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Je suis une ville endormie

Sébastien Betbeder

2012 - 59 minutes

France - Fiction

Production : Envie de Tempête Productions

synopsis

Dans un appartement parisien, Théodore fait la rencontre d’Anna. Ensemble, ils décident d’aller errer la nuit dans les rues de la capitale, et d’entrer par effraction dans le parc des Buttes-Chaumont. Ils y reviendront inlassablement...

Sébastien Betbeder

Né en 1975 à Pau, Sébastien Betbeder intègre, après des études aux Beaux-arts de Bordeaux, le Studio national des arts contemporains du Fresnoy.

Il réalise ensuite plusieurs courts métrages (Les mains d’Andréa, Nu devant un fantôme), puis un premier long d’inspiration fantastique, Nuage, qui est présenté au Festival de Locarno et sort en salles en 2007. Suivent Les nuits avec Théodore (sélectionné à Toronto, Prix Fipresci au Festival de San Francisco) et 2 automnes 3 hivers (présenté par l’ACID au festival de Cannes 2013 et Prix spécial du jury au Festival de Turin), une dramédie qui suit le parcours de trentenaires en prise avec les préoccupations de l’époque.

En 2014, Inupiluk reçoit le Prix Jean-Vigo du court métrage et le Prix du public au Festival de Clermont-Ferrand). Suivi par Le film que nous tournerons au Groenland, il compose une trilogie dont Le voyage au Groenland constitue le dernier volet. Présenté pour la première fois à Cannes en mai 2016, au sein de la programmation de l’ACID, il s’est vu décerner une mention spéciale du jury au Festival international du film francophone de Namur.  Sébastien Betbeder écrit également des fictions radiophoniques pour France Culture.

En 2016, il réalise Marie et les naufragés, interprété par Pierre Rochefort, Éric Cantona et Vimala Pons. La même année sort un autre long métrage : Le voyage au Groenland (2016). Ulysse & Mona et Debout sur la montage sont ensuite tous deux dsitribués en 2019.

Sébastien Betbeder fait alors son retour au format court avec Jusqu'à l'os. Ce film, sélectionné dans de nombreux festivals, sert de base à Tout fout le camp, long métrage à l'affiche au cinéma à la rentrée 2022.

Entretemps, le réalisateur a achevé Planète triste, un moyen métrage présenté à Clermont-Ferrand et à Brive.

Critique

­Dans le parc des Buttes-Chaumont, la foule afflue tous les jours depuis sa construction par Napoléon III à la fin du siècle dernier. Des visiteurs insouciants qui profitent de cet espace de verdure, accidenté et aux multiples recoins, jusqu’à sa fermeture quotidienne du soir. C’est aussi un soir qu’Anna rencontre Théodore dans une petite fête, d’où ils vont vite s’échapper. Ils pénètrent, à l’initiative du jeune homme, dans le parc clôt pour la nuit et entament là une aventure singulière, aux frontières du réel.

Sébastien Betbeder affectionne les écritures en trompe l’œil et parvient une fois encore à mêler le vrai au faux en privant le spectateur de repères. Après un prologue didactique – images d’archive et voix-off – qui retrace l’historique du parc, il enchaîne sur un récit de fiction romantico-fantastique, interrompu à la moitié du film par une interview face caméra d’un Docteur qui nous parle de sa thèse en psychologie environnementale. Info ou intox ? Peu importe puisque le réalisateur nourri volontairement son écriture de ces variations de style, comme un enfant le ferait en se racontant des histoires à voix basse, sans se préoccuper de qui pourrait l’entendre. Car il s’agit bien d’enfance dans Je suis une ville endormie : Théo fait du parc son terrain de jeu nocturne un cocon sécurisant et protecteur du tumulte diurne de la ville. Les contours sont bien délimités par des grilles fermées. C’est son château, où il emmène sa princesse vivre des expériences étranges. Betbeder reprend les éléments constitutifs de la littérature d’aventure pour la jeunesse : le jeu de rôle, le pavillon abandonné, la grotte, la chouette hulotte, la secte, le pont des suicidés, l’amour caché, la salle secrète du sous-sol du parc et un personnage inquiétant, qui deviendra le rival de Théo pour la défense de ce territoire de jeu interdit. La fiction documentarisée prend alors des allures de conte morbide : l’addiction nocturne de Théo pour le parc est le révélateur de son inaptitude à vivre le jour, face au réel et hors de cet espace. Où son extravagance se transforme en folie. Betbeder puise dans le mythe de l’Atlantide pour orienter habilement son récit vers un fantastique subtil et élégant, et transforme son conte de fée initial en quête existentielle dévastatrice.

Fabrice Marquat

Article paru dans Bref n°106, 2012. 

Réalisation et scénario : Sébastien Betbeder. Image : Denis Gaubert. Montage : Julie Dupré. Son : Xavier Griette et Roman Dymny. Musique originale : Sylvain Chauveau. Interprétation : Pio Marmaï, Agathe Bonizer, Fabrice Adde et Sarah Le Picard. Production : Envie de Tempête Productions.

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