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Juste à Nantes

Marjolaine Grandjean

2019 - 39 minutes

France - Fiction

Production : LM Filmer

synopsis

Basse-Goulaine, un soir de 14 juillet. Héléna décide de sortir à Nantes rejoindre ses amies. Elle s’inquiète pour Matthieu, son amoureux, qui ne la rappelle pas. Elle fait du stop et monte avec Claude, qui n’a plus 20 ans, mais une BX, et toute la nuit devant lui.

Marjolaine Grandjean

Née à Nantes en 1977,  Marjolaine Grandjean y débute ses études avant de les poursuivre à Paris 8. 

Ensuite, elle s'installe à Bruxelles avec un groupe de théâtre amateur. De retour à Paris, elle rencontre Agnès Varda, qu'elle assiste longtemps notamment sur le film Les plages d'Agnès (2008) avant de se tourner vers d'autres cinéastes.

Elle réalise les courts métrages Bruxelles ma nuit (2008), La brodeuse (2010) et L'Amérique du Sud (2012). 

En 2020, Marjolaine Grandjean est remarquée avec le court métrage Juste à Nantes, présenté dans de nombreux festivals. Elle y tient en outre le rôle de la mère de la jeune héroïne.

Elle développe actuellement un projet de long métrage. 

 

Critique

Comme Antoine Doinel les pieds dans l’eau et le regard fixé sur la caméra à la fin des 400 coups, Juste à Nantes se termine par un long plan fixe de son héroïne, Héléna. Moment suspendu au cours duquel le spectateur regarde son visage une dernière fois, prend le temps de l’observer, de se demander ce qu’elle a vécu au cours de cette folle journée. 

Ramassé sur un peu moins de vingt-quatre heures, le film emboîte une temporalité plus longue qui est celle de la fin d’une histoire d’amour dont on n’apprendra rien. Matthieu, qu’Héléna poursuit, est déjà presque un fantôme, un souvenir, qui ne répond plus, n’apparaît presque pas, ne ressent rien comme il le dit lui même. Est ce à cette histoire évanouie que pense Héléna les pieds dans l’eau ? Ou à ce qu’elle a appris de sa rupture ? Notamment dans sa rencontre de Claude, trop vieux pour traîner avec cette jeune fille de dix-huit ans et sa bande de copines. Mais aussi trop gentil, trop malhabile, qui la prend en stop sur la route et qu’elle entraîne partout au cours de sa soirée. L’intelligence de la cinéaste est de ne jamais le réduire à un stéréotype, de lui donner à chaque nouvelle scène l’opportunité de surprendre le spectateur. 

Là où nous nous imaginons que des gestes déplacés et des rapports de pouvoir vont survenir de la part de l’homme ou du groupe de filles, la candeur volontaire d’Helena nous coupe l’herbe sous le pied. Claude n’est pas le prédateur que l’on redoute, ni la victime facile des jeunes filles qui pourraient le manipuler. Il n’est pas le solitaire qu’on pourrait croire. Comme la voiture du quadragénaire fait des arrêts imprévus ou des détours inopinés, la trajectoire du film est faite de coups de volants, de bifurcations inattendues. Le plan final de solitude prend toute son importance dans le parcours d’Héléna qui s’assemble dans toutes les configurations sociales imaginables : en famille, seule, dans la rencontre avec un inconnu, en couple avec Matthieu, en groupe avec ses copines. Délestée du poids de son chagrin amoureux, elle s’ouvre totalement à l’inconnu.  

Raphaëlle Pireyre 

Réalisation, scénario et montage : Marjolaine Grandjean. Image : Cécile Bodénès. Son : Stéphane Gessat, Josefina Rodriguez et Roman Dymny. Musique originale : David Tuil. Interprétation : Inès Leluel, Arnaud Gautier, Sarah Bouvet-Brunel, Margot Launay et Amélie Lacomère. Production : LM Filmer.

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