Extrait
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Je sens le beat qui monte en moi

Yann Le Quellec

2012 - 32 minutes

France, Belgique - Fiction

Production : White Light Films & Finance / Kinoko Films / La Parti / Appaloosa Films

synopsis

Rosalba, jeune guide touristique, souffre d’une affection étrange : la moindre mélodie provoque chez elle gesticulations et danses de façon aussi subtile qu’incontrôlable. Malgré ses ruses pour cacher son excentricité, ce corps indomptable pourrait bien séduire son surprenant collègue Alain...

Yann Le Quellec

Né en 1974, Yann Le Quellec quitte Rennes pour Paris après le lycée, pour commencer des études à HEC tout en étant pigiste pour les Cahiers du cinéma.

En 2003, il fonde la société de production et de conseil en financement White Light et, en 2006, la Sofica Cinémage, destinée à la collecte de fonds privés pour les films qui a participé ensuite au financement de plus d’une centaine d'œuvres jusqu’à présent.

Après avoir écrit la bande dessinée Love is in the Airguitare, il réalise deux moyens métrages. D’abord Je sens le beat qui monte en moi (2012), sélectionné à Locarno, Grand prix au Festival de Vendôme et Prix du public aux Rencontres de Brive, puis Le quepa sur la vilni ! (2013), sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs et Prix Jean-Vigo du court métrage. Tous deux sont sortis en salles.

En 2017, Yann Le Quellec achève son premier long métrage, Cornélius, le meunier hurlant, avec Anaïs Demoustier et Gustave Kervern. Le film est distribué en salles en mai 2018.

Il est par ailleurs professeur à la Fémis et à HEC en économie du cinéma.

Critique

Longue fleur ibérique tout de rouge vêtue, Rosalba est guide pour un improbable tour operator à Poitiers. Elle travaille régulièrement avec Alain, empaqueté dans son costume bleu, conducteur du non moins improbable combi qui les transporte, elle et ses touristes, dans les rues de la ville. Heureux motif de comédie en soi, la rencontre entre ces deux phénomènes est dopée par leur antagonisme viscéral. Elle “souffre” d’un étrange syndrome qui voit son corps se mettre en mouvement, pour ne pas dire s’exalter, bondir, tressauter dans une transe quasi chamanique dès qu’une mélodie se fait entendre alentour. Il est mélomane, et plus particulièrement accro à la Northern Folk.

Yann Le Quellec ne fait l’économie d’aucune des conséquences burlesques que sa drôle d’idée provoque : comment marcher droit quand bras et jambes s’élancent en rythme dès le premier accord, poser son rouge à lèvre, tenir un verre de vin ? Comment faire cohabiter sous le même toit (d’une antique Volkswagen) deux corps aimantés ? Comment s’étreindre, s’embrasser sans se fracasser ? Mais puisque l’une réfrène ce dont l’autre jouit, il y a l’assurance que c’est bien par la grande musique du même désir que ces deux corps sont animés. Le film orchestre donc cette inéluctable attirance, la musique rythmant sans discontinuer la rencontre autant qu’elle la précipite, décuplant sans ciller sa charge érotique. Regards, frôlements, détours par la jalousie avant l’osmose de l’orgasme final. Portée par une bande-son collante à souhait, l’entreprise de séduction repose sur deux interprètes en tous points formidables. Il est impossible de lâcher des yeux – comme Le Quellec lui-même, qui l’avait repérée sur la scène du Châtelet pendant l’Out of Context mis en scène par Alain Platel – la danseuse Rosalba Torres Guerrero, sorte de femme-liane oscillant sans cesse entre force et abandon. Quant à Serge Bozon, véritable oxymoron mods vivant, incarnation de la raideur souple, du dur et du mou, on ne l’a jamais vu aussi sexy ! Sorti en salles en plein été, Je sens le beat qui monte en moi est une invitation élégante, drôle et suave à se laisser chavirer.

Amélie Galli

Article paru dans Bref n°107, 2013.

Réalisation et scénario : Yann Le Quellec. Image : Nicolas Guicheteau. Son : Antoine Corbin, Fred Meert et Benoît Biral. Montage : Martial Salomon. Décors : Aurélie Descoins. Interprétation : Rosalba Torres Guerrero et Serge Bozon. Production : White Light Films & Finance, Kinoko Films, La Parti et Appaloosa Films.