix jours, après l’arrêt des machines qui la maintiennent dans le coma, Claudine sera morte. Dix jours ? Marianne n’a jamais compris qu’il faudrait compter aussi longtemps…

Marina Diaby

Originaire de Corrèze, Marina Diaby a 18 ans quand elle arrive à Paris et y entame des études de lettres.

Elle fait la connaissance de Philippe Carcassone, producteur entre autres de Benoît Jacquot, Anne Fontaine ou Jacques Audiard qui sera une rencontre décisive dans son parcours de cinéaste.

En 2012, elle écrit et réalise son premier court métrage, Chacun sa nuit, puis La fin du dragon, sélectionné à la Semaine de la critique en 2015.

Marina Diaby travaille actuellement à deux projets de longs métrages. 

Critique

Trois membres d’une même fratrie se retrouvent dans la clinique où leur mère s’apprête à mourir après plusieurs années de coma. La fin du dragon s’empare de la question du deuil de manière singulière, en faisant preuve d’une légèreté étonnante au regard de son sujet. Le personnage du docteur, qui conserve un renard empaillé dans son bureau et se rend au travail à cheval, incarne particulièrement bien cette dimension burlesque. À l’écart du sensationnel, le film surprend également par la façon dont il laisse la mort hors-champ, en ne montrant jamais la mère. Celle-ci est pourtant présente à travers les discussions de ses enfants, des sons de respiration ou encore des objets (un flacon de parfum, une brosse à cheveux) qui la représentent peut-être mieux que ne le ferait une simple image d’elle. Si la défunte n’apparaît pas à l’écran, c’est aussi parce que la cinéaste s’intéresse moins à la mort elle-même qu’à son impact sur autrui, en l’occurrence ses enfants. Chacun réagit de manière radicalement différente à la situation : tandis qu’Angèle (Noémie Rosset), qui porte bien son nom, se montre particulièrement impliquée et sensible, Marianne (Émilie Caen) reste de marbre. Mike (Alban Guyon), d’une nature plus conciliante, se tient quant à lui quelque part entre ces deux extrêmes.

C’est sur la deuxième, qui cristallise le mieux la complexité des relations parent-enfant, que se concentre plus particulièrement l’attention de Marina Diaby. Marianne éprouve en effet de la rancœur envers cette mère qu’elle surnomme le “dragon”, sans se rendre compte qu’elle est à son tour devenue amère et froide. Différents actes manqués (lorsqu’elle s’endort au moment où sa mère est débranchée ou qu’elle oublie le titre du morceau qu’elle doit lire lors de la cérémonie) trahissent son désir de fuite. Marianne croit pouvoir mettre sa mère au placard, comme le chien dont elle tente de se débarrasser mais qui continue de la poursuivre.

À l’image de la chanson de Brel, où un homme tente de cacher sa soif (“Et ma soif qui prend garde / Qu’elle ne se voit pas.”), Marianne masque sa douleur. À mesure qu’elle se souvient et accepte de se confronter à sa mère, elle se rapproche également de ses frères et sœurs, que des différences maintenaient éloignés. La mort d’un être proche apparaît dès lors comme une perte douloureuse autant qu’un moment de retrouvailles avec soi et avec les autres.

Chloé Cavillier

­Réalisation et scénario : Marina Diaby. Image : Ronan Boudier. Montage : Loïc Lallemand. Son : Nicolas Mas, Alexandre Hecker et Roman Dymny. Musique originale : Amaury Chabauty. Interprétation : Émilie Caen, Noémie Rosset, Alban Guyon et Lamine Diaby. Production : 10:15! Productions.

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