Extrait
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Joujou

Charline Bourgeois-Tacquet

2016 - 15 minutes

France - Fiction

Production : 10:15 ! Productions

synopsis

Pauline prépare un court métrage. Elle a décidé d’écrire un film à la manière du film “On connaît la chanson”, mais avec des morceaux de pièces de théâtre à la place des chansons. Sauf que voilà, Pauline ne s’intéresse qu’à une seule pièce : “La fausse suivante” de Marivaux. Balthazar, avec qui elle travaille, ne sait plus quoi faire pour la recadrer. Surtout que Pauline, perturbée par Marivaux et ses travestissements, commence à ne plus très bien savoir qui elle est.

Charline Bourgeois-Tacquet

Charline Bourgeois-Tacquet, née le 11 janvier 1986 à Royan (Charente-Maritime), est une jeune scénariste et réalisatrice. Après avoir fait des études de lettres, travaillé dans l’édition et tenu de petits rôles au cinéma (dans Pas son genre, Floride ou encore L'avenir), elle réalise et auto-produit son premier court métrage, Joujou, en 2016.

En 2018, elle réalise le court métrage Pauline asservie, qui traite avec humour de l’aliénation amoureuse. Elle explore les montagnes russes de cette dépendance à l’amour, dans un contexte actuel où un simple texto peut tout faire basculer. Son film a été récompensé du Prix de la presse Télérama, ainsi que de la mention spéciale du jury lors du Festival de Clermont-Ferrand 2019.

Son premier long métrage – qui devait s'appeler à l'origine Un amour d’Aliénor (scénario lauréat de la Bourse Beaumarchais-SACD) – poursuit l’exploration des méandres des relations amoureuses. La réalisatrice fait alors partie de la cinquième promotion de “Next Step”, un programme initié par la Semaine de la critique pour accompagner les cinéastes dans leur passage au long métrage.

Finalement intitulé Les amours d'Anaïs, ce premier long réunissant Anaïs Demoustier, Valeria Bruni-Tedeschi et Denis Podalydès est présenté en 2021 à la Semaine de la critique, à Cannes (en séance spéciale du 60e anniversaire de la section), avant de sortir en salles à la mi-septembre. 

On croise à nouveau Charline Bourgeois-Tacquet devant la caméra, celle d'Emmanuel Carrère pour Ouistreham (2022), dans un court rôle de passagère d'un ferry.

Critique

C’est chronologiquement avec ce court métrage que Charline Bourgeois-Tacquet s’est faite connaître. Une création autofinancée, qui lui a permis de déboucher ensuite sur la production plus installée de Pauline asservie, avant le saut vers le long métrage des Amours d’Anaïs, tous deux accompagnés par la société Année zéro, par l’incarnation d’Anaïs Demoustier et par une sélection cannoise à la Semaine de la critique. Mais pour l’heure, la réalisatrice campe elle-même l’héroïne, en duo avec son frère de fiction et dans la vie (Léonard Bourgeois-Tacquet). C’est une joute oratoire et un jeu avec le jeu de la séduction marivaudienne. Un terrain familial qui accueille donc la fiction. L’univers de la cinéaste s’affirme déjà par sa vivacité et par son amour du langage. Les dialogues font avancer l’action et dictent les déplacements des corps, en plein travail des répétitions autour de La fausse suivante dudit Marivaux.

Le film démarre dans le vif, en plein échange entre Pauline et Balthazar. Une manière de propulser directement le public dans l’intrigue. Une immersion en accéléré qui correspond bien à la vitesse qui mène le geste de la réalisatrice. Vélocité d’élocution, de réaction, de montage aussi. Pas de gras dans l’écriture. Tout n’est que concentré de joie de jouer, comme le rappelle le titre enfantin. Alors on se déguise et on fait semblant. Mais au jeu du faux-semblant, cœur et âme se font parfois prendre. C’est ce que raconte malicieusement Joujou, qui révèle les désirs fluctuants, surgissant là où on ne les attend pas toujours. Pauline aime masculiniser ses tenues au fil du travestissement théâtral, pour finir par essayer les vestes de son frère et supprimer son maquillage. Elle inclue aussi son amie et logeuse de répétition, dont elle apprend l’homosexualité, dans le millefeuille des apparences, en lui faisant donner la réplique pour une scène de dévoilement sentimental.

Truffées de références et clins d’œil par les prénoms, les livres et les citations (Godard, Rohmer, Rappeneau, Bresson, Racine, Laborit…), ces quatorze minutes rafraîchissantes pétillent. Elles rappellent aussi le goût de Charline Bourgeois-Tacquet pour la littérature et pour le cinéma, et pour la mise en scène des mots. De la clarté inaugurale à la pénombre progressive, de la tornade au calme intérieur, l’aventure amuse par sa science de la logorrhée. Et l’humour fait mouche. Elle se permet aussi une adresse à la caméra, et un mélange des genres réjouissant, tant dans les attirances des personnages que dans la bande musicale, du classique à la pop. Pauline répond : “J’me sens beaucoup mieux comme ça en fait…” à son frangin, quand il lui demande pourquoi elle garde sur elle sa “tenue d’homme”. C’est ainsi que le court s’achève, assumé, serein, et vivace.

Olivier Pélisson

­Réalisation et scénario : Charline Bourgeois-Tacquet. Image : Paul Morin. Montage : Muriel Bucher et Nobuo Coste. Son : Victor Lœillet, Julien Rochart et Gilles Bernardeau. Interprétation : Charline Bourgeois-Tacquet, Léonard Bourgeois-Tacquet, Phil Richardson et Astrid Roos. Production : 10:15 ! Productions.

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