Extrait
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La ducasse

Margaux Elouagari

2018 - 20 minutes

France - Fiction

Production : Les Quatre Cents Films

synopsis

Aujourd’hui, c’est le jour tant attendu de l’ouverture de la ducasse. Enfin il va se passer quelque chose dans la vie de Shanna, Anaïs et leurs amis.

Margaux Elouagari

Diplômée d'une licence d'études cinématographiques à l'Université de Lille 3, Margaux Elouagari suit ensuite des formations complémentaires auprès de Pictanovo.

Elle y développe un projet de court métrage Jouons, qu'elle réalise en auto-production, ainsi que d'autres projets qu'elle écrit seule comme Mise à nue.

Elle écrit et réalise ensuite La ducasse (2018), son premier court métrage professionnel produit par la société Les Quatre Cents Films.

En 2020, Margaux Elouagari réalise Princesses, le film a été présenté au Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand la même année. 

Critique

Dans La ducasse, comme dans Princesses deux ans plus tard, Margaux Elouagari filme l’alanguissement de l’adolescence, via les aventures de deux meilleures amies. Daurine Morlighem incarne chaque fois l’héroïne, rappelée à l’ordre par sa mère : “et fait pas l’con, hein !”, lui lance-t-elle à son départ pour la fête foraine du premier. Shanna en pince grave pour le beau Jordan, qui sera lui aussi de la partie. Elle passe de rêverie en tentatives d’approches, de commentaires avec sa complice en regards fébriles, d’excitation en déception. En bref, un concentré de vécu émotionnel et de début d’apprentissage amoureux en vingt minutes. La réalisatrice nourrit son film de tous ceux que se fait, justement, un être juvénile en plein coup de cœur, sans savoir encore ce que pense l’intéressé. Et quel meilleur décor qu’un mini parc d’attractions, rivalisant de jeux et de baraques à frites, pour inscrire les mouvements du cœur dans un ballet de sons, de couleurs et de tentations épileptiques.

La caméra capte la coquetterie de ces ados populaires avec leurs sweats, joggings, queues de cheval pour les filles et mèches déstructurées pour les garçons. Les prénoms rivalisent d’influence médiatico-culturelle et de tradition : Shanna, Jordan et Killian côtoient Anaïs, Guillaume, Benj’ et Coco. Ils balancent à tout bout de champ du “c’est stylé” ou ça “serait stylé”, mais tout tourne autour d’un cœur en peluche quand l’élan sentimental doit prendre forme. La circulation fonctionne à plein tube dans cette chorégraphie changeante. Le récit déplace sans cesse les corps, d’espace d’attente en scène d’attractions, de coin à l’abri des regards en piste de danse improvisée. Et la cinéaste recrée un monde où tout est question de voir et d’être vu, d’observation et de passage à l’acte. C’est toute une mécanique du fonctionnement en groupe, dans laquelle chaque individualité cherche à trouver sa place.

Margaux Elouagari saisit aussi avec force ces moments existentiels où tout semble se jouer. La ducasse, fête foraine du Nord, reste l’opportunité du “tout est possible” dans la morne routine de cette jeunesse en quête d’ailleurs et d’autrement, et pourquoi pas à Lille. Belle idée de construire sa fiction sur la figure de la boucle. Dans le premier plan, Shanna est allongée sur son lit, seule dans sa chambre, en attendant de sortir. Dans le dernier, elle repose sur l’herbe avec sa petite bande, éconduite mais épaulée, et peut-être avec une promesse d’un autre amour. Le calme après la – petite – tempête. Dans l’opus suivant, Princesses, Leslie et Lindsay feront tout aussi pour échapper à leur quotidien et vivre quelques heures excitantes dans la grande ville proche, Valenciennes. Espérer les vents du dehors, toujours et encore.

Olivier Pélisson

Réalisation et scénario : Margaux Elouagari. Image : Guillaume Duchemin. Montage : Nobuo Coste. Son : Martin Lanot, Maxence Dussère et Clément Laforce. Interprétation : Daurine Morlighem, Cypriane Gardin, Dylan Binsse, Pierre Desprez, Toni Di Giulio et Sasha de Bassoff. Production : Les Quatre Cents Films.

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