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L’abécédaire de Philippe Prouff

Philippe Prouff

2020 - 22 minutes

France - Documentaire

Production : Philippe Prouff

synopsis

Pendant 26 jours, entre le 6 avril et le 1er mai 2020, Philippe Prouff a séjourné sur son île imaginaire qu’il avait pris soin de dessiner dans son atlas. Il y a composé cet abécédaire poétique et décalé, partageant chacune de ses lettres afin de vous y faire voyager.

Philippe Prouff

Réalisateur et scénariste, Philippe Prouff entame une carrière de photographe avant de devenir premier assistant réalisateur sur des œuvres de fiction, chemin qui le mènera à la réalisation de ses propres films. Son court métrage La leçon de danse est largement remarqué en 2006. Suivront La photo parfaite (2009), Waster (2011), 75 canaris (2012), L'argent des autres (2013) et le moyen métrage L'île à midi (2014), présenté en compétition au Festival du cinéma de Brive.

Cinéaste voyageur, Philippe Prouff puise la matière de ses œuvres dans sa découverte, toujours très personnelle, de lieux reculés, souvent peu connus. Son travail poétique de l’image s’exprime aujourd’hui dans différents univers de création comprenant la mode, la fiction, le documentaire et la musique.

Au printemps 2020, au début du confinement, il réalise un court métrage qu'il intitule L'abécédaire de Philippe Prouff

Critique

Dans le moyen métrage L’île à midi (2014), un steward nourrissait une obsession tenace pour une minuscule île grecque que son avion survolait régulièrement. Jusqu’à se perdre dans cette image persistante d’un ailleurs révélant peu à peu la doublure de son intimité et de sa destinée. Il y avait dans cette adaptation d’une nouvelle de Julio Cortazar quelque chose de La jetée de Chris Marker (1962), ce vertige où la temporalité et l’espace se brouillent, où l’autre n’est pas tout à fait un double et peut-être surtout beaucoup soi-même (motif que l’on retrouvera à la lettre Q – “comme quantique” – du film nous occupant ici). 

Que se passe-t-il, alors, quand on se retrouve seul avec soi-même ? De l’immensité des cieux et de la mer à l’appartement-prison, l’espace se resserre, mais la filmographie de Philippe Prouff y acquiert une cohérence inattendue. Entre L’île à midi et cet abécédaire éponyme, six ans ont passé et le cinéaste se retrouve enfermé chez lui, comme une bonne partie de la planète. Nous sommes au printemps 2020, entre le 6 avril et le 1er mai. Une île l’obsède, là encore, imaginaire cette fois. Il va la rejoindre. Et raconter cela quotidiennement dans de courtes pastilles publiées chaque jour en ligne. Une par lettre, dans l’ordre alphabétique. On passe le temps comme on peut. En l’espèce, en envoyant des lettres (vidéo), comme des bouteilles à la mer… 

On sait comme le confinement enjoignit encore un peu plus les gens à se filmer, à se raconter, à se mettre en scène. Et tout naturellement même, puisque l’éloignement l’imposa, à devenir pour les autres (proches ou collègues) des images avant tout, des visages emprisonnés dans des cadres rectangulaires. 

Puisque se filmer et diffuser ses images en toute autonomie n’était plus de toute façon l’apanage des cinéastes depuis longtemps, L’abécédaire de Philippe Prouff sut se distinguer d’emblée d’autres “produits audiovisuels du confinement” par son concept en forme de défi, par son refus du quotidien et son exaltation de l’évasion. 

Mais passer de vingt-six modules autonomes (d’une minute à peine) à un court métrage d’une vingtaine de minutes n’est pas chose aisée et le principe de l’abécédaire, s’il crée du liant, peut vite s’avérer rébarbatif. Si le risque de trop-plein (à voir, à entendre) menace ici, Philippe Prouff s’en tire en évitant absolument toute digression, en déclinant une idée à laquelle il ne dérogera pas vingt-six jours durant : l’appartement est une île. Et ce qu’il a sous la main – objets, jouets, babioles, livres et produits variés – se verra détourné avec invention pour prolonger l’illusion d’un film domestique se transformant (se rêvant) en récit d’aventures. Lequel convoque des références où se croisent Defoe, Stevenson… et Fred, l’auteur du Naufragé du A, cette aventure de Philémon, héros de BD à marinière dont le prénom ne cesse, dans cette ode au voyage, à l’utopie et à l’imaginaire, de résonner avec celui de cet autre Phil (Prouff) ayant signé le film. 

Stéphane Kahn 

­Réalisation, scénario, image, montage, son et production : Philippe Prouff. Musique originale : Sébastien Manaches.

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