Extrait
Partager sur facebook Partager sur twitter

Jean est tombé amoureux

J-17

Romain Pham Roellet

2022 - 20 minutes

France - Fiction

Production : Joli Rouge

synopsis

Jean, 18 ans, est le joueur prodige du club de rugby de son village. Alors que son équipe défend son titre, il tombe fou amoureux d’Ayoub, un joueur de l’équipe adverse. La relation fraternelle qu’il entretient avec ses coéquipiers se révèle alors plus fragile qu’il ne le pensait.

Romain Pham Roellet

Franco-vietnamien, Romain Pham Roellet a réalisé plusieurs clips et le documentaire Herdnas, conçu dans le cadre du concours “Filme ton quartier” et diffusé sur France 3 en janvier 2022, avant Jean est tombé amoureux, présenté au sein de la sélection “jeunes publics” du Festival de Clermont-Ferrand 2023 et sur la chaîne Canal+ Sport.

Critique

Combinant lutte contre l’homophobie dans le sport et désir de fiction, ce court métrage signé Romain Pham Roellet marque par sa volonté pédagogique, au moment où la Coupe du monde de rugby pointe l’ovale de son ballon dans toute la Gaule. Le film est en effet accompagné par la Ligue nationale de rugby, le Rugby Club du Plateau Briard et par la Fondation Fier-sport et culture, qui défend les actions en faveur de l’inclusion des personnages LGBT+. Il crée l’empathie par la présence d’un jeune héros au prénom atemporel, Jean, joueur et copain modèle au sein de son équipe. Le récit démarre d’ailleurs dans le vif du sujet, par une contre-plongée sur une mêlée en plein match. La meute collective – mais antagoniste entre deux écuries adverses – fait corps. Elle pousse ses cris et ses râles. Puis la caméra va suivre l’action, et isoler petit à petit des visages et des silhouettes.

Le titre, programmatique, annonce donc une histoire d’amour qui démarre fissa. Le scénario et le montage jouent des ellipses pour raccourcir le temps et l’approche. Les deux protagonistes se ressemblent et se complètent à la fois : bons éléments, attentifs aux autres, mais l’un est du cru et l’autre tout nouveau, l’un s’appelle Jean et l’autre Ayoub. Première rencontre sur le terrain. Deuxième à la buvette. Troisième dans une escapade bucolique. Par un effet de construction surprenant, mais audacieux, la grimpette avortée dans un arbre enchaîne avec une discussion où ils ont déjà abordé leur homosexualité commune, et Jean envie Ayoub de pouvoir l’assumer librement. Étonnant, vu comment le premier cache ce qu’il est et ressent, qu’il se soit confié d’emblée à un inconnu, le lendemain de leur contact initial, avec le risque que tout s’ébruite dans leur microcosme sportif. Le film mise sur l’osmose idyllique et met le turbo. Arrive le baiser, qui va déclencher les remous.

Romain Pham Roellet tire finalement son épingle du jeu par sa visée grand public. Mais aussi par une coexistence de chemins déjà balisés et de retournements de situation. D’un côté, le réalisateur signifie la difficulté d’assumer son homosexualité, sa différence, sa singularité, en pleine adolescence, dans le milieu du sport et entre gars enchaînant la moquerie et la discrimination langagière bien lourdes. De l’autre, le héros stigmatisé se rebelle en pleins lieux des enjeux à haute teneur en testostérone : le vestiaire et le terrain.

Et l’ironie naît du chaos. L’irruption de l’homosexualité qui dit son nom enclenche une agressivité à vif, qui mène tout l’entourage, remué dans sa tolérance et son acceptation sociale, à une mêlée collective, motif narratif qui boucle aussi le film, et d’où les deux tourtereaux s’extraient. Ils ont gagné et peuvent s’embrasser au grand jour. Un point partout et l’amour au centre.

Olivier Pélisson

Réalisation et scénario : Romain Pham Roellet. Image : Baptiste Jung. Montage : Loïck Bessaguet. Son : Léo Blet, Louise Florentiny et Alain Gandit. Musique originale : Antoine Barbot. Interprétation : Simon Rérolle, Tristan Zanchi, Pierre-Louis Laugerias, Aymeric Fougeron, Thomas de Fouchécour et Achille Vanony. Production : Joli Rouge.